
Chapitre 1 : le dragon aux exsphères.
Un monde familier, quelque part dans un village bien connu… Un soleil déclinant répandant ses rayons tièdes et jaunes sur un bourg aux demeures de bois, un léger vent fouettant les étendues herbeuses et les arbres, le petit hammeau d’Isélia dorénavant dans un océan de plénitude depuis la fin des conflits s’offre à nous. Les barrières de chêne formant la sortie de la localité devenant bruns avec l’avancée du soir, les plaines s’assombrissant pendant que le climat se rafraîchit, des nuages d’un bleu foncé assez dense recouvrent lentement l’immensité céleste.
Les lumières s’allumant dans les demeures campagnardes, les chants des oiseaux s’éteignent pour laisser la place aux animaux nocturnes. La mer située à quelques lieues prenant un ton navel avec les terres sèches à ses abords, les gens rentrent chez eux après une nouvelle journée de labeur. Les braves fermiers mettaient à l’abri leurs récoltes, les éleveurs rassemblaient leurs bétails, les écoliers regagnaient le domicile familial et la petite vie de cette commune rurale se mettait alors dans une stase douce et progressive.
Trois années maintenant passées depuis la réunification des mondes, le nouveau monde, en mémoire aux deux patries séparées qui la composait jadis, avait été baptisé 'Tessévaran'. Nombre de cartographes et d’aventuriers, avides de découvrir les nouvelles splendeurs ainsi offertes, étaient partis en voyage dans les nouvelles contrées nées de la fusion des deux royaumes… L’essor économique des nations autrefois rivales s’était relancé.
Bien que les anciens pays, Sylvarant et Tesséha’lla, fussent en guerre il y a des millénaires et que la bataille du Cruxis ait semé mort et destruction, les villes s’étaient relevées, l’économie avait été redressée et l’ancienne organisation manipulant autrefois la planète dans l’ombre était morte.
A Isélia, Lloyd et Colette avaient grandi et étaient maintenant fiancés depuis peu. Les sentiments réciproques qui existaient déjà entre eux et n’avaient cessé de grandir lors des moments difficiles pendant la bataille d’Yggdrasill s’étaient mués en un amour profond et infini. Désireux de prendre leur indépendance, ils avaient respectivement décidé d’avoir leur propre demeure et vivaient maintenant dans une jolie maisonnette boisée légèrement éloignée du village, construite par les mains talentueuses de Lloyd et de son père, Dirk.
Le brave, faisant dorénavant passer le bonheur de Colette avant l’avenir du monde, avait troqué momentanément ses épées pour le marteau et les outils des artisans si familiers aux nains. La quête des exsphères qu’il avait juré de faire attendrait… Cela était une pensée égoïste, il le savait, mais le monde avait été sauvé et même si l’envie intrépide de repartir à l’aventure le saisissait quelquefois, la tendre chaleur que lui donnait alors le petit ange suffisait à dissiper toutes ses autres aspirations.
L’âme du combattant était alors chassée pour celui du compagnon attentionné et le reste ne comptait plus. Amour fougueux ou responsabilisation de soi ?... Peut-être l’un, peut-être l’autre, peut-être les deux… L’élue de son cœur envers qui son attachement s’était accru était heureuse et il ne voulait pas à nouveau la plonger dans des combats atroces qui avaient déjà coûté bien cher à eux tous. De plus, lorsqu’ils avaient été officiellement liés l’un à l’autre, il avait reçu de la part de son enseignante une consigne très claire : il devait mûrir et prendre toujours soin d’elle ou bien connaître son courroux. Inutile de dire que, redoutant ses colères, le bretteur avait tout de suite acquiescé.
Le professeur parti depuis un certain temps pour une destination inconnu, une remplaçante faisait alors les cours mais l’épéiste avait quitté les bancs de pin pour reprendre la succession de son père adoptif : il avait toujours aimé les travaux manuels et se révélait être d’une aide remarquable pour Dirk. Génis, resté vivre à Isélia sur les ordres de sa grande sœur bien qu’il ait voulu la suivre, avait beaucoup souffert de leur séparation mais il savait qu’elle reviendrait et la grande maison reconstruite n’était plus occupée que par lui.
Désormais étudiant à Palmacosta, le mage juvénile s’y rendait chaque jour en ptéroplan et, ses notes toujours excellentes, il était un des meilleurs élèves dont la spécialité demeurait la magie.
Resté en contact avec le duo, le demi-elfe leur rendait visite de temps en temps. Devenu un jeune homme admirable, ses cheveux argentés avaient bien poussé et atteignaient maintenant presque la moitié de la hauteur de son dos. Plus grand, une lueur d’intelligence dans ses prunelles azur, le futur magicien prometteur habillé d’un costume très long à la teinte mauve et bordée de rubans dorés était assez charismatique. Son habit couvert de symboles runiques orangés et noué par des attaches brunes, l’adolescent s’était acquis une certaine réputation avec cette victoire contre le Cruxis et tous voyaient en lui un sorcier d’une trempe inouïe.
Le Cruxis… Chaque fois qu’on lui rappelait cette organisation dont les membres s’étaient fait passer pour des anges, le sang-mêlé était alors traversé d’une douleur cachée mais bien réelle. Mithos Yggdrasill, le demi-elfe et chef de la faction avait été son ami et il n’avait jamais vraiment pu faire son deuil et se pardonner son geste. Il aurait voulu l’aider, il aurait voulu qu’il abandonne ses projets machiavéliques au nom de leur amitié mais l’ange tenace, obsédé par la résurrection de sa sœur, avait préféré ses désirs personnels…
En train de longer une allée de conifères, foulant un chemin au sol sableux, le métis faisait alors route vers le nouvel habitat du couple. Selon les livres, cette nuit serait celle de la pluie d’étoiles filantes et il voulait absolument les inviter à se joindre à lui. Lloyd aimant l’astronomie, il était certain qu’il accepterait…
Parvenu alors à une belle maison brune aux planches de sapins, le mage se trouvait maintenant devant le domicile de ses compagnons, baigné d’éclats orangés. L’astre solaire filtrant à travers les bois, la porte de la splendide demeure paraissait s’offrir à lui et la rejoindre pour taper trois coup fut très rapide.
Aucune réponse…
Croyant qu’ils ne l’avaient pas entendu, un air interrogatif sur son visage, Génis recommença alors son mouvement. Rien, personne !
« Si tu cherches nos deux tourtereaux, tu les as manqués de peu : ils sont allés vers le rivage Ouest, au ponton de Nellay. » Déclara tout à coup une voix pendant qu’un petit individu apparaissait derrière lui.
Aussi barbu que par le passé, un outil toujours à la main, le père adoptif de Lloyd semblait sourire de sa déconfiture alors que son regard paraissait amusé. Un instant décontenancé, l’adolescent questionna :
« Dirk ?! C’est rare de vous voir ici !
-Je venais déposer un des outils que le fiston a encore oublié ce matin. Comment vas-tu mon petit ? Sourit le nain avec une apparence sympathique.
-Je ne suis plus un petit ! S’emporta le mage en relevant le mot, toujours aussi susceptible qu’avant. Maintenant, je suis un adulte !
-Les enfants veulent toujours laisser croire qu’ils sont toujours plus murs que ce que l’on veut croire. Ne sois pas pressé… Encore 2 ou 3 années et tu ressembleras vraiment à un homme.
-Mais… »
Le demi-elfe en train de défendre son point de vue avec le forgeron, nous quittons alors le bourg pour survoler les montagnes Ouest et descendre sur une futaie de pins. Un ponton châtain s’avançant dans l’océan, une crique s’offre à nous sous la clarté du disque solaire en train de s’enfoncer au large. Les résineux verts et le rivage immaculé inondés des rayons rougeâtres, deux personnes étaient alors visibles sur la plate-forme fendant les flots.
Une brise iodée caressant les rares vagues d’une mer tranquille, des pignons tombant sur les côtes colorées par le soleil couchant, le couple qui se regardait mutuellement était resplendissant. La jeune fille, à gauche de la passerelle, avait de longues mèches couleur jonquille et de son aura transparaissait une grande pureté mêlée à une profonde gentillesse. Comparable à un ange, sa beauté presque divine sortait de l’ordinaire.
Son épiderme d’une blancheur immaculée, cette personne aux prunelles saphir très profonds était habillée d’un vêtement ivoirin décoré d’idéogrammes orangés et de motifs turquoises. Sa toison soulevée par la houle souple et tiède à l’image de la chevelure de son compagnon, ce dernier avait une coiffure ébouriffée comparable à des pointes de hérisson. Un habit rouge recouvrant son corps, de petites épaulettes légères liserées de jaune lui descendaient jusqu’aux coudes. Un pantalon bleu foncé composant son bas, apparemment renforcé à la magie elfique, le vêtement était jalonné d’inscriptions plus claires sur les bords avec un reflet violacé.
Chaussé de bottes brunes au haut cerné d’une coloration ocre, l’adolescent qui était à ses cotés semblait être un combattant assez aguerri, sa légère musculature accompagnée d’un visage à la fois sérieux et noble avec cependant une pointe de naïveté. A ce moment, sous les derniers éclats du soleil, les deux êtres s’enlacèrent et l’on pouvait sentir une affection immense entourer ce duo. Sa tête posée contre le torse de ce jeune homme, l’adolescente avait les paupières fermées et son faciès heureux attestait de sa félicité intérieure.
Elle vivait un moment suave et exquis et pour rien au monde elle ne voudrait le quitter. Immergée dans une joie incalculable, son sourire révélant l’allégresse qu’atteignait son âme, la splendide femme juvénile rayonnait au fond d’elle-même pendant que le firmament se parait de tons pourpres et écarlates. La coloration navel s’effaçant, une étoile s’illuminait dans la voûte céleste tandis que, pressant un peu plus fermement sa bien-aimée contre lui, trahissant une profonde plénitude intérieure, son fiancé sentait son esprit voguer dans un nuage d’ouate.
Le fracas des rares vagues composant l’ambiance sonore, ils étaient seuls dans ce havre de paix et rien ne semblait pouvoir troubler ce moment de sérénité absolu… Posant ses mains sur les épaules de la personne qui l’accompagnait, l’adolescent l’écarta alors délicatement pour caresser de son index sa joue droite avec un calme absolu. Ses yeux rouverts, sa petite amie plongeait alors son regard dans le sien. Elle savait ce qu’il lui demandait et elle attendait avec une patiente exemplaire.
Approchant alors son visage du sien, fermant de nouveau les paupières, il allait déposer un tendre baiser sur les lèvres de son amour quand un bruit déchira soudainement les cieux. Un engin se dévoilant brutalement de la chaîne montagneuse, l’appareil familier aux ailes grenats fit tout à coup un plongeon avant de brusquement survoler les bois maritimes et stopper à deux pas du couple interrompu.
« Ohé Lloyd ! Je te cherche partout depuis une heure !
-Génis ! Tu pourrais prévenir avant de venir ! S’énerva son ami pendant que Colette inclinait légèrement la tête de gêne.
-Oh… Excuse-moi. Comprit-il aussitôt ce qu’il avait interrompu.
-Ca va… Rassura l’épéiste en levant la main en même temps. Que voulais-tu ?
-C’est la nuit des étoiles filantes ce soir… Je te proposais qu’on aille les observer au sommet du pic d’Hakonésia. Il y a une très belle vue.
-Cela pourrait être une bonne idée. Suggéra le petit ange de son ton enjoué. Qu’en dis-tu Lloyd ? Toi qui aimes l’astronomie ?
-Mais nous devions nous rendre à Flanoir pour décider de…
-Ce n’est pas grave ! Lui prit-elle les mains, arborant une apparence réconfortante. Nous n’aurons qu’à y aller une prochaine fois. Génis, veux-tu dîner avec nous ce soir ? Lança-t-elle alors au petit mage.
-C’est vrai ? Je peux ? Waouh, merci Colette ! Explosa-t-il de joie en bondissant, fidèle à ses habitudes.
-Ca ne te dérange pas Lloyd ? Interrogea alors la jeune fille, tournée vers son fiancé avec un regard implorant.
-Non bien entendu… Génis est aussi mon meilleur ami, il peut venir quand il le désire.
-Merci Lloyd… Ah ! La reconstruction d’Ozette vient d’être terminée. Poursuivit le métis en se rappelant tout à coup de ce détail. Préséa est passée hier et nous invite à la cérémonie d’inauguration qui aura lieu dans trois jours. Il paraît qu’ils ont bâti une magnifique chapelle.
-Une chapelle ? Releva l’ancienne élue d’une tonalité intéressée.
-Elle ferait plus de 5 mètres de hauteur et ses murs en bois sacré seraient ornés de magnifiques fresques. Altessa en aurait été l’architecte.
-Waouh ! Il faut que je vois ça ! ! S’exalta le héros, toujours aussi impulsif
-Mais… La nuit est presque tombée… Rappela sa petite amie en scrutant le lointain qui devenait violet, la voûte céleste se criblant de milliers d’astres.
-Je serai vite de retour ! Assura le guerrier. Il me suffira de mettre les gaz.
-Bon… S’inclina l’adolescente, s’avouant vaincu devant cet élan de curiosité qu’elle lui connaissait et qu’elle savait aussi impossible à dompter qu’une marée.
-Toujours aussi enthousiaste… au début. Se moquait Génis lorsque, un poing tombant sur son crâne, son ancien compagnon d’armes intima le respect.
-Euh… On dîne à 8 heures. Rappela néanmoins l'adolescente.
-C’est entendu ! A tout à l’heure ! » Rassura le brave avant de générer un halo laiteux, des ailes couleur océan déployées pour décoller tout d’un coup
-Sois prudent ! » Lui lançait Colette une dernière fois tandis qu’il s’évanouissait dans les nuages, emporté par une allure effrénée. Le voyant disparaître au loin, le sang-mêlé ne put s’empêcher de constater :
« Ah là là… Plus grand qu’avant mais toujours éternel gamin dans la tête.
-Oui c’est vrai… mais c’est aussi ce qui fait son charme : nous aimerions bien tous rester enfants si nous le pouvions, n’est-ce pas Génis ? Questionna sa charmante amie avec un petit sourire laissant dire bien des choses.
-Hein ?! C’est faux! Protesta aussitôt le mage.
-Hi hi hi… Inutile de le réfuter. J’ai parlé moi aussi avec notre chère bûcheronne hier. Continua-t-elle avec amusement.
-Argh… fasse que Lloyd revienne vite ! » Priait celui-ci avant qu’il ne reprenne le chemin d’Isélia, sa camarade à ses cotés…
Pendant ce temps, fendant les cumulus blancs, Lloyd avalait les distances à un rythme soutenu sans s’en rendre compte. Battant des ailes avec un sourire confiant sur les lèvres, ses yeux bruns pétillant d'impatiente en imaginant déjà l’édifice construit à Ozette, il traversait la voûte céleste avec son empressement légendaire, poings serrés.
La mer de nuages défilant à toute allure, surplombant l’épéiste et masquant le sol à la fois, ce dernier fendait le firmament à une vitesse phénoménale.
Sa toison couleur terre entraînée vers l’arrière, ses pupilles pétillant d’empressement, le brave dévorait les kilomètres dans l’azur. La brise giflant ses habits, un sourire sur ses lèvres, il serait très bientôt en vue du continent et son empressement redoublait ses forces. Les petites épaulettes de tissu fouettant ses bras, ses mèches écartées par la houle en révélant son front, le combattant hardi se sentait capable d’atteindre la vitesse de la lumière tellement il était surexcité.
Brûlant ses réserves, dépassant ses limites sous l’extase, il ne sentait qu’à peine le froid du déplacement d’air. Ses vêtements fripés, son cœur battant à cent à l’heure, il était comme une locomotive folle impossible à stopper. A l’image d’une comète, il franchissait la voûte céleste tandis que les formes ouatées masquaient partiellement ses alentours. Les rayons du disque lunaire filtrant quelquefois, ils défilaient sur son corps comme une mosaïque mouvante.
Son teint blanchi par la lueur blafarde, le bretteur était toujours entre deux couches de ce brouillard de coton et ne se dirigeait qu’avec son sens de l’orientation, très confiant comme à son habitude, quand une sensation électrique parcourut brutalement ses membres. S’arrêtant net, son instinct l’avertissant qu’il n’était pas seul, il avait eu l’impression qu’un blizzard s’était engouffré dans ses poumons. Son rythme cardiaque redoublant, ses oreilles désormais très affûtées, le héros avait ressenti un danger, une menace…
Son sang se figeant dans ses veines, de la sueur perlant sur son front tandis que ses jambes devenaient comme de la pierre, il se sentit brutalement mal à l’aise. Son assurance s’était volatilisée en fumée… Dorénavant, un sentiment d’effroi emplissait son cortex cérébral, une perception de terreur d’un niveau élevé. Jamais il n’avait ressenti ce genre de chose avec une telle intensité. Ses bras lui semblant de plus en plus lourds, ses prunelles marron parcourant les alentours, l’ange devinait une présence… Une présence hostile à la force plus que décelable dans l’atmosphère. Une créature surpuissante qui faisait trembler intérieurement ses os.
Un flux glacial pénétrant ses articulations en les immobilisant, dominé peu à peu par une crainte sans cesse croissante, son courage se muait en une épouvante grandissante. Cette chose qui le menaçait dans l’ombre n’était que haine et méchanceté. Il pouvait le déceler tellement ces vibrations d’animosité étaient fortes. Un être voué au mal, semeur de mort et de destruction. Ses paumes effleurant ses côtes en tombant sur son bassin, le guerrier allait aussitôt saisir ses épées… quand celles-ci ne palpèrent que du vide.
« Damned… » Ragea simplement Lloyd, essayant de dominer sa terreur tout en se défiant des nuages.
Une forme sombre et allongée coulant alors lentement des formes blanches et duvetées, une double rangée de dents acérées s’ouvrait derrière l’infortuné quand, la menace devinée de justesse, l’adolescent s’envola brutalement. Un claquement sinistre ayant éclaté dans les cieux, le combattant juvénile venait de réchapper à une bête mystérieuse qui s’était aussitôt camouflée de nouveau. Ses yeux cherchant son énigmatique agresseur, le brave, de plus en plus envahi par la frayeur, se tenait en alerte.
Tournant sans cesse autour de lui-même, il prenait garde aux angles morts et scrutait avec prudence le voile qui l’enfermait dans un étau lactescent. Il était désavantagé par rapport à cet assaillant imperceptible qui ne devait pas être gêné par les cumulo-nimbus et, comble de tout, n’avait pas ses épées !
Les ailes cobalt de l’être angélique en train de faire un mouvement plus ralenti, le jeune homme ailé traquait son invisible antagoniste avec sa vision perçante et cherchait en même temps une solution pour le contrer lorsque, ressentant brutalement une autre onde néfaste, il se déporta soudainement sur le coté droit pour esquiver une mâchoire noire reliée à un énorme corps au ton de l’encre. Un vagissement sinistre venant de sa gorge, la bestiole qui se dévoilait peu à peu à la lumière de la lune était un animal fantastiquement effarant.
Des prunelles d’or emplies d’un brasier ardent de convoitise, ses crocs scintillant sous la luminosité lunaire avec son imposante enveloppe corporelle, cette créature était un gigantesque dragon. Ses mâchoires dessinées en une apparence ravie, sa grande tête à l’apparence robuste, ce monstre n’avait rien de comparable à ses semblables. Il était plus imposant, plus ténébreux et ne paraissait connaître que l’antipathie et l’agressivité. Un fauve sanguinaire et incroyablement dangereux dans toute sa splendeur… Se disait son opposant humain en lisant en lui le plaisir du carnage et du sang.
Pourvu d'ailes formidables et d'une queue aux ailerons acérés comme des rasoirs, celui-ci était entièrement couvert d’exsphères et brillait d’une sinistre aura inquiétante au ton turquoise. Ses écailles foncées à l’apparence plus solide que l’acier, la bouche grande ouverte, la bête le fixait avec une attention inquiétante. Il était pour lui une proie et rien ne l’empêcherait de dévorer cette prise ! Un foyer sinistre luisant dans les pupilles de l’animal mythique, celui-ci demeurait immobile et détaillait sa cible, toujours sur le coté, quand il prit tout à coup l’assaut.
L’allonge esquivée d’une vrille, l’épéiste vif comme l'éclair venait d’éluder la première attaque. Se retournant alors aussitôt sur elle-même, la bête le heurta soudainement de son aile droite avant de trancher l'air d'un terrible coup de griffes qui coupa quelques cheveux du héros. Décontenancé face à tel adversaire si gigantesque, dépourvu de ses épées, l’ange impuissant pressentait une lutte très difficile et se sentait fourmi face à un géant lorsque, levant ses ailes d'un air de défi, il vint à sa rencontre avec une audace sans faille.
Bloquant sa première patte des mains jointes, le bretteur chassa alors la seconde d'un coup de pied et porta un terrible crochet droit dans la joue du monstre. Comme parcouru d'une décharge, l’animal resta un instant pantois avant de brusquement riposter d'un souffle ardent qui manqua d’incinérer vif son antagoniste.
Protégé d'un bouclier d'énergie verdâtre, le guerrier angélique venait de survivre à son haleine quand le dragon se rua dessus et l'expédia dans les hauteurs d'un effroyable coup de queue. Sa proie prise aussitôt en filature pour l'achever, le prédateur aérien poursuivait sa victime qui montait en chandelle lorsque, arrêtant son ascension de ses ailes déployées, Lloyd s'illumina d’un halo immaculé pour murmurer :
« Attends un peu toi ! J'ai peut-être pas mes épées mais j'ai de quoi de répondre ! »
Concrétisant alors son arcane, le héros déchaîna une averse de plumes blanches vers la bestiole qui approchait en coup de vent. Aveuglée par la trombe étincelante, celle-ci s'était arrêtée et les projectiles ricochaient sur sa cuirasse robuste quand, profitant de sa confusion, le guerrier céleste tomba dessus et porta un terrible uppercut sous le menton de la créature.
Courroucé, le dragon venait de pousser un hurlement aigu qu’il rétorquait immédiatement d'une frappe de queue en plein ventre avant d'enchaîner avec des salves de feu, le brave heurté dans un fracas flamboyant. Ses vêtements roussis, le combattant ailé avait accusé tant bien que mal les boules incandescentes lorsque le chasseur saurien érafla sa joue de sa griffe gauche.
« Il est fort... Trop fort ! Enragea intérieurement le défenseur du monde. Mes attaques ne semblent pas pouvoir percer sa peau de fer et mes épées sont restées à la maison… »
Ses pensées trouées par le monstre qui revenait à la charge, ce dernier le harcela alors de son extrémité très véloce avant de soudainement percer sa défense d'un jet embrasé imprévu. Plus gravement touché, l'ange parvint cependant à contenir les autres assauts non sans difficultés mais la bataille allait peu à peu à l'avantage de la créature, celle-ci rendue incroyablement fort par les exsphères greffées sur son corps.
Recevant ses coups, l’épéiste était dominé et perdait inexorablement du terrain quand l’animal titanesque lui adressa brutalement de nouvelles sphères incendiaires.
Détruisant les projectiles embrasés des colonnes de lumière pâle du 'jugement', l'épéiste venait de tenter un autre sort contre la bestiole que cette dernière les absorbait à sa stupéfaction dans son halo magique. L’agresseur reptilien assimilant le tout, il le recracha aussitôt en un jet éclatant qui manqua de griller sa future pâture. S’élevant à ce moment plus haut dans les airs, la bête géante amorça aussitôt un nouveau piqué et l’être angélique fut contraint de l'éviter d'un tonneau admirable avant d’être soudainement percuté de son museau.
Eraflé au bras par l’une des cornes, Lloyd venait d’être pris au dépourvu lorsque le dragon le tamponna de nouveau par le dos.
Traversé d’une douleur atroce pendant que du sang perlait de la coupure à son membre, le héros commençait à se sentir dominé par sa peur grandissante quand, serrant ses poings, il avisa son agresseur avec témérité : faisant face à l’animal qui poussait un hurlement roque, il ne reculerait pas ! S’il désertait, ce monstre s’en prendrait certainement à des innocents et il ne voulait pas d’une seconde tragédie semblable à Isélia ! Il lui fallait se battre ! Combattre jusqu’au bout quelle que soit l’issue ! Sa bien-aimée et ses amis comptaient sur lui et il ne les décevrait pas ! Même si cette chose devait être impossible à vaincre, il essaierait malgré tout ! Se jura-t-il en produisant une nuée lactescente.
Le monstre ailé répondant à son esprit combatif, une atmosphère turquoise enveloppant son apparence diabolique titanesque, l’humain et la créature maléfique se dardaient d’un regard mortel quand, prenant l’initiative, la bestiole chargea…
En position de défense, prêt à le recevoir, le protecteur de Tessévaran l’attendait et son opposant allait alors refermer ses dents sur le bretteur quand, rassemblant ses forces, ce dernier les retint.
« Maintenant ! » Hurla l’ange, accusant un coup de patte dans un choc effroyable pour faire une pirouette sur le crâne de la créature.
L’animal hébété, son antagoniste ailé tombait aussitôt sur son dos et lui saisissait l’aile gauche dans l’intention de le lui arracher.
S’en débarrassant d’une ruade puissante, le dragon avait été plus rapide et vomissait en retour un second souffle infernal. Grièvement blessé, Lloyd était pris dans la tourmente et son monstrueux agresseur revenait sur lui quand, son cerveau conseillant un combat au sol, le guerrier descendait brutalement, son prédateur instantanément sur ses talons.
Les épaulettes secouées par le frottement de l’air, les mèches du valeureux entraînées vers le haut, celui-ci tombait comme une pierre, son pisteur gagnant du terrain, quand, des bois sombres se dessinant des nuages, il s’engouffrait dedans sans réfléchir. Ses joues égratignées par les branches, son costume éraflé de tous les côtés, l’ange était à présent dans une profonde futaie masquée par l’obscurité nocturne et venait de s’arracher à la vision de son poursuivant saurien que, inhalant profondément l’air, celui-ci incendiait la forêt dans un cataclysme flamboyant…
Un grand cercle embrasé visible maintenant dans l’immensité forestière opaque, Lloyd était sur les genoux, couvert de plaies, de cendres et de poussières, tandis que le dragon faisait surgir de sa gueule une haleine ardente…