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Tales Of Symphonia : Sindaï-Partie 2 : disciples d'un obscur maître.

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Posté par Molock le 27-03-2007 à 22:23
Avatar de MolockChapitre 34 : la flamme du démon.


« Votre… amie ?! Releva Lloyd totalement ahuri.
-……
-Là ! C’est là que le dragon s’est écrasé ! » Eclata tout à coup une voix tandis que des gens se précipitaient en dehors de la ville rocheuse, armés de lances et d’épées. Entourant le groupe ainsi que Flamèchh protégée par Yuan, les villageois semblaient menaçants et les tenaient en respect alors que leur chef s’approchait d’eux :


« Qui êtes-vous ? Que faîtes-vous avec ce monstre ?
-Elle est l’amie d’un de nos compagnons. Nous devons la soigner rapidement ou elle mourra. Expliqua la prêtresse.
-Quoi ?! Sauver une telle créature qui pourrait nous tuer d’un seul souffle ?! Pas question ! Emparez-vous d’eux ! »


Aussitôt, les habitants du village se ruèrent dans leur direction et ils n’étaient plus qu’à quelques mètres lorsque, ouvrant tout à coup des yeux de colère, l’ancien renégat ouvrit une large brèche dans le sol de la main.


« Quiconque avance encore est mort ! » Annonça-t-il tandis que ses yeux brillaient pour la première fois d’un éclat dangereux. Emanant de tout son être, une tension meurtrière respirait autour de lui et ses traits contractés révélaient qu’il était prêt à attaquer. Son regard glacé fixant les villageois, une sombre partie de sa personnalité se montrait à la surface et impressionnait toute la bande, habituée à un Yuan stoïque. S’ils avançaient encore, il les tuerait !


« Huuuuh… Hésitèrent-ils devant son apparence assassine, ses prunelles jetant des éclairs.
-Melle Raine… Vous êtes la seule à pouvoir la guérir. Je vous en prie, sauvez-la. » Se tourna-t-il alors vers l’enseignante avant de s’incliner légèrement, comme pour la supplier.

Décontenancé de son attitude qui avait l’air d’une supplication, le groupe de Lloyd ne savait que penser quand l’enseignante répondit :


« Très bien… Ecartez-vous d’elle. »


Dégainant alors la corne de licorne, elle invoqua un sort de soin très puissant sur la bête titanesque et ses blessures se refermèrent peu à peu. Sentant ses forces revenir et la douleur disparaître tandis que le professeur épuisé achevait de la guérir, Flamèchh put bientôt se lever et se frotta à Yuan de sa grosse tête avant de reprendre, avec une attitude noble et fière :


« A vous qui m’avez sauvée, j’ai une immense dette et jure de la payer un jour.
-Attendez ! L’arrêta le bretteur. Vous êtes qui au juste ?
-Flamèchh, matriarche et reine suprême des dragons petit humain, comme l’a dit Yuan.
-……

-Yuan, je suis contente que tu ais enfin des amis, de plus, de nobles amis.
-Q… Quoi ?!? Attends Flamèchh ! Ce ne sont pas… » Allait-il protester lorsque, battant des ailes, l’immense créature s’éleva dans les airs avant d’achever :


« Nous nous reverrons bientôt… mon ami. »  


A ces mots, elle s’envola brusquement dans le lointain, laissant Yuan ainsi immobile face à l’océan. La créature envers qui il semblait avoir une confiance absolue venait de partir et il se sentait comme abandonné, prunelles délavées vers le large, quand une main se posa sur son épaule.


« Elle reviendra. Le réconforta l’enseignante qui s’était sentie obligée de le soutenir.
-Hum… Bien entendu. Fit-il simplement avec un ton détaché.
-Elle sait que tu as cœur et nous le savons aussi, quoi que tu veuilles en laisser paraître. »


Comme étonné qu’on lui dise une chose pareille, l’ex-renégat fixa alors l’enseignante alors que son expression était comme perdue : depuis Martel, personne n’avait jamais cerné son cœur de loup solitaire et il était comme un enfant ne comprenant pas sa maman. Incapable de prononcer une parole, il restait ainsi sans arriver à dire quoi que ce soit lorsque Raine s’éloigna sur une dernière parole, ses cheveux d’argent soulevés par une brise saline :


« Yuan, tu as des amis. Tu fais partie intégrante de notre groupe, quoi que tu en penses. »


Se retrouvant seul avec les flots, l’ancien traître du Cruxis se sentit comme envahi d’une étrange sensation de bien être qu’il n’avait plus ressentie depuis longtemps : pour la première fois, une de ses congénères depuis la mort de sa fiancée avait deviné ce qu’il y avait derrière son apparence froide et son amitié avait éclairé le sentier sombre de son âme. Il n’avait pas voulu reconnaître jusque-là que ces aventuriers qui voyageaient avec lui étaient plus que de simples compagnons mais…


« On repart ? Suggéra Sheena au retour de Raine, suivie ensuite de Yuan. Nous avons encore beaucoup de chemin.
-Nous ne devions pas visiter cette ville ? Rappela Zélos.

-Avec une telle mentalité, je ne veux même pas y penser ! Critiqua l’enseignante sans hésitation. Allons dormir à l’oasis du désert. On en profitera pour y voir la voyante et lui demander des informations sur notre nouvel ennemi.
-Très bien… alors let’s go ! » Sauta de joie Lloyd en ouvrant la marche, rapidement suivi par ses amis.  

Pénétrant ainsi dans les dunes du désert brûlant alors que l’après-midi était bien entamée, ils commencèrent à parcourir de nombreux kilomètres à travers le sable chaud. Etouffant sous la chaleur, tous suaient de tout leur être et étaient malmenés par la lourde atmosphère qui les avait déjà bien tourmentés lors de la quête de la régénération.

Les souvenirs remontant à la surface, Lloyd se souvenait surtout de sa capture à la base de Sylvarant ainsi que de la halte à l’auberge avec Kratos. Se remémorant cette discussion avec lui au sujet de Noïshe près de l’enclos, le bretteur était submergé d’émotions. Simultanément, sa fiancée se souvenait du moment heureux où elle l’avait retrouvé avec Génis dans l’installation en bravant ainsi l’attitude de son père alors séraphin du Cruxis.

Sur la voie de la réconciliation, ils se rapprochaient de nouveau et voyageaient côte à côte pendant que Sheena se sentait mal à l’aise : elle n’avait pas vécu cet épisode de leurs aventures et… Songeait-elle, tête baissée, quand Zélos la prit par l’épaule.


« Eh bien chérie, on rêvasse ? L’enjoignit-elle à parler en devinant des soucis.
-Lâche-moi ! Rejeta-t-elle son bras avec un air furibond.
-Eh ! Sois plus cool ou tu finiras comme une vieille mégère solitaire.
-Quoi ?! »


Tandis qu’une nouvelle dispute naissait entre la ninja et l’ex-élu décidément lui-même, ils arrivaient en vue de l’oasis pendant que le soleil déclinait et, à l’approche du soir, ils atteignaient enfin la ville du désert. Ayant particulièrement souffert de la chaleur, Sertjen, le semi-elfe qui s’était éventé de sa queue pendant tout le trajet, sauta dans le lac sans s’occuper des pensées des habitants de l’oasis. Ayant vu la tente de la voyante éteinte, la troupe avait renoncé parallèlement à la voir dans l’immédiat et tous se dispersèrent dans ce bourg que la plupart connaissaient comme leur poche…

Allant d’une étagère à l’autre, attirée par toutes sortes de babioles inutiles, la nonne allait dépenser le flouz qui restait dans les stands lorsque, la saisissant par le dos, Lloyd l’arrêta.


« Miyana… Il ne reste qu’assez de flouz pour les chambres. Rappela-t-il en la tenant par le col.
-Maaaiis ! Je voulais juste acheter quelques…
-On a vu avec Kelsat et on préfère gérer la bourse à ta place, tu veux bien ?  
-Argh… » Se résolut-elle à lui laisser la bourse, voyant le regard inquisiteur des villageois croyant à une dispute de couple.
  
Pénétrant alors dans l’auberge avec leurs compagnons qui avaient fini simultanément de visiter la petite ville, le duo allait réserver les chambres lorsque la patronne les accueillit à bras ouvert.


« Aaahhh ! Mais voilà des clients fidèles ! Je suis ravi de vous revoir.
-Euh… Quoi ?! L’interrogea Lloyd d’un regard interrogateur, la prenant pour une déséquilibrée.
-Je n’ai pas oublié vos multiples passages il y a quelques années. Entrez mes amis ! Il y a justement des places de libre. Toutes nos chambres à vrai dire.

-Parfait ! Nous les prenons. Accepta l’enseignante. Combien pour ce soir ?
-Rien.
-Quoi ?!
-Nous n’avons pas oublié que c’est grâce à vous que nous sommes tous en vie aujourd’hui alors c’est bien le moins que nous vous devons. De plus, je vous offre le repas.

-Mais c’est que… Allait protester Miyana quand Zélos posa sa main sur sa bouche.
-Merci beaucoup, c’est très aimable à vous.
-Alors c’est parfait. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, adressez-vous à la réception. »


Tandis que l’épéiste magique se faisait pincer par la prêtresse pour l’avoir empêché de parler, tous gagnèrent leurs dortoirs respectifs. Fou de joie à l’idée d’être de retour à Isélia demain, Lloyd bondissait sur son lit pendant que Sertjen restait silencieux pour une obscure raison, lui d’habitude très ouvert. Invité à l’extérieur par Zélos, Yuan et lui s’entraînaient simultanément à l’extérieur, sous la lumière des étoiles, et l’ex-élu de Tesséha’lla ne revint qu’à l’heure du repas.


« Et Yuan ? Demanda Raine lorsqu’ils furent tous à table.
-Il a dit ne pas avoir faim.
-Nous devrions lui apporter à manger. Proposa Colette avec sa bonté habituelle.
-Tu as raison. Approuva le professeur. J’y vais. Gardez-moi du dessert.
-……

-Qu’il y a-t-il Zélos ? Fit Lloyd en le voyant sourire.
-Quels aveugles vous faites…
-Comment ça ? S’énerva Sheena en prenant de haut la remarque
-Si vous faisiez fonctionner un peu vos cervelles, vous comprendriez. » Se contenta-t-il de dire avant d’avaler un bol de soupe devant lui, toujours aussi insouciant et démarqué.

Tandis qu’une discorde monumentale éclatait à l’intérieur, l’enseignante munie d’un plateau-repas se dirigeait alors vers la chambre des garçons et frappa à la porte avant de l’ouvrir… pour constater qu’il n’y avait personne à l’intérieur !

Posant le plateau, animée d’un pressentiment, elle sauta par-dessus la balustrade de l’escalier en révélant une souplesse cachée avant de courir à l’extérieur, le cœur battant. Franchissant rapidement l’enceinte de la ville, étrangement tiraillée d’une sensation d'angoisse nouant son estomac, elle venait d’atteindre les portes du désert quand elle aperçut l’ancien renégat en train de partir.


« Yuan ! L’appela-t-elle d’un air affolé avant de se précipiter vers lui.
-C’est vous… Constata-t-il d’une expression indifférente. Je pensai qu’on ne remarquerait pas mon départ.
-Pourquoi ? Pourquoi mentir et partir maintenant ?
-Je dois entrer en communication avec mes hommes le plus vite possible et être au courant de la situation sur l’ennemi. Justifia-t-il d’un ton calme mais ferme, son visage vide de toute émotion.

-Cela pouvait attendre demain. Le désert est très dangereux la nuit. A moins… que vous n’ayez une autre raison ? L’interrogea-t-elle du regard en devinant autre chose.
La barrière de glace de son âme décidément sondée par cette personne, l’ex-séraphin demeurait silencieux malgré une certaine activité dans son cerveau quand, ouvrant finalement la bouche, il confessa :


« Si je continue à rester avec vous… je ne pourrai bientôt plus accomplir ce que je veux.
-?!
-Lloyd… Je veux ma revanche envers lui. Avoua-t-il pour la première fois à l’enseignante pendant que ses mèches saphir révélaient ses yeux muscaris emplis d’une décision immuable.
-Juste pour ça ?

-Oui, juste pour ça. Je ne peux pas… me laisser imprégner par cette confiture de bons sentiments qui finiront par…
-Chut ! Posa-t-elle son doigt sur sa bouche en l’interrompant. Vous alliez dire quelque chose de très mal.
-Que ?! S’exclama-t-il de surprise devant son geste audacieux.
-Enfin, je suppose qu’on ne peut changer un homme. Mais pourquoi n’êtes-vous pas naturel à la fin ? Pourquoi vous enfermez-vous dans ce carcan de solitude ?

-Je vous ai dit pourquoi : la sympathie qui pourrait m’envahir finirait par anéantir ma détermination et je n’aurai plus la force de frapper celui que je considère comme un rival mortel si je reste.
-……
-Vous comprenez ? Lloyd est mon ennemi et c’est justement parce-que j’ai… du respect pour lui que je dois le battre ! Serra-t-il son poing de conviction, décidé et inflexible.

-Ah ces histories de fiertés… Je comprends pourquoi les femmes ont des amours ardents mais éphémères avec des mecs comme vous.
-Pardon ?! Tonna-t-il en se sentant transpercé d’une flèche incandescente à la chaleur douce et brûlante à la fois.
-Prenez ceci : ce n’est pas grand chose mais cela pourrait vous être utile dans le désert. Saisit-elle alors un objet de sa poche pour lui glisser dans la main, une expression hésitante sur son faciès, craignant qu’il rejette son cadeau.

-Un… diamant ? Observa-t-il longuement le cristal brillant dans sa main aux reflets légèrement verdâtres.
-Il vient des mines de Triet. C’est un anti-poison et comme vous pourriez être mordu par des vipères… Expliqua-t-elle en baissant légèrement les yeux, ses joues devenant couleur cerise.
-……

-Quoi ?
-Je ne vous ai jamais remercié pour m’avoir veillé toutes ces nuits et pour votre compassion ainsi que le sauvetage de Flamèchh alors… tenez. Entonna-t-il à son tour en lui donnant un étrange objet dissimulé dans sa cape marine.
-Qu’est-ce que c’est ?… Ouvrit-t-elle sa paume pour voir dedans un petit objet cubique d’acier.

-Un émetteur miniature, fruit de nos dernières découvertes. Si vous deviez être en très grand danger, alors… Commença-t-il à être embarrassé malgré lui avec cette ambiance.
-Je… Merci.
-J’espère… vous revoir un jour. » La fixa-t-elle brusquement d’un tout nouveau regard, franc et sincère, avant de partir seul dans les dunes chaudes sous le couvert de la nuit…


« Comme c’est romantique… Constatait Colette qui, accompagnée de Lloyd, avait tout vu et entendu depuis le haut du muret où ils s’étaient dissimulés.
-Oui…
-Moi aussi j’ai un cadeau pour toi. Lui révéla-t-elle un petit bracelet fait main dans un tissu rouge finement brodé de motifs dorés.


« C’est un gantelet que j’ai béni pour qu’il te protège où tu iras. Lui prit-elle la main dans la sienne, empreinte de chaleur et d’amour.
-Dans ce cas… Enfila-t-il l’objet à la main droite avant de se déposséder d’un étrange artefact caché dans ses vêtements qu’il lui glissa dans les mains.
-Mais c’est…

-Un serti-clé spécial de ma fabrication. Je pensai te l’offrir à ton anniversaire mais…
-Oh comme je t’aime ! » Lui sauta-t-elle dessus en le renversant pendant que l’enseignante rentrait à l’auberge, le cœur étrangement confus.

Dans le désert de Triet, Yuan parcourait les dunes d’un pas rapide en économisant au maximum son exsphère encore fragile et n’était plus très loin de sa base quand, entouré brutalement d’une aura rouge comme le feu, il fut transporté dans une énorme caverne souterraine. Retombé sur un promontoire rond au milieu de la pièce souterraine, coupé des bords alors que bien en dessous bouillonnait de la lave, il venait d’être pris dans un genre de piège quand une voix résonna brutalement dans une grande intonation :


« Yuan, ex-ange du Cruxis… J’ai lu dans ton cœur ton désir de revanche et je sais que tu veux le pouvoir. Mets-toi à mon service, jure-moi fidélité et tu auras ce que tu désires.
-Qui êtes-vous ? Détona-t-il de colère qu’on l’ait ainsi téléporté sans son avis.

-Mon nom est Kazathorn, empereur suprême des Sindaï. Reprit la voix sans relever son agressivité. Si tu acceptes mon marché, tu disposeras d’une puissance inouïe et pourras avoir la confrontation que tu souhaites.
-Et je devrais vous jurer fidélité en retour, c’est cela ?
-Oui ! Je ne te demande que ça.
-Que dois-je faire ?

-Débarrasse-toi de ce serti-clé et porte celui-ci. Dévoila l’étrange interlocuteur en matérialisant du néant un objet similaire au ton sinistre. Tu obtiendras alors ce que tu désires.
-… Je mets deux conditions : garder mes souvenirs actuels et mon apparence, pas devenir un de ces minables diables qui ont attaqué ma base.

-Hmmm… Tes souvenirs seront conservés mais ton apparence actuelle sera légèrement ou complètement modifiée selon le pendant de ton âme. Seul ton subconscient peut commander à la transformation. C’est tout ce que je peux affirmer. Alors ? Acceptes-tu mon pacte ou préfères-tu rester dans ta base comme le petit dirigeant faible et sans force qui n’a même pas pu vaincre un jeunot il y a 3 ans de cela ?
-……

-Quel est ton choix ?
-Pardonne-moi… Raine. Pensa tout à coup involontairement l’ancien traître avant de reprendre tout à coup plus haut :


« J’accepte !
-Alors… que le pacte sois scellé ! »


Une incroyable aura enveloppa alors Yuan dans des colonnes de feu et son serti-clé explosa pour laisser l’autre prendre place. Immédiatement, une force fabuleuse se dégagea progressivement de son corps et ses ailes au violet translucide devinrent oranges, s’étirant en une apparence démoniaque. Sentant son âme salie par une étrange force emplie de haine et d’envie de sang, le leader renégat se sentait soumis au mal pendant que sa cape et son plastron rouge se disloquaient.

Une armure complète au violet sombre, liserée d’un rouge vif couleur sang, le recouvrit alors avec un plastron en forme de tête de monstre. Des signes sataniques bruns et orangés sur le ventre et les genouillères ; la cuirasse était aussi décorée de motifs de longues flammes sur ses doubles épaulettes aux bouts triangulaires relevés. Son pigment de peau resté le même, ses cheveux et ses épais sourcils s’assombrirent et brillèrent d’un éclat héliotrope alors que cette partie de la métamorphose était clairement refusée par son subconscient.

Ses traits plus durs, ses muscles étaient aussi devenus plus robustes. Egalement souillée, son arme à double lame évoluait parallèlement en arme empoisonnée et elle prit des couleurs sombres en reluisait de tons pourpres, ébènes et carmins avec de minces traits d’or. Faisant alors éclater toute sa puissance infernale dans un hurlement assourdissant, le super Yuan démoniaque venait d’apparaître dans une nuée embrasée !!!!
Posté par Molock le 27-03-2007 à 18:54
Avatar de MolockChapitre 35 : Avamaën.


Au lendemain, la route du retour était reprise de très bonne heure après un nouvel échec chez la voyante et, ayant remercié la patronne qui les avait choyés depuis la veille, tous repartaient dans le désert sous un temps magnifique que pas un vent ne troublait… Si tout allait bien et qu’ils fournissaient une marche rapide, ils seraient de retour ce soir même à Isélia. Isélia ! Pensaient Lloyd, Raine et Colette qui étaient particulièrement impatients de revoir leurs familles.

Recluse dans ses pensées, l’enseignante était devenue assez sombre depuis le départ de l‘ex-renégat en qui elle avait trouvé son égal dans le domaine de la connaissance et de l’intelligence. Ils avaient discuté pendant des heures de magietechnologie, de recherches scientifiques, d’études de magie et de quantité de thèmes dont elle n’aurait put converser avec de simples aventuriers et elle vivait son absence comme un vide en elle-même. Ses yeux ternes, son expression égarée, on avait l’impression qu’on lui avait enlevé une partie d’elle-même et demeurait dans un enclos psychique plus froid que jamais.

Tous, voyant habituellement une enseignante active mener la troupe et faire des cours à la moindre occasion, étaient assez stupéfiés de ce silence radical et même Zélos ne se risqua pas à la titiller.
De leur coté, Colette et Lloyd se tenaient par la main tout en marchant tels deux amoureux réconciliés et étaient suivis par Sertjen et Zélos, l’ex-élu toujours aussi méfiant envers ce dernier. Après suivaient Sheena et Miyana et la prêtresse l’encourageait tout bas à ne pas rester sur ses positions.


« Ecoute Sheena, tu as des sentiments envers ces deux là, non ? Alors passe à l’attaque plutôt que de rester enfermée ou tu feras des cheveux blancs à force de tergiverser !
-Toujours aussi directe… C’est si facile pour toi puisque tu sais que tu ne peux pas te marier.
-Hein ?!
-Ben oui, les nonnes ne peuvent pas se marier, non ?
-Ouaip ben ça, je m’en fiche. Déclara-t-elle sans se poser de questions.

-Quoi ?!
-Si je me trouve un beau mec, Alléluia Martel et le reste ! Fit-elle de son caractère libre comme la colombe et fier comme le dragon.
-Mais…
-Quoi ? Tu penses que je vais renoncer à être une femme pour servir une divinité ? Alors là tu es hors sujet : être fidèle à ses croyances ne signifie pas pour moi renoncer à un bonheur en tant que femme. Enchaîna-t-elle pendant que la ninja allait de surprise en surprise.
-?!…
-Qu’est-ce qu’il y a ?

-Tu me sidères… Quelqu’un d’aussi franche et décidée que toi ne s’embarrassant pas des lois de la religion, ça n’est pas ordinaire. Avoua l’invocatrice d’admiration.
-Fu… Pouffa-t-elle d’un rire retenu en clignant des yeux. Je vis simplement ma vie comme je l’entends et rien ni personne ne commandera à ma place, c’est tout !

-Si je pouvais être comme toi…
-Il n’y a rien de plus facile : imagine-toi être redevable de personne, ignore les pensées des autres et fonce ! Lui fit-elle en baissant la main, coté tranchant vers le lointain.
-Ca a l’air si simple en théorie…
-Bon… je me mets à ta place deux secondes, tu veux ? Mon cœur est partagé entre deux mecs : Zélos que je connais et Lloyd qui me plait et qui sort avec Colette. Je fais quoi ?

-Euh…
-J’attaque et sors avec celui qui me dira qu’il m’aimera ! Annonça la nonne sans se démonter.
-C’est que… Zélos est un coureur de jupon sans parler de cet étrange secret et Lloyd…
-Hé ! Dans ce cas, attends une occasion de les prendre chacun seul à seul et attaque !
-Mais je…

-Tu as du caractère mais tu es encore timide avec les mecs. Regarde comment je fais. Zélos ?
-Oui ma petite poupée ? Que peux faire pour toi le grand Zélos ? S’approcha-t-il, ravi qu’elle lui adresse ainsi la parole.
-Tu m’aimes ?
-Oh… mais mon cœur est à toi pour toujours, beauté. Plaisanta-t-il avec un léger rictus.
-Pathétique… Enfin, tu as compris ? Souffla-t-elle à l’oreille de son amie ninja. Passe à l’action quand tu as un moment propice ! Bourre-toi la gueule si tu manques de cran et fonce !
-…… »


Quittant alors les grandes dunes pour pénétrer dans les plaines immenses, le groupe passa près de la maison du salut et fit encore de nombreux kilomètres. Frappés par un soleil ardent, tous étouffaient sous la chaleur de l’astre solaire et une halte fut décidée bientôt à l’ombre des forêts qui bordaient les petites montagnes.

Contents de pouvoir enfin se reposer, les membres de la troupe épuisés par ce long voyage se voyaient déjà à ce soir et se faisaient des côtes de porc rôties sur un feu de bois à l’ombre de la futaie. Bientôt, le repas fut dévoré et, terminé par des gelées de pommes qui reconstituèrent leurs forces, ils étaient de nouveau d’attaque.

En train d’éteindre le feu, le petit ange et Sheena recouvraient les cendres d’eau et ils étaient prêts à reprendre le trajet quand ses oreilles entendirent un bruit insolite dans les fourrés.


« Lloyd ! » Criait Colette au moment où des lassos surgissaient brutalement des buissons et l’attrapaient comme un bovin. D’autres lassos suivirent aussitôt en nombre et toute la bande était instantanément capturée par un ennemi invisible très organisé. Ne pouvant saisir ses sabres, le bretteur impuissant n’arrivait pas rompre ses liens renforcés par magie et enrageait d’être tombé dans un tel traquenard quand des elfes apparurent tout à coup de la forêt.


« Nous les avons. Maîtresse Avamaën sera contente.
-Quoi ?! Qui est cet Avamachin ? S‘énervait Zélos quand une lance pointée sur lui lui ordonna de se taire.
-Suivez-nous ! » Se contenta de dire le meneur de cette bande avant qu’ils soient conduits dans les profondeurs de la forêt.

A quelques lieues d’Isélia, ils venaient d’être capturés par des assaillants elfiques, quelle déception ! Écumaient-ils tous au fond d’eux même alors qu’ils étaient amenés maintenant vers un lieu inconnu, débarrassés de leurs armes. Entraîné par l’un des elfes en tête de file, l’épéiste guettait la moindre occasion de leur fausser compagnie et jetait des regards furtifs vers les bosquets quand ils entrèrent tout à coup dans un village forestier.

Composé de singulières habitations ovales d’une matière voisine du verre et de feuilles géantes, ce bourg caché en pleine futaie avait une apparence paisible et semblait abriter une colonie assez importante. Sur une estrade de bois, contre un grand arbre au tronc épais, un genre d’autel utilisé vraisemblablement pour les prières siégeait. Plus haut dans les hauteurs, d’autres étranges demeures transparentes reliées au sol par des échelles de cordes avaient été construites, incarnées dans les arbres visiblement très respectés.

Les fondaisons parcourues par des passerelles aériennes de cordes, ce petit village parfaitement adapté à la flore locale ne payait pas de mine. A l’apparition des prisonniers, ses habitants elfiques ouvraient de grands yeux déconcertés alors qu’ils étaient dirigés devant cette estrade où un genre de chaudron en fonte régnait en son centre.  


« Ainsi voilà les hommes qui osent souiller nos bois et y faire un feu sans autorisation… » Eclata soudainement une voix calme mais directe alors que, derrière eux, une ravissante créature aux longs cheveux verts et à la peau blafarde comme la lune se dévoilait.

Habillée d’un costume peu commun assimilé à celui des prêtres, sa longue robe à la teinte laitue était striée de motifs elfiques jaunes et bruns. Un collier de bijoux -vraisemblablement des saphirs- brillant sur son cou avec ses bracelets d’or, le haut échouait dessus de ses longues manches. Chaussée de bottes elfiques et dotée d’un sceptre particulier au bout serti d’un diamant alors que ses bords retombaient en pointes multiples, cette personne -visiblement la meneuse du clan- dégageait une aura puissante mais aussi inspirait un grand respect.

Ses traits très fins à l’apparence charitable et honnête, elle paraissait néanmoins courroucée de la vision de ces étrangers et sa main serrée sur son bâton en disait long sur sa colère. Ses yeux émeraude détaillant les captifs, on pouvait y lire un mélange de crainte et de hargne avec une grande incertitude. Bien qu’elle soit certainement d’une grande bonté dans d’autres circonstances, la femme elfique n’était pas réellement disposée à leur offrir la bienvenue et elle les fixait profondément du regard lorsque Lloyd tempêta :


« Qui êtes-vous ? Pourquoi nous avoir capturés ? Nous n’avons rien fait qui…
-Cette forêt est interdite. Coupa-t-elle en fronçant les sourcils d’une voix calme mais ferme sans perdre son impassibilité. Y pénétrer sans autorisation est puni de mort.
-Qui êtes-vous ? Demanda Raine. Nous ne savions qu’un clan elfe vivait en ces lieux !

-Mon nom est Avamaën, enchanteresse elfique et gardienne du village. J’ai vu votre venue dans ce chaudron sur l’autel et, quand vous êtes entrés dans les bois, nous étions prêts à intervenir.
-Nous ne venons pas en ennemi ! Rétorqua Sheena. Nous ne faisions qu’une pause avant de…
-Même si vos paroles étaient vraies, vous serez néanmoins punis selon la règle ! Emmenez-les ! Se contentait de dire la cheftaine quand Zélos lança tout à coup avec un air facétieux :

-Dommage qu’une beauté pareille soit si intolérante…
-Qu… ?! S’exclama-t-elle en entendant ce genre de paroles en telle situation.
-Je suis sûr que vous devez être ravissante quand vous souriez. Poursuivit-il sans se démonter.
-Et ça recommence… Constata la ninja en détournant la tête de honte.
-……

-Maîtresse ? Demanda l’un des villageois alors que cette dernière restait figée, troublée de ce genre de supposition que personne avant lui n’avait osé lui dire. Comme interdite, celle qui semblait être la gardienne de la localité elfique restait immobile quand elle ouvrit enfin la bouche :
-Enfermez-les et tenez-les sous bonne garde. » S’éloigna-t-elle sans se retourner, encore troublée, avant qu’ils ne soient emmenés et barricadés séparément dans deux habitations étroitement surveillées.

Assis sur une paillasse sommaire de plantes tressées, emprisonnés dans une de ces demeures dont la matière cristalline était quelquefois remplacée par la fibre de bois, les mecs se sentaient comme bêtes quand Sertjen avança :


« Si c’était pour la draguer, c’était pas fortiche.
-Toi, la ferme ! S’irrita Zélos en avisant l’homme-renard dont la queue faisait des va-et-vient.
-Elle a parlé de peine de mort. Rappela Lloyd. Il faut s’évader et cela, le plus vite possible.
-Il faudrait déjà se débarrasser de ces liens qui neutralisent notre mana. Rappela l’ex-élu. Qui a une idée ?
-……

-Bon, ben c’est pas gagné. » Souffla-t-il avec un certain désespoir, ses prunelles bleues masquées par ses mèches rousses.

Chez les filles, le moral n’était guère mieux élevé et le professeur restait muet comme le roc pendant que Miyana essayait de secouer Colette et Sheena.


« Ecoutez-moi ! Il faut que nous guettions la moindre occasion pour filer.
-S’évader ? Comment ? Demanda l’ex-élue avec un air interrogateur.
-Il suffirait que nous soyons tous ensemble et toi, Lloyd et Zélos pourriez nous transporter avec vos ailes.
-Il n’y a plus Yuan et je doute que leurs exsphères tiennent. Intervint Sheena avec un léger désespoir sur les lèvres.
-Yuan ? Mais oui ! Se souvint brutalement Raine. On peut le contacter ! Affirma-t-elle en faisant tomber un petit boîtier en gigotant dans tous les sens.

-C’est quoi ?
-Un émetteur Colette. Il me l’a donné pour le cas ou.
-Yuan… donner un cadeau ?! Incroyable ! Lui qui est si antipathique ! N’en revint pas l’invocatrice en ouvrant des yeux ronds.
-Chut ! Ordonna-t-elle en appuyant tant bien que mal sur un bouton. Allô ? »


Aucune réponse… S’approchant de nouveau de l’appareil, l’enseignante recommença :
« Yuan ! Tu me reçois ? »


Seul un grésillement continu répondit à son appel. Le moral sapé par ce silence radio, toutes ne savaient plus que penser tandis que le professeur était assez débouté : sans doute avait-il été endommagé pendant le voyage… Songeait-elle sans savoir ce qui était arrivé à Yuan.

  
« Bon, si on trouve une issue, on essaiera de s’évader. Ils ont oublié de me fouiller. » Reprit la religieuse en dévoilant alors ses badines à l’émoi général, dissimulées dans ses habits.

Le reste de la journée puis la nuit passa lentement pour tous. Les gardes semblaient ne pas avoir sommeil et aucune occasion ne s’offrit à eux durant ce laps de temps qui les séparait de l’exécution. Le jour finit ainsi par reparaître sans qu’ils aient trouvé un moyen de fausser compagnie à leurs geôliers et ils furent bientôt extraits de leurs cellules pour être conduit devant l’autel où, dessus, la meneuse elfique les attendait.


« Pour avoir enfreint nos lois, les Anciens vous ont condamnés à mort. Vous serez ainsi sacrifiés à la forêt pour expier votre crime.
-Attendez ! Ce n’est pas juste d’ôter des vies pour le seul prétexte qu’on a pénétré dans votre territoire ! Contesta le bretteur. Nous ne pouvions le savoir ! »


Avisant le héros, Avamaën resta un instant déconcertée à cette déclaration. Ce jeune homme ne craignant pas même la mort ne semblait pas mentir et son regard semblait franc et sincère alors que ses cheveux brillaient sous l’éclat de l’astre solaire. Comme piquée d’une épine fichée en pleine poitrine, l’enchanteresse était maintenant sujette à un doute et son âme balançait entre deux eaux quand le petit ange soutint :


« Il a raison mademoiselle ! Nous ne savions même pas qu’il y a avait un peuple d’elfes dans ces forêts !
-Tai… Taisez-vous ! Reprit la magicienne, étranglée par cette assurance qui cisaillait son courage. Vous avez commis un crime, vous devez maintenant l’assumer ! Trouvez le pardon dans une mort douce et rapide.
-Comment ?! S’écrièrent-ils tous de consternation alors qu’elle brandissait la main vers le ciel pour ouvrir impitoyablement sa paume.
-Par les cocons sacrificiels ! »


Immédiatement, une foule de lianes surgirent du sol et enlacèrent en un clin d’œil les captifs dans des cages végétales imperméable. Apercevant à peine la dirigeante du clan elfe à travers les interstices des tiges vertes, tous réduis à l’impuissance commençaient à se sentir envahis par une étrange torpeur lorsque la meneuse elfique reprit :


« Ces prisons spéciales endorment leurs victimes avant d’absorber leurs forces physiques et magiques pour les redistribuer aux forêts voisines. Périssez dans une mort douce et sans douleur. Ferma-t-elle les paupières de recueillement en priant pour le salut de leurs âmes.
-C’est injuste ! Nous nous sommes battus pour sauver votre peau et c’est comme ça que vous nous remerciez ?! Eclata l’invocatrice furieuse tout en frappant de rage la prison de plantes.    

-Vos mensonges ne vous sauverons pas.
-Firatoes illiani… Kateosan mira no négentamia… Miratoseï !!! » Eclatait à cet instant une voix tandis que, se brisant d’elles-mêmes, les lianes d’un des cocons libéraient Sertjen entouré d’une aura turquoise, la queue hérissée de fureur !


« Même si vous prétendez défendre la forêt, je ne vous laisserai pas tuer mes amis ! » La provoquait-il en duel tandis que, sur son poignet, brillait une plaque en forme de feuille… additionnée d’un écusson familier au symbole arboricole !!!!
Posté par Molock le 24-03-2006 à 19:01
Avatar de MolockChapitre 36 : la révélation de l'homme-renard !!!

Chapitre 37 : le poids d'une obscure vérité.

Chapitre 38 : nuitée confuse.
Posté par Molock le 24-03-2006 à 19:08
Avatar de MolockChapitre 36 : la révélation de l’homme-renard !!!


Entouré de son halo magique alors que les lianes au sol semblaient osciller entre les deux êtres de l’élément de la forêt, Sertjen était méconnaissable sous cette apparence. La queue levée et hérissée avec un air terrible et résolu, ses poings serrés de détermination, il avait un tout autre visage et semblait capable de s’opposer à la maîtresse des bois. Impressionnée par son aura incroyable à l’image de ses compagnons qui faisait éclater des décharges électriques turquoises dans l’air, Avamaën ne savait comment réagir alors que les yeux bruns du semi-elfe chargés d’un sentiment absolu démontraient une personnalité tenace et certifiée. Sa toison en queue de cheval soulevée par le vent qu’il diffusait, le petit être libéré du puissant sort d’enfermement paraissait capable de s’opposer à la magicienne lorsque qu’il annonça :


« Pour t’en prendre à mes amis, il te faudra passer sur mon corps ! Jura-t-il en serrant son poing brandit vers elle, les prunelles luisant d’un éclat brillant extrêmement redoutable.
-Petit Sertjen… Lâchèrent en même temps Sheena et Colette, toutes deux émues.
-Tes amis ?! Ne te mens pas à toi-même. Déclara l’enchanteresse en fermant les paupières un court instant.
-?!
-Je sais que tu n’es pas de leur coté. Je peux lire dans l’esprit de certaines créatures… dont le tien.
-Urgh… Réprima-t-il comme traversé de crainte, le cœur comme serré par un boa.

-Tu les as accompagnés car il te fallait les connaître mais… tu ne leur as jamais dis que tu étais de l’ennemi.
-Hein ?! S’écrièrent-ils tous à cette révélation.
-Eh oui. Ce petit demi-elfe est un espion et, qui plus est, un des chefs des ennemis que vous combattez. Déclara Avamaën à la troupe emprisonnée d’un ton assuré. Sous son apparence gentillette, qui soupçonnerait ce charmant garçon être l’un des généraux de ce Sindaï contre qui vous luttez ?
-Ser… Sertjen… C’est faux n’est-ce pas ? S’effraya le petit ange comme poignardée en plein cœur. Elle ment, pas vrai ?
-……

-Sertjen ! Insista la ninja d’une voix ferme.
-Elle… a raison : je suis un des 4 généraux du Sindaï : Sertjen de l’élément de la forêt. Dévoila-t-il, yeux clos avec un mélange d’amertume et de tristesse sur son faciès tout en tournant le dos.
-Pou… Pourquoi ? Eclata de tristesse Colette alors que tous étaient stupéfiés.
-……

-Je m’en doutais… Constata Zélos avec dédain. Dès le départ, il était un peu trop étrange.
-Ma mission était de vous surveiller et de transmettre des informations. Je devais aussi voler l’épée éternelle si l’occasion m‘en était offerte. Continua le semi-elfe après un instant de silence. Mais vous ne l’aviez pas avec vous…
-Non… S'effara l’ex-élue en se tenant les mains d’effroi, blessée au plus profond d’elle-même avec une étrange douleur tourbillonnant au fond sa poitrine.
-Mais, la chaleur de vos liens, votre détermination à vouloir sauver votre monde, votre gentillesse et l’absence de discrimination que je n’ai jamais ressentie jusque-là ailleurs m’a convaincu… que je m’étais trompé de voie, que ce n’est pas comme ça que je retrouverai Kratos.

-Papa ?! Tu le connais aussi.
-Oui Lloyd… Ton père m’a sauvé la vie.
-!!
-Et aujourd’hui, je sauverai celle de son fils ainsi que celles de ses amis et des gens qui ont cru à un pauvre Naïjên comme moi. Se tourna-t-il vers Colette et Sheena d’un air décidé pendant qu’une étrange aura à la fois douce et acérée émanait de sa personne.
-Petit Sertjen…
-C’est pour ça… que je vais me battre ! » S’engagea-t-il sur son âme en faisant alors exploser son mana en une tourmente incroyable dépassant l’entendement humain.

Sa prison disloquée par les volutes magiques, Miyana le rejoignit alors qu’une nuée mystique à la forme animale se dégageait alors de lui. Il se battrait pour les compagnons d’armes en lesquels il avait décidé de croire et rien ne l’arrêterait !


« Dans ce cas, tu ne me laisses pas le choix… Reprit la magicienne elfique tandis qu’elle reprenait une attitude guerrière. Lianes mortelles ! Transpercez cet importun !
-Lianes de la forêt, protégez-moi ! »


Les tiges vivantes des deux camps se rencontrèrent aussitôt dans un grand tumulte et s’enchevêtrèrent dans une rixe forestière féroce tel un énorme nœud. A la façon de serpents essayant de s’étouffer, les végétaux mouvants se serraient réciproquement dans une étreinte mortelle et tentaient chacun de détruire l’autre quand ils retombèrent ensemble à terre.


« Egalité !? S’exclama la nonne.
-Rah ! Pesta la magicienne en voyant en cet homme-renard un adversaire coriace.
-A mon tour ! Esprits de la forêt ! » Clama le semi-elfe des bois.


Sur cette phrase, les arbres se mirent en mouvement et leurs branches assaillirent la meneuse opposante qui esquiva leurs coups avant de les calmer d’un enchantement mystérieux. Se tournant alors vers Sertjen, elle allait invoquer un sort de terre quand celui-ci bondit dans les airs et tournoya sur lui-même avant de la heurter. Rejetant le semi-elfe de sa canne, Avamaën déchira alors la terre dans des failles béantes mais il fut sauvé par des racines venues le soutenir à son ordre pour riposter d’une tempête de feuilles acérées qui la firent vaciller. Saisissant alors l’occasion de l’atteindre, il se rua vers elle d’une célérité animale mais elle le stoppa d’une barrière d’énergie verte et l’atteignit d’une bourrasque cinglante à bout portant qui le renvoya en arrière.


« Redoutable… Elle sera dure à battre… Constata l’ex-général avec un certain sourire mal assuré pendant que du sang perlait de ses entailles, ses vêtements lacérés par les lames de vent.
-Sertjen ! Ca va aller ? Demanda la prêtresse inquiète en le rejoignant en courant.
-Je ne suis pas certain de pouvoir la vaincre.
-Mais… Tu n’es pas un des quatre généraux ? Leva-t-elle ses sourcils clair de stupéfaction.
-Mon pouvoir… est le plus faible des 4. Confia-t-il brusquement. Dans ma condition actuelle, l’issue est très défavorable.
-Ta condition actuelle ?!

-Non… Rien. Bref, je vais avoir besoin d’un coup de main.
-Alors libère nos amis et…
-Non ! Elle attend justement que je relâche mon attention pour me porter un coup fatal. Prévint le semi-elfe sans perdre de vue son ennemie, sa queue levée et ses oreilles dressées avec une concentration maximale. Quand tu en auras l’occasion, neutralise-là dans un de tes fameux arcanes et je porterai l’estocade finale.
-Bien ! Acquiesça-t-elle d’un signe de tête.
-Alors… c’est parti ! »


Se précipitant alors sur son antagoniste, Sertjen exécuta tout à coup un saut périlleux puis une feinte du pied avant d’utiliser une technique de frappe terrestre. Bloquant le coup de sa maîtrise magique, Avamaën répondit de ronces lacérantes qui manquèrent de peu leur cible. Esquivant les plantes folles d’une allure animale, l’homme-renard se servit tout à coup de l’une d’elle pour se propulser vers l’enchanteresse mais elle se protégea d’un rideau sylvestre et continua avec des stalactites. Les ayant évitées, le semi-elfe déclencha en retour une seconde trombe de feuilles qui déchirèrent la protection de l’ennemie.

Chargeant alors la redoutable enchanteresse en évitant d’autres pointes sortant du sol, il lança aussitôt sur elle une boule de mana jaune qui lui fit lâcher son sceptre. Déconcentrée, la magicienne venait de révéler un angle mort et il allait en profiter quand elle propagea des ondes soniques sphériques qui altérèrent ses sens surdéveloppés.


« Mais que… ? Se sentit-il comme perdu, ses perceptions devenues incontrôlables.
-Prends ça ! Fragrance fatale ! »


Générant alors autour d’elle une puissante énergie émeraude, elle matérialisa autour de lui un grand cercle de magie verte où poussèrent des fleurs qui libérèrent un pollen toxique. Ayant inhalé un peu du parfum nocif, le demi-elfe sentait ses membres s’engourdir quand son ennemie enchaîna avec des projectiles d’eau qui le heurtèrent de plein fouet. A sa merci, Sertjen était presque impuissant et Avamaën préparait un dernier arcane lorsque Miyana propulsa un pâle rayon purificateur instantanément dévié par la défense végétale de l’adversaire.

A cet instant, la magicienne de la forêt invoqua une énorme brise lacérante et ses vents acérés leur infligèrent de nombreuses entailles avant de poursuivre par un geyser, propulsant l’homme-renard dans les cieux tout en écartant la nonne. Sertjen était alors une proie facile et l’opposante armait un coup fatal pour l’achever quand, se redressant tout à coup malgré sa position, la prêtresse contre-attaqua immédiatement de ses faisceaux-stoppeurs.


« Mais que… ?! S’écria-t-elle de stupeur, mains liées par la technique au mana laiteux.
- Sertjen ! Maintenant ! Ordonna Miyana avec empressement.
-Oui ! »


Redressé avec sa queue, Sertjen fondit alors sur Avamaën maintenant entravée, griffes dégainées, quand celle-ci se débarrassa des liens magiques et reprit sa technique sonique. Perturbé, le demi-elfe était entravé et ne pouvait plus l’assaillir quand elle lui porta une grave blessure d’une lame de vent bien placée.

Retombé à terre, l’ex-général ne s’avouait pas vaincu et, tandis que d’autres pousses florales continuaient à fleurir tout autour de lui en diminuant inexorablement ses capacités, son halo brillait cependant toujours aussi ardemment : il n’abandonnerait à aucun prix !
A ce moment, commençant à passer aux choses sérieuses, l’enchanteresse joignit ses mains en l’air et forma à l’intérieur une étrange lueur. Immédiatement, des racines entravèrent les pieds de ses deux opposants et ces derniers commencèrent à se changer en arbre à l’horreur générale. Déjà, des petites feuilles poussaient sur leurs corps et leurs peaux prenaient la rigidité et la teinte des écorces quand la meneuse elfique déclara :    

    
« Vous ne m’avez pas laissé le choix… Rejoignez maintenant vos compatriotes dans une paix absolue.
-Raaah… » Enrageait la religieuse avec irritation pendant que le semi-elfe essayait de se débattre. Les jambes et le torse devenus troncs, ils étaient pratiquement transformés et le bois venait de recouvrir leurs visages quand le petit demi-elfe fut totalement enveloppé de l’arbre né en lui.


« Sertjen ! Hurla Colette avec frayeur. Miyana !
-Inutile… Ce sort de transformation ne peut être déjoué que par des mages ou des druides. Ce n’est pas une petite prêtresse ou un semi-elfe qui pourront… » Allait-elle continuer quand, se fêlant brusquement à ces mots, l’arbre qui avait avalé Sertjen dévoilait celui-ci redevenu lui-même.


« Ce n’est pas un sort pareil qui fera prisonnier un Naïjên.
-Urh… Sembla-t-elle ébahie, la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés.  
-Libérez mes amis ! Ou bien… Menaça-t-il tandis que le fauve présent en lui semblait se dégager progressivement de son humanité, poussé dans ses derniers retranchements.
-Pour les libérer, il te faut me vaincre ! Rétorqua-t-elle d’un ton stoïque sans trahir la moindre émotion.
-Alors victoire il y aura ! »


Pendant que leurs crinières s’élevaient de nouveau sous leur puissance réciproque, les deux adversaires étaient entourés de leurs protections propres. Protégée de ses ronces verdâtres, la magicienne l’attendait tandis que l’homme-renard était défendu parallèlement d’un carcan de feuilles volantes tournoyant autour de lui. L’un comme l’autre ne reculerait pas et ils allaient déchaîner mutuellement un arcane décisif lorsque, apparaissant depuis les sous-bois de la futaie, un grand cerf stoppa son pas entre les deux combattants tout en s’interposant.

« Quoi ?! » N’en revinrent pas les deux êtres sous l’élément de la forêt, sidérés qu’un animal noble comme celui-ci viennent interrompre leur combat sans craindre la mort.

A la suite, l’écureuil Kura rejoignit l’épaule de Sertjen pendant qu’un oiseau  se posait sur celle de la grande femme elfe, ses yeux redevenus plus doux. D’autres animaux se dévoilèrent ensuite et suidés, cervidés, écureuils, hérissons et quantité d’animaux des bois s’amassèrent peu à peu autour des deux ennemis comme paralysés : ils défendaient tous deux une cause juste et étaient stoppés par cette même faune qui semblait vouloir l’arrêt de cet affrontement. Entouré d’une nichée d’écureuils, de lapins et de deux biches, l’homme-renard ne pouvait plus utiliser le moindre sort sans craindre de les blesser et il en était de même pour Avamaën, encerclée de hérissons, de sangliers et d’oiseaux aux magnifiques parures.


« Regardez, défenseurs de la forêt ! Vos créatures elles-mêmes s’opposent à votre lutte et vous enjoignent à arrêter en risquant leurs propres vies ! Vos cœurs sont sincères et justes alors vous devez les écouter ! Eclatait une voix juste mais sévère dont le ton fit frémir Sheena.
-Vérius ! Bondit-elle de joie en voyant apparaître l’esprit originel du cœur au beau milieu du champ de bataille.
-Je ne dois intervenir sous aucun prétexte dans ce monde et changer son destin… mais la pureté de vos cœurs réciproques m’a motivé et j’ai décidé de venir moi-même avant l’irréparable.
-Avec tout le respect que nous vous devons, esprit originel, nous devons conclure ce combat ! Contesta la magicienne elfique. Ces individus ont profané cet endroit et…

-Meneuse du village de Sitérias, ces individus sont venus en paix et sans intention de nuire… Entends-le avant de choisir ta destinée. » Acheva la magnifique créature avant de se volatiliser aussi mystérieusement qu’elle était venue.  
« Hmm… Songeait le demi-elfe qui hésitait entre achever ce combat et le dévouement de ses compagnons des bois lorsque, faisait fuir les créatures de la futaie de son aura, Avamaën déclara, ses ronces oscillant autour d’elle :

-Sertjen…  Même si je sais maintenant que vous n’êtes pas nos ennemis et que j’exècre la violence, je dois terminer ce combat ! Proclama-t-elle avec opiniâtreté, son regard redevenu celui de la sage gardienne de cette futaie, doux mais décidé.
-Je comprends… S’inclina-t-il de respect. Alors, en garde ! » Accepta-t-il le duel pendant que sa rage se muait en un sentiment noble : il ne se battrait plus par colère mais par respect !

Se préparant alors à un assaut ultime, cette fois en tant que combattants pendant qu’animaux et prisonniers assistaient à ce spectacle terrifiant, les deux individus se faisaient de nouveau face. Sur son estrade, Avamaën préparait une seconde botte secrète alors que, en dessous, Sertjen réunissait ses forces pour un dernier assaut.


« La passion d’Hiténia !
-Crocs du renard ! »


S’étant propulsé vers elle pendant qu’une véritable forêt acérée tentait de le transpercer, le semi-elfe, empreint d’une vitesse foudroyante en esquivant les pointes arboricoles, le semi-elfe attendait le bon moment pour frapper quand il tournoya soudainement sur lui-même. Les bois pointus déchirés par une étrange technique, une triple onde de choc teinte brun orangé volait alors vers la magicienne en coupant sur son passage les arbres aux pointes mortelles. Surprise de ce coup capable de trancher ses essences comme du beurre, Avamaën était paralysée par la peur quand l’attaque déchira ses vêtements tout en infligeant une grave entaille.


« Victoire ! Clama Lloyd pendant que leurs prisons se disloquaient.
-Est-ce que… tu vas me tuer ? » Demanda l’enchanteresse, jambes à terre tout en tremblant de douleur, l’épaule ensanglantée pendant que l’homme-renard se dressait sur l’estrade.

Ses prunelles de jade dénaturée de toute agressivité, la belle créature elfique était maintenant comparable à un fragile lys des bois sans défense et sa longue chevelure verte étalée sur le sol se mélangeait à l’hémoglobine qui salissait ses habits tachés de sombre. Libérée de sa rancune et de sa raison de combattre, Avamaën respirait maintenant la sérénité et la plénitude absolue et était absolument inoffensive, son mana totalement volatilisé.  


« Non je ne te tuerai pas. Déclara tout à coup le traître en repliant ses griffes, ses mèches noisettes cachant à demi son expression. Je suis moi aussi un habitant des bois… et ton combat est le même que le mien. C’est pourquoi je ne peux te tuer. Baissa-t-il les bras de renoncement avant de se détourner d’elle avec noblesse.
-Le même… combat ? Répéta-t-elle en relevant la tête, ses yeux chargés d’incompréhension.
-Oui. Même si tu as été notre ennemie, tu nous combattais pour la sauvegarde de la forêt, non pour toi-même. C’est ce que Vérius voulait nous faire comprendre et c’est pour ça… que je ne peux te tuer. Ton cœur… est plus bon que le mien qui a été sali par le Sindaï. Continua-t-il sans la regarder, ne voulant pas croiser le regard de ceux qu’il avait trahis.

-Petit Sertjen ! S’émue Colette à ses paroles nobles.
-Colette, Lloyd… vous tous. Je ne cherche pas le pardon mais… Disait-il quand il brisa soudainement son écusson dans un éclat sinistre pour ensuite planter ses griffes en plein torse, le sang jaillissant sous une explosion écarlate.
-Pou… Pourquoi ? Eclata l’invocatrice horrifiée de son geste avec le reste du groupe.
-Parce-que… j’ai choisi de croire en vous. » Avouait-il pendant qu’un plasma au ton rubis coulait le long de ses habits lorsqu’il s’effondra en fermant les yeux…
Posté par Molock le 26-03-2006 à 21:25
Avatar de MolockChapitre 37 : le poids d’une obscure vérité.


Gisant à terre dans une flaque d’hémoglobine écarlate, l’ex-général du Sindaï avait choisi d’attenter à sa propre vie pour expier ses fautes et était en train d’agoniser quand le petit ange le releva.


« Tu n’as pas à te supprimer pour réparer tes fautes ! Martel ne le voudrait pas ! Fit-elle alors que ses profonds yeux azur étaient chargés de compassion, ses cils légers voguant de haut en bas.
-……
-Petit Sertjen ! Reprit-elle, affolée en le voyant tourner la tête de fatigue, paupières closes.
-Fu… Sourit-il péniblement alors que du sang suintait sur ses lèvres. Je comprends maintenant pourquoi j’ai choisi votre camp : vos cœurs sont bons et généreux, à l’inverse du mien qui s’est vendu au diable pour essayer de retrouver un être cher.
-Kratos… Songea Lloyd.

-Colette… Vous tous… J’aimerais tellement que vous me croyiez, que vous croyiez à mon repentir. Rouvrit-il les yeux alors qu’une faiblesse extrême s’emparait de lui, le froid de la mort pénétrant ses membres en remontant inexorablement vers la tête.  
-Nous te croyons. S’avança Sheena aux prunelles devenue humides. Mais si tu veux vraiment te faire pardonner, tu dois vivre pour expier tes fautes ! Ne fais pas comme moi ou Colette qui pensions il y a pas si longtemps encore que seul notre sacrifice amenait au pardon.
-Vivre… avec toutes ces vies humaines que je porte sur ma conscience ? La regarda-t-elle avec incompréhension, un filet carmin glissant sur ses côtes.

-On ne peut changer le passé… mais on peut changer notre devenir. Je crois que nous sommes maître de notre propre destin ! S’avança le bretteur avec conviction. Sans cela, jamais nous n’aurions pu vaincre Mithos et ses anges ! Déclarait-il alors que ses traits dévoilaient une vérité certifiée.
-Je pense qu’il a raison. Soutint Zélos en croisant les bras sans paraître affecté. Tu as été, comme moi, un agent double et un espion et tu peux changer par ta volonté si tu le désires.
-Ce crétin y est parvenu alors tu le peux aussi ! Reprit l’invocatrice avec conviction alors que l’ex-élu se sentait pris pour un moins que rien.

-Je… Je le crois également. Affirma la prêtresse d’un air empreint de pitié où transparaissait aussi un confus attachement malgré ce qu’il avait fait. Nous sommes maîtres de nos propres choix.
-Et de notre futur ! Termina Raine dont la froideur habituelle était fracassée par son état..
-Merci… Parut-il sincère avant de sombrer dans une profonde torpeur.
-Raine ! S’affolèrent-ils tous.
-Je sais ! Je vais essayer. »


Pointant alors sur lui la corne de licorne, la guérisseuse y concentra son mana dans une grande lumière blanche et celle-ci enroba l’ancien général. Comme refusant de se refermer, sa dernière blessure ne semblait pas guérir et il déclinait vers le royaume de l’au-delà quand, secondant le professeur, Avamaën posa tout à coup sa main sur son torse. Une étrange lumière verte s’allia alors aux forces de guérison et, cicatrisant sous ce pouvoir naturel adjoint à celui de l’enseignante, l’entaille fatale finit par disparaître.


« Il est sauf… mais c’était tout juste.
-Quel est ce pouvoir ? Demanda Raine. Je ne pensai pas qu’il y avait un autre pouvoir de guérison.
-J’ai utilisé la force de la nature pour guérir sa moitié renard. Votre force seule n’aurait pu le sauver.
-?!
-Les Naïjêns sont des créatures spéciales qui ne peuvent être soignées que par leurs congénères ou une combinaison de forces de guérisons normales et forestières.
-Pourquoi nous avoir aidés ?

-Vérius est très respecté dans notre caste et son apparition était un signe flagrant de votre honnêteté. Je me devais de faire ça.  Se tourna-t-elle vers lui, regrettant son geste au plus profond d’elle-même.
-Il est toujours inconscient… Constata la nonne en la fixant d’un air interrogatif tout en relevant sa tête.
-Même guéri, il est plongé dans un traumatisme qui influe sur sa conscience, un coma rare si vous préférez. Il ne se réveillera pas avant quelque temps. Expliqua l’enchanteresse en le détaillant longuement des pieds à la tête : il était le premier Naïjên qu’elle voyait en vrai et il dégageait un certain charisme malgré son jeune age et son métissage semi-animalier.

-Alors je… Je vais le porter. Se proposa Miyana à l’étonnement de ses compagnons.
-Tu y arriveras ? Nous pouvons le transporter si tu le veux.
-Ca ira Lloyd. Et puis…
-Et puis ?
-J’ai moi aussi une question à lui poser : en quoi il était exactement impliqué dans ces attaques.
-Tu fais allusion à ce que tu as ressenti sur l’île ? Ces massacres commis un peu partout ?

-Oui Raine. Tiweïrâ, mon village, a été ravagé et l’une des puissantes énergies qui se trouvait là-bas ressemblait à la sienne. Dévoila-t-elle avec affirmation pendant qu’une étrange lueur passait dans ses prunelles..
-!!!!
-Plusieurs fois pendant le voyage, j’ai ressenti une étrange force cachée en lui et, pendant le combat, j’en ai eu la certitude : ce demi-elfe, ce général, était là lors de l’invasion. J’en suis quasi-certaine ! J’ai déjà essayé de le faire parler mais…
-Miyana…
-Hm ?

-Tu penses… qu’il a tué ceux de ton village ? Poursuivit l’épéiste avec un visage désolé.
-……
-Et que vas-tu faire ? Ironisa Zélos. Le torturer pour le faire parler ? Le tuer ? Le séduire ?
-J’aurai mes réponses… Je me le suis juré !
-Mais il a dit s’être repenti ! Protesta Colette. Tu as vu qu’il était même prêt à se tuer pour se faire pardonner ! Tu étais même devenue son amie !
-Cela n’effacera pas le fait qu’il ait été l’un des dirigeants de ces massacres et qu’il porte peut-être sur lui le sang de centaines voire de milliers de victimes. Lui répondit-elle avec un éclat féroce dans le regard.

-Et si c’était bien le général qui a attaqué ton village, que vas-tu faire ? Le culpabiliser et le rabrouer toute la vie ? Se moqua l’ex-élu.
-Non. Je vais le surveiller de près, jour et nuit, et je ne le lâcherai pas jusqu’à ce qu’il se décide à tout raconter. J’aviserai alors le moment venu.
-Tu es sûre ? Demanda Lloyd avec inquiétude. Ce sera peut-être dur à entendre.
-… Je le sais. Mais, pour moi, la vérité est toujours moins dure à supporter que le poids du mystère. Sans cela, je n’aurai pas harcelé mes parents sur Médathigh même s’il a été douloureux d’apprendre certaines choses.

-Ah…
-Enfin bref, on y va ? Nous devions aller à Isélia, non ?
-Hum… Tu as raison. Approuva le bretteur. Nous avons suffisamment traîné ici.
-Attendez ! Les arrêta l’enchanteresse de la main, comme sans le vouloir.
-Qu’il y a-t-il ? Interrogea le héros, étonné de son geste.
-A cause de mon arrogance et de ma méfiance, vous avez maintenant un compagnon hors de combat aussi… j’aimerais vous accompagner. Se plia-t-elle sur elle-même, sa canne posée sur son genou droit avec sa chevelure affleurant le sol.

-Mademoiselle Avamaën ! Protestèrent les villageois.
-En êtes-vous certaine ? Ce village peut être attaqué à tout moment par le Sindaï et…
-Justement ! Par ma faute, votre force d’attaque a été diminuée et comme cette organisation semble menacer le monde entier, alors…
-Si vous êtes si décidée à nous rejoindre… alors bienvenue dans la bande !
-Lloyd ! S’exclama l’enseignante, indignée de son choix spontané.
-Ben quoi ? Elle a dit elle-même vouloir se faire pardonner et elle est forte. Un atout en plus ne serait pas de trop.

-Et elle est divinement belle ! Rajouta Zélos avec convoitise pendant que Sheena faisait craquer les os de ses mains.
-Bon… Après tout, si vous le dites. Abandonna professeur devant tous les avis contraires.
-Merci. Se courba noblement la femme elfe à ces paroles avant de se relever.
-Mademoiselle ! S’opposa un autre habitant du village.
-Je dois moi aussi me battre pour que notre monde reste en paix mes frères ; c’est ainsi. Il vous faudra vous passer de moi pendant un certain temps. Se justifia poliment la magicienne face aux siens.

-Alors… Prends bien soin de toi. S’approcha l’un des hommes du village aux légers cheveux blancs qui n’était autre que l’un des Anciens de la place.
-Je reviendrai le plus vite possible… père. »


Une bise fut échangée et, peu après, la troupe quittait la giboyeuse forêt avec un nouveau membre dans le groupe : l’enchanteresse elfique Avamaën.


Isélia…

« Eh ben… C’est tout ce que vous savez faire ?
-Argh… Mais comment un môme si petit peut-il être aussi fort ? » Rageait un diable à terre tandis qu’aux alentours, une dizaine de ses confrères gisaient dans les environs au fond de cratères béants. Face à lui, le super mage Génis aux longs cheveux clairs, armé de son kendama et habillé d’une tenue marine bordée d’un blanc pâle, lui tenait tête avec un calme plat.


« J’aurai ta têêêête ! Hurla le monstre en se ruant sur lui, griffes dehors.
-… Quel bleu. Il faut toujours garder son sang froid en combat. Trou noir ! »


Un gigantesque dôme obscur enveloppa alors la créature des enfers et comprima celle-ci dans une pression absolue avant de disparaître… pour laisser entrevoir son cadavre étalé avec les autres.


« Envoyer des amateurs pour détruire mon village… Les émissaires de ce 'Sindaï' ne pesaient vraiment pas lourds. Ironisait le demi-elfe quand une vieille femme aidée d’une canne de chêne l’interpella :
-Génis ! Tu vas bien ?
-Ca va Phaidra. Ca m’a fait un peu d’exercice. »


Dans les plaines proches d’Isélia, pendant qu’un soleil d’après-midi inondait de ses rayons les étendues plates aux herbes tendres, les 8 aventuriers -dont un porté par la nonne- faisaient toujours route vers le village tandis qu’une certaine fatigue commençait à poindre. Les captifs, épuisés par les carcans absorbeurs, n’étaient pas au mieux de leur forme malgré les soins de Raine et l’enchanteresse avait utilisé, comme Sertjen et Miyana, beaucoup de mana. De ce fait, le pas était traîné et l’allure ralentie.

Le seul à déborder d’énergie n’était autre que Zélos qui, éternel Don Juan, s’amusait maintenant à faire la cour à l’enchanteresse elfique peu habituée à de telles avances qui ne savait où se mettre. Sheena, exaspérée par l’épéiste magique, le remit bientôt en place avec l’aide du feu d’Efreet et celui-ci finit par se tenir tranquille. De son coté, la religieuse -harnachée de l’homme-renard- supportait sans difficulté son poids léger et refusa à plusieurs reprises qu’on l’aide à le porter. Elle semblait investie à présent d’une mission importante et rien ne semblait pouvoir changer cette opiniâtreté certifiée.

Raine, Colette et Lloyd, pressés d’être de retour, étaient quant à eux impatients de revoir Génis qui devait mourir d’inquiétude et ils se voyaient déjà chez eux à Isélia. Leurs vêtements sales et couverts de poussière, les cheveux souillés, tous étaient plus ou moins impatient d’y être et avaient perdu plusieurs kilos.  

Franchissant les landes à la verdure courte et rase, ils dévoraient ainsi kilomètre sur kilomètre à travers les prairies parsemées de quelques arbres maigres où passaient quelquefois des lapins. Au loin, les petits monts qui les enfermaient dans ce qui pouvait être considéré comme une énorme vallée naturelle resplendissaient de leur teint chlorophylle et les mouettes survolaient quelquefois les voyageurs de retour au bercail. Assez peu confiante, la nouvelle arrivée n’était pas à l’aise, ainsi exposée, et les pitreries de celui qui se présentait comme son chevalier servant n’arrangeaient rien.

Révélant une grande timidité, Avamaën ne savait comment réagir devant l’ex-élu persévérant dont l’audace et la ténacité se glissaient en elle tels des rayons chauds à la fois apaisants et inquiétants. Bien que découvrant pour la première fois ce genre de dragueur à la hardiesse redoutable, une partie d’elle-même pressentait son coté tenté mais elle ne savait comment le repousser. Devinant une proie facile, Zélos avait cerné sa fragile personnalité et avait jeté son dévolu sur elle quand une main attrapa son col.


« Tu te calmes ou c’est moi qui te calme ? »


Le regard flamboyant, la ninja aux allures de démone venait de glacer ses veines et personne n’osa intervenir. Etait-elle jalouse ? L’épéiste magique paraissait le deviner mais cette frayeur qui figeait ses jambes dominait ses pensées. Finalement, l’invocatrice se détourna de lui, les joues devenues carmin de honte, et ils reprirent la route.
  
Enfin, au terme de leur pérégrination qui avait semblé une éternité, les barrières de bois clairs et les petites maisons campagnardes du bourg perdu se dévoilèrent aux yeux des voyageurs enfin de retour dans leur patrie d’accueil. Ses forces revenues à la vitesse grand V, Lloyd se mit alors à courir à la stupéfaction de tous et il n’était plus qu’à quelques mètres du village quand une forme verte et blanche accourue et se jeta sur lui avant de lui lécher la figure de sa grande langue rouge.


« Noïshe ! Comment vas-tu mon vieux ?
-Aaaoouuuuh ! Ouaf !
-Oui oui, moi aussi je suis content de te revoir.
-Quel drôle de chien… S’étonna Miyana en voyant le plus fidèle compagnons de Lloyd.
-Ce n’est pas un chien… mais un Arshis.
-Un quoi ?! Se tourna-t-elle vers la magicienne elfique qui semblait être contente.
-Un Arshis. On les pensait tous morts mais il semble qu’il y ait eu des survivants. Ils semblent bien s’aimer.

-C’est vrai. Approuva Colette. On va souvent en ballade avec lui et il m’adore autant que Lloyd.
-Ouaf ! Parut approuver Noïshe.
-Oui mon beau. Tu m’aimes aussi, hein ? Le caressa-t-elle pendant qu’il remuait la queue.
-Il est magnifique. Complimenta Avamaën. Il est très rare qu’un Arshis s’attache aux humains. Il doit vraiment être choyé par ses maîtres.
-Vous…Vous trouvez ? Rougit Lloyd.

-Mais oui. Lui sourit-elle en toute sincérité pendant que Colette sentait un pincement à la poitrine.
-Il me rappelle de mauvais souvenirs… » Songea Sheena avant qu’ils n’entrent dans le village… pour voir qu’il avait été le théâtre d’un champ de bataille !


« Mais… Qu’est-ce qui s’est passé encore ici ? Se tétanisa Raine, craignant un nouveau malheur en découvrant d’énormes creux avec des demeures tailladées ou partiellement brûlées.
-Oh, c’est vous ! Vous êtes revenus ?!! Surgit l’un des villageois.
-Raconte-moi ! Demanda l’enseignante à l’individu qu’elle connaissait de longue date en entrant directement dans le vif du sujet. Que s’est-il passé ?
-Des monstres nous ont assaillis mais le petit Génis leur a réglé leurs comptes.
-Des… monstres ?

-On aurait dit des créatures venues de l’enfer. Heureusement que Génis était là. Il les a tous pulvérisés en un clin d’œil !
-Génis ? A lui seul ? Sourit le petit ange qui semblait contente, mains jointes.
-Lloyd ! Soeurette ! Mes amis ! Eclata à cet instant une voix tandis qu’une forme habillée d’une cape bleu et au pantalon beige clair se dévoilait au bout de la rue, un kendama familier dans la main.
-C’est Génis ! »
Posté par Molock le 07-04-2006 à 08:40
Avatar de MolockChapitre 38 : nuitée confuse.

Le retour des héros donna lieu à une explosion de retrouvailles et, le soir même, les réjouissances étaient marquées par une fête dans le petit village d’Isélia où un grand feu fut allumé sur la place, à coté de l’école. Dirk, ayant appris le retour de son fils, était parmi le cercle des villageois et avait ouvert un de ses meilleurs alcools tandis que la bière coulait à flot dans les pichets distribués à tous. Tout le monde était content de leur retour et celui de Raine éloignée à Heimdall était une raison de plus aux festivités.

Dansant avec Colette autour du feu, Lloyd savourait le moment et était secondé par un singulier duo qui n’était autre que la magicienne elfe et l’intarissable séducteur qui était parvenu à la traîner à la piste improvisée malgré ses protestations gênées. Génis et sa grande sœur n’étaient pas en reste et, bien que gêné par sa taille encore inférieure à celle de Raine, cette dernière avait suivi le mouvement et les 6 compagnons goûtaient à un plaisir qu’ils n’avaient plus ressenti depuis longtemps : celui d’être chez soi avec les personnes qu’ils appréciaient et avec qui ils pouvaient s’amuser sans retenue.

Sur le toit de l’école, allongée, Miyana -d’habitude la première à faire la fête- n’avait en revanche pas sa joyeuse humeur habituelle, l’esprit tourmenté par ses doutes : Sertjen avait-il été directement impliqué dans l’attaque de Tiweïrâ ? Avait-il tué ses parents ? Son cœur se serrait à cette seule idée et un terrifiant linceul glacial chargé de crainte enrobait son âme. Seul l’homme-renard pouvait dire s’il les avait tués ou non mais il avait été allongé dans la chambre d’amis de la demeure familiale de Colette, incapable de répondre à ses questions dans cette profonde torpeur où il avait sombré.

Près du grand foyer ardent, Sheena était également pensive. Toujours tourmentée par ses doutes, la ninja restait coi, ainsi recluse sur elle-même, lorsque Lloyd vint l’inviter.


« Tu viens ? Lui proposa-t-il en lui tendant une main attirante alors que Zélos s’emparait provisoirement de sa fiancée pour une valse.
-Euh… Je… Rougit-elle d’embarras, peu habituée à ce genre de proposition venant de sa part.
-Allez ! En piste ! » L’arracha-t-il à terre pendant que ses pommettes devenaient fraises avant de l’entraîner dans une danse traditionnelle d’Isélia, pratiquée de nombreuses fois avec Colette.

Charmée par sa gentillesse et sa virtuosité, l’invocatrice -qui craignait de faire un faux pas- fut bientôt plus à l’aise et se laissa aller bien qu’elle ne le puisse avec ses sentiments : l’attirance naturelle et intrépide qu’elle avait pour le bretteur ne disparaissait pas, de même que son attraction particulière envers l’ex-élu de Tesséha’lla envers qui elle devenait facilement jalouse s’il parlait à une autre. Arriverait-elle un jour à choisir ? Son cœur partagé en deux finirait-il par se décider ? Se demandait-elle entre deux mouvements non sans garder le rythme de la chorégraphie. Sa souplesse naturelle acquise avec tous ses entraînements se mettait en valeur avec cet 'exercice' et elle paraissait capable du meilleur comme du pire.

De son coté, Zélos avait libéré Colette pour se diriger vers l’un des tonneaux de bière et l’enchanteresse s’était posée près du feu quand, remarquant le petit demi-elfe Génis à proximité, elle se pencha en lui demandant :


« Alors c’est toi le petit magicien qui as battu ces créatures ?
-Je… Je… Je ne suis pas petit ! Protesta-t-il, vexé.
-Tu as l’air d’être très fort. Le congratula-t-elle d’un beau sourire, paupières fermées. Tu dégages une grande odeur de mana que peu de mages possèdent.
-Mer… Merci.
-Mais c’est qu’il est mignon quand il est gêné ce petit ! Fit-elle en passant sa main douce sur ses cheveux pendant qu’il rougissait légèrement.
-M… Mais…

-Je suis magicienne moi aussi. Alors comme ça tu es d’Isélia ?
-… Oui. Tourna-t-il la tête vers le brasier, ne sachant que dire à cette personne d’une trentaine d’année à la grande beauté qui l’impressionnait et venait ainsi spontanément vers lui.
-Moi, je suis de Sitérias. Mon nom est Avamaën.
-Moi c’est Génis. Sitérias vous dites ? Connais pas… Se concentra-t-il sur la vision du ballet qui se déroulait sans vraiment s’intéresser à la jeune femme.
-… C’est un village elfe qui est caché dans la forêt plus au Sud. Continua-t-elle en se sentant déstabilisée par son indifférence.

-Ma sœur ne voulait pas jusqu’à récemment que je m’éloigne trop, alors…
-Ta sœur ? Tu veux parler de cette femme aux cheveux clairs avec qui tu dansais tout à l’heure ?
-C’est ça. Elle s’appelle Raine et c’est ma grande sœur. Elle est hyper douée pour les sorts de guérison mais pour la cuisine…
-Tu vas te taire ! Surgit-elle par derrière en lui donnant un coup de coude sur la tête.
-Vous avez un petit frère très gentil. Déclara Avamaën. Il semble être adorable et très intelligent.

-Il l’est. Confirma Raine en appréciant sa critique tandis que Génis se disait :
-My god… Si elle me couve aussi, je vais devoir échapper à deux furies au lieu d’une. »


Assis, le petit magicien songeait aussi à autre chose qui l’avait fortement perturbé : ce Naïjên ramené par la prêtresse qu’il ne connaissait pas non plus. Même s’il l’avait à peine entrevu, cette vision avait rappelé une ancienne amitié avec un semblable qui l’avait par la suite trahi pour ses idéaux : Mithos. Repensant à son ancien ami, il demeurait prostré et n’osait pas aller voir ce demi-elfe doué d’une queue et d’oreilles animales au métissage méconnu. Il avait entendu parlé de certaines races d’elfes très peu connues comme les elfes ailés ou les elfes noirs mais c’était la première fois qu’il voyait un elfe au sang mélangé avec un genre de renard…

A quelques dizaines de mètres de la place, sur un monticule de terre, l’épéiste magique observait la soirée animée et semblait se réjouir de l’ambiance, à part de la foule. Buvant un pichet d’alcool sans quitter des yeux la population, il reluquait à la loupe toutes les filles d’Isélia quand, tournant le dos avec l’intention de s’éclipser, il rencontra tout à coup les trois esprits du vent : Féerie, Séphie et Yutis s’étaient visiblement échappées discrètement du corps de Sheena.


« Ca va Zélos ? Questionnèrent-elles en cœur toutes les trois, toujours aussi enthousiastes et qui semblaient particulièrement l’apprécier.
-……
-Et… Celsius ? Osa s’avancer Séphie.
-Elle dort. Pencha-t-il la tête avant de révéler de sa chemise la magnifique fleur bleue qui aurait instantanément brûlé quiconque d’autre l’aurait touchée.
-Que vas-tu faire quand tout cela sera fini ?
-Je ne sais pas Yutis… Je ne sais pas quoi faire. Au départ, je pensai repartir en voyage mais je ne pensai pas la revoir et… tout s’est bousculé depuis.

-Tu parles de… Sheena ?
-… Oui.
-Mais je croyais… que toi et Celsius étiez…
-Séphie… Je t’ai déjà conté l’histoire, non ? A la base, elle devait honorer mes trois souhaits puisque j’ai gagné, rien de plus. Mais…
-Ce que tu peux être compliqué toi aussi ! Intervint tout à coup Féerie en baissant son bouclier pour révéler un visage emporté. Pourquoi ne pas admettre franchement que ça n’a pas été qu’une simple aventure ?

-Si je me l’avouai, je serai perdu entre les deux et… j’en ai peur. Avoua-t-il brusquement. Une fille que vous pensez avoir perdu à jamais réapparaît et… tout bascule. Rien que le fait de sentir une personne comme Celsius croire en moi me gêne et me rend nerveux.
-Donc tu l’aimes ?
-C’est… possible.
-Je vois… » Tonna soudainement une voix.


Sursautant à cette parole, l’ex-élu fit volte-face… pour voir la ninja empreinte d’un faciès oscillant entre tristesse et colère. Ses yeux désabusés, l’esprit perdu dans une sorte d’obscurité impénétrable, la jeune fille complètement perdue venait de voir son espoir fauché comme l’herbe des plaines et restait ainsi plantée sans pouvoir bouger un doigt. Grillé en pleine confession, Zélos bégayait en tentant de prononcer son nom quand elle explosa soudainement :  


« Alors c’était ça ! Une ne te suffisait pas ! Tu les veux vraiment toutes !
-Mais… Mais… C’est toi qui me disais que nous n’étions plus ensem…
-Tais-toi idiot ! » Le gifla-t-elle avant de brusquement s’enfuir, les larmes dans les yeux avec son cœur comme transpercé d’une lame froide. Son moral venait d’être brisé et son âme fragile comme du verre dispersé dans un océan de douleur et de chagrin.

Avec l’avancée de la nuit, la fête commença à se calmer et Génis put se soustraire de sa sœur et de l’enchanteresse qui s’était prise d’affection pour lui pour aller se coucher, fatigué. Parallèlement, Lloyd et Colette -qui avaient proposé à leurs amis de dormir chez eux- se chargeaient de rapatrier leurs invités. Cherchant la nonne depuis les airs, le petit ange venait de la dénicher, assoupie contre la cheminée de l’école, quand celle-ci se réveilla en sursaut à son approche.


« Ah… C’est toi. Réalisa-t-elle alors qu’elle tenait une de ses badines serrée dans sa main.
-Excuse-moi. Je t’ai fait peur ?
-Non non, ça va.
-La nuit devient fraîche. Tu viens ? Je t’ai gardé une chambre chez moi. Lui sourit-elle avec sympathie alors que sa longue toison blonde était caressée par une brise légère.
-Colette…
-Oui ?
-Toi qui es si gentille et si douce, que ferais-tu si tu découvrais qu’un être que tu t’es mis à apprécier était impliqué dans un carnage ?

-Je crois… que je serai frustrée, comme toi.
-Merci…
-Mais on n’est sûr de rien. Je suis sûre qu’il te répondra si tu lui demandes. Affirma-t-elle en devinant de qui elle parlait.
-Tu penses qu’il va tout déballer… comme ça ?
-Je le crois. Cligna-t-elle des yeux.
-Tu es trop naïve.
-Possible… Mais il est bon : je l’ai lu dans ses yeux et, si ce n’était pas le cas, Vérius ne serait pas réapparu pour…
-Je sais ! Coupa-t-elle brutalement avant de reprendre plus bas :

« Désolée… Je ne sais plus que penser.
-Colette ! Miyana ! Sertjen a disparu ! Accourut soudainement le bretteur avec un air affolé.
-Quoi ?! Firent-elles toutes les deux en même temps.
-Il n’est plus chez ton père. Se tourna-t-il vers Colette avec une certaine appréhension, craignant qu’il ait remis ça.
-Mince ! On part à sa recherche ! Déclarait la prêtresse réveillée totalement à cette nouvelle quand ils entendirent des aboiements étouffés en direction de la forêt.
-Noïshe ! Réalisa le bretteur en reconnaissant sa voix. Allons voir ! »


Quittant alors le village en direction de la forêt du Nord, entre le bourg et la maison de Dirk, Lloyd, Colette et Miyana venaient d’arriver à la lisière des bois, plongés dans la pénombre, et allaient grimper le sentier rocheux quand ils assistèrent à un spectacle surprenant : sous le clair de la lune, jouant avec Noïshe en remuant sa queue et en bondissant pour éviter celui-ci, l’homme-renard semblait être devenu un de ses semblables. A la façon d’un animal similaire, il répliquait par couinements à ses manifestations sonores tout en le provoquant avant de répondre à ses propres incitations.

Ils se livraient ainsi à des courses-poursuites folles et à d’autres jeux divers sous les regard médusés des trois frères d’armes. Ils n’y avait plus qu’eux deux en ces lieux et ils se livraient des défis tout aussi farfelus les uns que les autres pendant que le trio en restait bouche bée.


« Je vois… Allez, on rentre.
-Lloyd ?! S’exclamèrent ses deux accompagnatrices en le voyant s’éloigner, confiant.
-Si Noïshe lui fait confiance, c’est qu’il n’y a rien à craindre. Jeta-t-il un regard assuré vers les deux filles.
-Tu le crois vraiment ?…
-Je veux y croire Miyana. Répondit l’épéiste avant de reprendre la marche, rapidement rejoint par le duo.
-Sa moitié animale… elle vient du renard ? Demanda le petit ange qui semblait toujours inquiet pour lui.

-Il semblerait, selon Avamaën… mais vu qu’il est quand même plus proche de l’elfe, je dirai qu’il avait un parent elfe et un autre demi-elfe renard. Supposa son fiancé.
-J’espère… qu’il répondra bientôt à ces questions. » Songeait Miyana tandis qu’ils rentraient dans le petit bourg en direction du domicile des deux fiancés…

Plus tard, sur le toit de la plus grande demeure d’Isélia inondé de la lumière de la pleine lune, Sertjen avait quitté son nouvel ami à quatre pattes et regardait le ciel étoilé avec admiration lorsque, pris soudainement d’une souffrance atroce, il se replia sur lui-même.
Sentant un sang noir se répandre dans ses veines, son âme petit à petit possédée par une bête féroce incarnée en lui, il était terrassé par son pendant maléfique alors qu’une deuxième queue poussait brutalement près de la première.

Son aura turquoise jaillissant avec une intensité incroyable, son énergie devenait dorée pendant que, griffes dégainées, il débutait une singulière transformation. Des crocs commençant à surgir en forme de canines, ses yeux chargé de furie assassine tels ceux d’une créature enragée, il paraissait sombrer dans le mal lorsqu’il leva la tête en poussant le cri déchirant d’un carnassier.

Ce long hurlement animal empreint d’une envie bestiale mais aussi d’un profond ressentiment en sa personne, Sertjen contenait sa transformation de toute son âme et reprenait progressivement le dessus en même temps que le processus s’inversait. Redevenu lui-même, tournant le dos au village alors qu’il était caressé par l’astre lunaire, des larmes scintillaient sur ses joues alors qu’il lâchait avec une douleur palpable :


« Je… Je ne redeviendrai pas Maô-Naïjên ! Je ne veux pas perdre encore mes amis ! »
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Posté par Molock le 07-04-2006 à 09:11
Avatar de MolockFin du résumé précédent :

Après la mort de Midahãn et l’apprentissage de son passé lié à Kratos (avec ceux des généraux et d’Albian lui-même), le groupe trouve une salle secrète dans le château et une mauvaise manœuvre les téléporte sur un îlot perdu en pleine mer…
Chez l’ennemi, les diables battent les dragons mais Albian perd contre Flamèchh, reine des dragons, et doit battre en retraite, grièvement blessé.


Résumé n°5 des chapitres précédents (à partir du chapitre 33) :

Chez l’ennemi, alors qu’Albian se remet de ses blessures, Likaël est rongé par une étrange vengeance envers lui et ordonne l’exécution d’un mystérieux plan : le plan EM.
Pendant ce temps, Lloyd et ses amis parviennent à voler jusqu’au continent de la partie Sylvarant et atterrissent au Sud du désert de Triet. Sur le point de gagner un village, un dragon géant (Flamèchh) s’écrase et Yuan réclame sa vie. Flamèchh est sauvée et tous apprennent qu’un lien d’amitié l’unie à l’ancien renégat. Flamèchh promet de rendre un jour la pareille et s’envole…

L’ancien séraphin se rapproche aussi de Raine mais cela ne dure guère : rongé par l’envie de revanche, il accepte de pactiser avec Kazathorn (l’empereur suprême du Sindaï) et devient un redoutable ennemi perverti par le mal…
Le chemin du retour est repris au lendemain mais la troupe tombe dans un guet-apens d’elfes et tous sont condamnés à mort. Avamaën, une enchanteresse, est chargée de les punir mais Sertjen parvient à se libérer et la vainc avec Miyana, rejetant le Sindaï dont il est en fait un des généraux. Son vrai but était de retrouver Kratos. Il tente alors de se suicider pour se racheter mais est sauvé par Raine et Avamaën qui intègre le groupe par la suite.

Revenus à Isélia, tous retrouvent Génis qui a maté à lui seul une dizaine de diables venus détruire le village et une fête est donnée. Cependant, Miyana est tourmentée intérieurement car elle pense que Sertjen a éliminé ses parents pendant l’attaque du Sindaï. Sheena, elle, surprend Zélos en train de confesser aux esprits du vent son attachement à Celsius et s’enfuit en larmes. Génis, lui, craint de sympathiser avec le demi-elfe depuis sa mauvaise expérience avec Mithos et l’homme-renard au cœur pur révèle sous le clair de la lune une nature terrifiante…
Posté par Molock le 07-04-2006 à 13:36
Avatar de MolockChapitre 39 : le désespoir de l'arbre géant.

Chapitre 40 : l'héritier de la foudre.

Chapitre 41 : une bataille sans issue.
Posté par Molock le 07-04-2006 à 13:39
Avatar de MolockChapitre 39 : le désespoir de l’arbre géant.


Maison de Dirk…

« Tiens Lloyd. J’ai pu les réparer mais il faudra que vous fassiez attention la prochaine fois : vos exsphères, bien qu’elles aient tenu le coup en apparence, étaient à la limite d’éclater.
-A ce point ?…
-Oui. Se tourna-t-il vers Colette. Elles étaient réparées en apparence mais les exsphères demandent beaucoup de temps pour s’autoguérir complètement : les microfissures qui se trouvaient dans leurs noyaux les auraient fait exploser si vous les aviez encore utilisées de manière intensive.

-Heureusement que papa est le meilleur artisan de la région.
-Fu… Tu l’es déjà bien mieux que moi mon petit Lloyd. Rendit-il le compliment d’un petit sourire en coin. Si tu avais eu les outils, je suis certain que tu les aurais déjà réparées.
-Tu… Tu crois ? Se gratta-t-il les cheveux en rougissant sous ce louange.
-Bon, que fait-on maintenant ? Il faudrait s’occuper de dénicher et attaquer le repaire du Sindaï avant qu’ils ne lancent une nouvelle offensive. Suggéra la prêtresse toujours aussi active.
-Pas si vite ! La modéra le professeur. Il nous faudrait déjà obtenir d’autres informations.

-Un seul pourrait nous renseigner : Sertjen. Rappela la nonne qui n’avait pas beaucoup fermé l’œil, ses cernes et ses yeux rouges avec une humeur presque massacrante.  
-Hmmm… Songeait Raine en devinant ses pensées quand elle reprit :
« A ce propos, on devrait commencer par réunir les infos dont on dispose déjà sur le Sindaï. Génis ne sait rien sur tout ce qu’on a appris.
-D’accord. A vous l’honneur professeur. Abdiqua le bretteur en sachant qu’elle avait certainement tout mémorisé.

-Le Sindaï serait donc mené par un homme nommé Albian. Ensuite viendraient 4 généraux des signes de l’eau, de l’air, de la terre et du feu et enfin la forêt.
-Midahãn, Likaël, Xinas et Sertjen. Poursuivit le petit ange comme s’il s’agissait d’une récitation.
-Oui. Et ces 4 personnes dirigent vraisemblablement ces armées de diables dont nous avons déjà affronté l’un d’eux il n’y a pas longtemps.

-Et ces diables sont nés d’elfes corrompus qui portent des cristaux plus développés que ceux du Cruxis : les cristaux du Sindaï. Rappela l’ex-élu. Les cristaux sont certainement responsables de leur transformation maudite. Croisa-t-il les bras.
-Je le pense aussi. S’avança Lloyd. Mais et pour ce dragon qui nous a attaqués ?
-Je ne sais pas… Peut-être un cobaye d’une expérience de leur part ? Suggéra l’enseignante. Ce Likaël disait qu’il était parmi leurs subordonnés.

-Et leur objectif semble être la conquête du monde… Ragea la prêtresse en se remémorant les paroles du diable et les massacres qu’elle avait ressentis dans tout l’ex-Tesséha’lla.
-Xinas a dit qu’ils veulent aussi l’épée éternelle. Continua Colette en se rappelant des paroles du grand guerrier affronté sur cette île perdue.
-Personne ne touchera à mon épée ! S’énerva Lloyd. Je ne laisserai pas Tessévaran être encore tourmentée par ces atrocités ! Promit-il en serrant son poing, bouillonnant de révolte pendant que ses prunelles brillaient d’une flamme combative très intense.

-Du calme ! Ordonna Raine. Et pour finir, Xinas, Midahãn, les 2 autres généraux et Albian seraient liés à Kratos selon les paroles du général de la mer.
-Sans omettre que Midahãn connaissait apparemment Mithos et que certains des membres du Sindaï auraient vécu aussi longtemps que les fondateurs du Cruxis. Ajouta l’ex-élue. Likaël était, selon elle, le plus ancien des 4.
-……

-Il y a deux choses qui m’échappent : Midahãn a dit qu’elle connaissait le fléau qui a ravagé Médathigh et qu’ils voulaient l’épée éternelle pour sauver je ne sais trop quoi. 'Ce qu’ils seraient' selon ses paroles.
-Ce qu’ils seraient ?! Ne compris pas le groupe en fixant la nonne qui était perplexe.

-Ah… Euh… C’était juste une  réflexion. Je ne vois pas ce qu’elle a voulu dire par là. Sertjen doit, en revanche, en savoir plus.
-Pour le moment, je ne sais pas s’il sera enclin à parler. Défendit Génis. Il est rentré assez tard ce matin et il se couchait quand je l’ai croisé dehors. » Poursuivit-il en restant sur ces paroles : il l’avait effectivement croisé et son cœur s’était noué à sa vision.

Il se souvenait très bien de ce moment où ces jambes l’avaient lâché à sa vue et du poids qui avait compressé son âme. Il avait voulu aller le voir, sympathiser, lui parler, s’en faire un ami, mais la crainte d’une nouvelle trahison l’en avait empêché. Il était resté rigide comme un piquet, incapable de dire un mot tandis que celui-ci était passé près de lui, muet comme le granit et l’effleurant involontairement de sa longue queue animale.


« A ce propos, quelqu’un aurait vu Sheena aussi? Songea tout à coup Colette. Lorsque j’ai voulu la réveiller pour le petit déjeuner, elle n’était plus là.
-Elle est peut-être allée s’entraîner dans la forêt ? Lançait le héros pendant que Zélos se sentait étrangement mal à l’aise, les pupilles comme fuyantes avec une légère sueur au front. Je dois justement lui rendre son sabre maintenant que j’ai récupéré mes épées favorites.
-Celles qui contiendraient cette épée éternelle ?
-C’est ça. Approuva-t-il la prêtresse qui avait déjà eu quelques échos à ce sujet. Bon, je vais faire un tour. Appelez-moi quand on s’en ira. »


Sur ces paroles, Lloyd sortit de la maison paternelle et se dirigeait vers l’entrée de la forêt quand, apercevant la tombe de sa mère Anna, il stoppa son pas avant de s’y diriger et de s’incliner respectueusement devant la stèle en pierre. Celle-ci, toujours couverte de mousses et de lierre à l’ombre des sapins, était aussi splendide que par le passé et le héros s’inclina :


« Maman… Je dois repartir au combat pour le salut de ce monde. Veille bien sur papa, où qu’il se trouve. Je te jure que je mettrai fin à ces atrocités. Certifia-t-il en serrant son poing.
-… Ce sont de belles paroles. Fit une voix calme mais éteinte à la sonorité familière.
-Sheena ?! » Sursauta-t-il en arrière… pour voir la ninja à la mine fatiguée devant lui Ses traits tirés montrant qu’elle aussi n’avait pas trouvé le sommeil, ses yeux gonflés révélaient qu’elle avait pleuré. Décontenancé à cette vision, l’épéiste ne savait que dire et ne savait où se mettre quand elle reprit avec une tonalité presque inaudible :


« Il faut toujours… tenir ses promesses.
-Shee…na ?
-Lloyd… » Tremblotait-elle d’hésitation quand elle fondit sur lui, l’enlaçant à la taille avant de fondre brusquement en larmes contre sa poitrine.

Son chagrin débordant d’elle-même sans pouvoir le contenir, la ninja fière redevenue jeune fille sans défense révélait sa profonde douleur et ne pouvait plus se retenir. L’âme blessée d’une profonde entaille, son extrême tristesse brisant le rempart de la raison édifié elle-même par protection, elle était à la recherche d’un réconfort quelconque et enserrait l’épéiste scié d’incompréhension. Son double ruban dorsal soulevé par un léger vent comme ceux de l’épéiste au blanc lunaire, elle dévoilait sa tristesse comme une fille ordinaire, enserrant le bretteur qui ne l’avait jamais vue ainsi.

Ses doux cheveux noirs contre lui à la douceur de la plume, un léger effluve de rose émanant de sa personne, l’invocatrice pleurait comme elle ne l’avait plus fait depuis longtemps. Encore interdit au plus haut point, son frère d’armes ne savait comment réagir lorsque, la pressant contre lui en plaquant sa tête sur la sienne, il murmura doucement :


« Je suis là… Tout va bien… »


Dans la maison de Dirk, personne ne savait ce qui se passait alors au-dehors et, tandis que le reste du groupe était plongé dans une discussion profonde, la ninja au cœur pur retrouvait un certain apaisement contre le torse de l’être aimé et admiré lors de la guerre contre Mithos. Dans ses bras, elle se sentait vivre. Elle avait l’impression de renaître tel un arbre après un long hiver et son âme paraissait soutenue par une force belle et puissante. Elle voulait que ce moment dure à l’infini, que le temps s’arrête et lui permettre de profiter de cet instant unique, mais elle ne pouvait se le permettre.

Ses bras glissant peu à peu, Sheena relâcha finalement son affectueuse étreinte, le moral redevenu ensoleillé et le dos tourné, passant sa main sur ses joues encore humides, pour enfin déclarer :


« Pardonne-moi, je me suis laissé allée.
-Tu n’as pas à te faire pardonner, il est normal de pleurer quand quelque chose ne va pas. Déclara Lloyd avec compassion. Je ne sais pas ce qui t’es arrivé… mais tu sais que je suis ton ami, non ? Je serai toujours là pour t’écouter et t’aider. S’engagea-t-il en posant la main sur le cœur.
-Un… ami ? Releva-t-elle, momentanément traversée d’une réalité mortelle avec les paupières écarquillées et la bouche ouverte.
-Bien sûr Sheena.

-Fu… Sourit-elle en se rassérénant tout en fermant ses yeux. Je comprends pourquoi Colette t’aime tant.
-?!
-Lloyd…
-Oui ?
-Quand cette guerre sera finie, j’aimerais que tu connaisses mes vrais senti… » Allait-elle achever quand tout le monde déboula tout à coup de la cabane reculée pour l’apercevoir en compagnie de Lloyd.


« Sheena ! Te voilà enfin ! On se demandait où tu étais passée ! Eclata Génis en tête de la troupe.
-J’étais… partie faire une promenade. Détourna-t-elle la tête pour éviter qu’on ne remarque ses yeux rougis par les larmes.
-Bon, puisque presque tout le monde est là, reste plus que Sertjen… Avisa le professeur.
-Je suis ici… Se dévoila-t-il soudainement derrière eux.
-Petit Sertjen ! Eclatait de joie Colette, toujours si enjouée à sa présence, lorsqu’il se recula.
-……

-Puisque tu es ici, tu vas pouvoir… Allait commencer la religieuse sans même prendre de gants quand Raine l’arrêta de la main.
-Pas maintenant.
-Pourquoi… m’avez-vous sauvé ? Finit par dire le traître, yeux masqués par ses mèches brun clair avec une triste apparence, cheveux en batailles et oreilles baissées avec la queue emmêlée.
-Parce-que la mort n’est qu’une excuse ! S’approcha Lloyd. Si tu veux vraiment expier tes fautes, tu dois le faire de ton vivant !
-… Je ne suis pas excusable.

-Nous avons tous nos tourments. Reprit-il sans se démonter devant son ami qui semblait repentant au plus profond de sa personne. Tu vois ce village ? Pointa-t-il le doigt vers Isélia Plus d’un tiers de ses habitants sont morts à cause de moi, parce-que je me suis montré incapable de les protéger ! Même si aujourd’hui, j’ai libéré le monde de la tyrannie du Cruxis, je sais que je ne pourrai jamais me pardonner complètement cette erreur mais je vis parce-que je dois porter ce péché et continuer à vivre pour ces victimes mortes par ma faute !

-Continuer… à vivre ? Releva-t-il la tête avec un regard étonné, apprenant que son ami avait aussi un lourd fardeau sur les épaules.
-Oui. La mort n’est qu’un refuge pour les lâches, une excuse pour ne pas supporter sa conscience. Il faut assumer tous nos actes, quels qu’ils soient !
-……

-Eh bien… Entendre Lloyd dire quelque chose de sensé est surprenant.
-Ca va professeur ! La fit-il taire. Hum ? Qu’il y a-t-il mademoiselle ? Remarqua-t-il l’enchanteresse elfique qui paraissait traversée d’une étrange sensation de souffrance et était parcourue de frissons.
-L’arbre… L’arbre du mana… Il est attaqué !
-Quoi ?! S’écrièrent-ils tous avec panique.
-Elle… Elle a raison ! Approuva Miyana. Je sens une horde d’ennemi à la force incroyable. Il y a des diables par dizaines mais aussi… une autre énergie que nous avons déjà rencontrée.

-Damned ! Il faut s’y rendre au plus vite ! Pestait le bretteur quand Génis intervint :  
-Allons-y avec mes ptéroplans ! Ce sera bien plus rapide qu’avec vos ailes.
-Tu as… construit des ptéroplans ? S’étonnèrent-ils tous à l’ébahissement général.
-Bien sûr. Avoir toujours le nez plongé dans les bouquins de l’académie de Palmacosta peut être utile à long terme. Tira-t-il son épingle du jeu avec fierté.

-Le professeur qui monte tout un vaisseau entier et son frère des ptéroplans… La famille Sage est vraiment unique en son genre ! Rigolait Lloyd de moquerie quand la main tremblante de l’enseignante l’avertit de ne pas aller plus loin.
-Il n’y a pas de temps à perdre ! Allons-y ! Génis, où les as-tu mis ?
-Je les ai montés dans la