
Après une longue absence, j'ai eu le courage de corriger le chap suivant que je publie maintenant. Il est ptêt un peu long, mais j'ai bien aimé ce que j'avais écris en le relisant :p
Chapitre 27 : rebelle et séditieuse
Comme si la Légion ne suffisait pas, les vivants se rebellaient contre les Mystik. Les derniers espoirs de ce monde arpentaient alors les sentiers ardus de la forêt de Zakamir. Jamais ils n’avaient croisé quelqu’un, sauf les quelques gardes impériaux qui avaient perdus la vie lors de l’exécution de la technique « le puits d’éternité ». Cet arcane, bien qu’existant pour chaque élément, inquiétait l’élémentaliste. Sous forme aquatique, il se réalise d’une certaine manière ; sous forme glaciale d’une autre façon et ainsi de suite pour chaque puissance différente. Cela consomme beaucoup de mana, requiert un long temps d’incantation, et en prime, il inflige des dégâts internes au corps du lanceur.
Kuraï avait comme été forcé d’invoquer cette technique, malgré sa volonté d’utiliser la foudre céleste. C’était son souhait, mais pourquoi n’a-t-il pas pu le réaliser ?
Il devait trouver une réponse à sa question, et vite. Mais le pire n’a pas été dévoilé…
Sa « technique foudroyante » n’avait pas même fonctionnée. Le résultat n’aurait rien changé, mais ce n’était pas le problème. L’arcane devait être de type électrique. Or, il était de type mi-électrique, mi-ombre. En combinant ces deux éléments –l’ombre étant seulement maniée par les anges noirs, on découvre… la foudre chaotique !
Kuraï avait été élevé chez les séraphins maléfiques avec Wildfar. Mais ce fut lors de sa première existence, lorsqu’il arborait la terre de ce monde pour la première fois. Comment un passé si lointain pouvait-il le rattraper de cette manière ? Il agissait contre sa volonté…
Mais en y réfléchissant bien, une seule personne pouvait jouer avec son âme de la sorte : la divinité de la foudre, Volt. Mais dans ce cas, pourquoi agissait-il ainsi ? Etait-il corrompu par une source maléfique ? Sûrement. C’était la seule réponse crédible…mais dans ce cas, par qui ?
Kuraï maugréa. Le moment était mal choisit pour songer à de telles choses, surtout qu’au fur et à mesure de leur avancée, ils approchaient de la cité impériale. Le danger pouvait donc survenir plus souvent, n’importe quand. Et justement…
« Nous sommes suivis. » Intervint Fred.
L’Invocateur émergea de ses songes. Il n’avait pas fait attention à ce qu’il se passait autour de lui, mais pourtant il ne percevait aucune menace.
« Je ne ressens rien. » Contredit-il.
Un buisson remua. Les ronces l’enrobant s’agitaient avec le vent qui se levait. Elles semblaient comme possédées par un esprit. Soudain, elles filèrent en direction de Pract. Protégé par un mur d’air, les tiges épineuses se frottèrent à la protection du mage et furent automatiquement renvoyées à leur expéditeur. En parallèle, l’élémentaliste terrestre croisait ses mains tapait le sol de son pied. De forme triangulaire, un long sillonne s’échappa et percuta un arbre, qui s’écrasa près de l’ennemi.
« J’avais bien raison. Dit-il. Quelqu’un nous précédait…
-Pourtant, aucune énergie maléfique n’émane de cette zone. Analysa Kuraï. Notre attaquant n’est ni un démon, ni un espion du roi Nékélas. Allons voir qui est ce nouvel arrivant. »
Sûr de lui, il fit quelque pas en direction de l’individu. Le maître de la terre et celui de l’air le suivirent, non sans méfiance. Les autres restaient en retrait, au cas où le pire arriverait. Le bretteur écarta deux fougères sur son passage, passa derrière un arbre et se retrouva face à…
« Une bogue ? »
Etonné, l’épéiste s’approcha de cette enveloppe épineuse. Des pics mesurant la longueur d’un bras étaient sortis de toute part, conférant à la capsule une défense absolue. D’un teint entre terre et sable, le matériau qui la composait semblait inconnu.
« Qu’est ce qui a bien pu former une telle protection ? Murmura Fred. Ce n’est pas l’œuvre de la terre, et les manieurs du terrifiant pouvoir qu’est le sable sont très rares.
-Tout cela ne me dit rien qui vaille… » Admit l’élémentaliste aérien, qui armait une lame de vent.
Toujours sans crainte, l’Invocateur tourna autour de la boule, cherchant un endroit plus faible qu’un autre pour l’assaillir. Mais rien. Pas la moindre brèche.
« Que faisons-nous alors ? S’impatienta Pract. Je la découpe ?
-Inutile. La personne qui est à l’intérieur a visiblement eu peur. Elle doit être une magicienne très puissante, très respectée pour maîtriser un tel élément. L’eau, le feu, la terre et l’air sont les plus répandus. Non loin d’eux se trouvent la foudre, la glace, et la lumière, bien qu’un peu plus arriérée. L’ombre est le résultat de la maîtrise des techniques maléfiques des anges noirs, ils sont seuls à pouvoir manier cette puissance. Et enfin viennent le temps et le psychique, que seuls les dieux utilisent. Pourtant, il existe des éléments naturels, et rares sont ceux qui se battent avec. Le sable en fait parti ; et je crois bien que celui qui nous a lâchement attaqués possède la nature. C’est un druide, en quelque sorte.
-Les druides… Répéta Fred, soucieux. Avoir pour ennemi un druide dans une forêt n’est jamais bon. Il faut s’en débarrasser au plus vite !
-Mais avant, il faut connaître ses intentions. Birbon, rafraîchit-nous un peu tout ça, veux-tu ? »
Le guerrier aux cheveux bruns précéda le duo restant. A hauteur de Kuraï, il écarta les jambes et mit ses mains en position de prière. Lorsqu’il prononça les mots de puissance, le sol prit une couleur plus foncée. Très rapidement, ce marron ténébreux fut englouti sous une fine ligne d’eau. Elle s’épaissit et finit par enrober le pied de la bogue, prise au piège. Des bulles revinrent à la surface, comme si le liquide chauffait. Puis, les flots devinrent plus dangereux, et quand Birbon éloigna ses bras l’un de l’autre, tel un geyser, une colonne aqueuse s’éleva de la terre pour atteindre la cime des conifères.
Le maître de l’eau reprit une position normale ; Kuraï matérialisa une longue lame électrique et élança sa main vers l’enveloppe. En procurant des efforts moyens, il voyait l’épée s’enfoncer dans cette matière ignorée des Mystik. Le manche seul restait à l’air pur. Le tranchant avait pénétré la sphère, et le causeur de cette action ordonna à l’un des siens d’aller voir à l’opposé.
« Oui, elle ressort. »
La pointe de la lame émergeait à l’autre bout, la bogue était scindée en deux.
Le bretteur effectua un quart de tour à son poigné, et une intense décharge électrique se répandit autour du tranchant, libérant une aura surpuissante. La coque ne résista pas longtemps face à cet impact.
« A présent, ce n’est qu’une question de temps. »
Seul Kuraï restait confiant. L’épéiste terrestre armait des ondes ce choc, Drago s’apprêtait à faire déferler une pluie de coutelas de glace, le guerrier du feu préparait une incantation qui allait tout détruire –même la forêt, ce qui faisait peur aux autres- , celui du vent voulait démarrer un cyclone, ce qui emprisonnerait sa cible, alors que Birbon voulait foncer au corps à corps.
Quelque soit la suite, et selon l’attitude du prisonnier, il n’aurait aucune possibilité de s’échapper. Malgré son air désinvolte, en y regardant bien, on pouvait discerner une image brouillée de l’Invocateur. Il s’était dédoublé et avait distillé quelques uns de ses clones dans la forêt pour ne laisser aucune chance à la cible.
Soudain, la boule craqua. Toute l’attention était dirigée vers cette mystérieuse coque. Que se passerait-il lorsqu’elle serait totalement ouverte ?
Les morceaux s’écroulaient. Même minces, on distinguait une silhouette à l’intérieur. Fred retint une exclamation. De la sève ! Ce magicien puise la sève des arbres pour se former une protection dure comme de la pierre et qui se pénètre difficilement.
La moitié de la bogue était tombée. Kuraï se mit au premier plan. Autant que ce soit lui qui reçoive les attaques, s’il y en a, car ce serait moins grave.
Le soleil tapait dans cette direction. L’élémentaliste était le seul à voir la silhouette, dans les détails. Une jeune fille d’environ dix-sept ans s’était blottie dans la boule, par réflexe défensif. De taille moyenne, elle avait de courts cheveux roses, des yeux d’un vert qui reflétait l’image de la nature. Elle portait un vêtement sans manches, rouge aux motifs blancs –qui évoquaient eux aussi la nature- et un pantalon bleu, couleur de l’océan. Elle n’avait pas de bottes, comme les Mystik, seulement de bonnes sandales. Toute mince, elle ramena sa fine main devant elle. Tendant son bras, une auréole verte naquit dans sa paume et l’entoura, comme si elle cherchait à éloigner l’épéiste. Mais cela ne servait à rien, car avec sa délicatesse hors du commun, Kuraï lui empoigna le bras, la tira brusquement vers lui et la plaqua à genoux, sa main derrière le dos. La lueur avait disparue. Pourquoi ?
Otaka, qui se préparait à combattre un ennemi de son niveau, restait bouche bée devant une fille aussi mignonne.
L’Invocateur, qui maîtrisait l’adolescente, s’apprêtait à lui poser quelques questions, quand son compagnon, déçu par cette découverte, lui demanda :
« Qu’en penses-tu ?
-Elle n’a pas de sein. Ca fait moche.
-Je crois qu’elle a eu sa dose d’émotion pour la journée, pas la peine d’en rajouter. Participa Fred.
-Ca doit être caché sous son vêtement. Bref, qui es-tu et pourquoi nous as-tu attaqué ?
-Je viens de Brintals, la cité impériale. Coopéra-t-elle. Le roi Nékélas veut pister tous les survivants de la guerre pour livrer l’ultime combat…à Brintals. J’ai désapprouvée son idée, donc je me suis enfuie. Mais si je ne suis pas avec lui, je suis contre lui. Ses hommes me pourchassent pour m’éliminer. » Conclut-elle. Elle parlait très rapidement et semblait apeurée.
« J’ai l’impression avoir déjà vu cette scène. Ironisa Fred.
-Il veut former la capitale de la rébellion. Comprit Drago, de sa voix rauque. Il faut l’en empêcher, mais ce doit être trop tard.
-Tu nous as attaqués car tu croyais que nous étions ses espions ? Voulu comprendre l’épéiste.
-Je préfère prendre les devants. Avoua la jeune femme. Je ne suis pas de taille à lutter contre plusieurs petits groupes organisés, je m’épuiserai vite, donc mon mana s’écoulerait très vite. Et sans magie, je ne suis plus rien.
-Vous autres druides devez avoir beaucoup de mana. Mais comment faites-vous appel à la nature ?
-En confiant une certaine quantité de magie à la flore, elle m’obéit, se nourrissant de ces ressources. Mais sans cela, je ne suis plus rien. Je me bats au corps à corps avec une longue dague, mais je ne trouve pas mon centre d’intérêt là-dedans.
-Kuraï, elle fait équipe avec nous ? Demanda Pract, qui avait sans doute remarqué le regard du guerrier envers l’adolescente.
-Quel est ton nom ? Interrogea le bretteur, sous le charme du druide.
-Aïla. Et je serai ravie de faire équipe avec vous. Dit-elle en fixant l’élémentaliste, ses joues devenant de plus en plus rouge. Mais quel est votre but et pourquoi n’avez-vous pas rejoint les troupes de mon…de Nékélas ?
-Nous pensons qu’il commet une grave erreur en réunissant tous les Otramiens au même endroit pour livrer l’ultime bataille. Il les entraînera tous à leur perte. Nous avons été contacté par……un ami qui a apprit où se trouvait la grotte suprême, avec les armes ultimes. Après l’affrontement final, nous serons six survivants –dorénavant sept- à errer sur ce monde emplit de démons. Cet ami a donc jugé bon de nous révéler où logeaient les armes ultimes. Une fois en notre possession, Wildfar éprouvera encore plus de difficultés à nous vaincre.
-Etant donné que je ne possède pas vraiment d’arme, je vais vous aider dans votre quête. Après tout, je n’ai pas d’autre choix et rester seul dans ces contrées serait suicidaire. Je vous accompagne ! »
Les Mystik souriaient, sauf Kuraï, qui exprimait –intérieurement- beaucoup de joie à cette nouvelle. Les six combattants légendaires ne seraient plus seuls ; car un druide les suivait, ce qui représentait un atout non négligeable. Ils reprirent leur parcours monotone, les maîtres de l’eau et du feu en première ligne, ceux de l’air et de la terre refermant la marche. Drago, quant à lui, volait de ses petites mais puissantes ailes. Le héros, au milieu en compagnie de l’adolescente qu’il trouvait tout particulièrement sympathique, discutait avec elle, apprenait à connaître son passé, mais surtout ses techniques de combat et ses techniques magiques. Jamais son attention n’avait été aussi relâchée jusqu’à présent. Le fait de parler avec Aïla lui redonnait toute son énergie et il se croyait transporté dans un autre monde, monde qu’il avait déjà connu antérieurement avec Miya. D’ailleurs, qu’était-elle devenue ? Peut-être était-elle morte, comme tous les habitants de Krackor. Mais l’épéiste ne pensa pas longtemps à elle. Son esprit se consacrait à autre chose, à un travail plus intéressant…
La nuit tomba très vite, plus vite qu’ils ne le pensaient. Encore une journée de passée à marcher, marcher et encore marcher, sans croiser le moindre ennemi. La végétation évoluait depuis quelques minutes. Les arbres perdaient en taille et avaient moins de feuilles. Leur teinte habituelle noircissait à vue d’œil, comme s’ils mourraient, leurs forces aspirées par la Légion.
Leur cime atteignait seulement dix mètres à présent. L’élémentaliste, après avoir bavardé plusieurs heures avec Aïla, observait le paysage. Les formes devenaient plus terrifiantes. Une sorte de poudre cristallisée les recouvrait par endroits, et plus les Mystik avançaient, plus le liquide poudreux maquillait les arbres. Une bise fraîche soufflait en permanence. La lumière s’estompait. Les rares feuilles tombaient, comme si on les avait décrochées.
« Je ne pensais pas qu’ils continueraient à me poursuivre en votre compagnie. Dit le druide plein de remords, les yeux baissés.
-Ne t’en fais pas. La consola Kuraï. Ils en ont après nous aussi. »
Les feuilles accélérèrent leur chute et filèrent comme des couteaux acérés.
« Il faudrait qu’ils renouvellent leurs techniques. » Soupira l’Invocateur.
A l’instant où les munitions allèrent trancher les aventuriers, un voile de protection vert les repoussa. L’herbe poussa subitement et devint si haute qu’elle dissimula aisément les Mystik et la magicienne.
« J’aime bien cet arcane. Admit Fred. Et si tu étais seule, que ferais-tu ? »
En guise de réponse, Aïla fit émerger des racines et prononça une incantation. Suite aux mots formulés, les arbres, même morts, s’asticotèrent et se servirent de leurs deux branches principales comme des bras. A leurs extrémités sphériques naquirent des doigts longs et solides.
Les espions commençaient à se révéler, tombant du ciel comme la première fois.
« Je pourrais m’en débarrasser, mais j’aimerais bien que vous m’aidiez à les faire disparaître…à jamais. Réclama le druide.
-A jamais ? Comment veux-tu réaliser une chose pareille ? C’est impossible ! Répliqua Pract.
-A moins que l’on possède les bonnes techniques. Comprit Kuraï.
-Tu as dis toi-même que tu ne savais pas comment tu avais invoqué cet arcane ! Nous voyons bien que tu étais fébrile après, tellement tu avais eu peur de cette…chose.
-Et bien je vais recommencer. Mais si mes appréhensions sont exactes, les cadavres ne réapparaîtront pas, ils demeureront dans un vide infernal. »
A porté de leurs bras, les arbres donnèrent de violents coups, lents mais efficaces, envoyant valser les assassins au loin. Certains en attrapèrent et jouaient avec, passant les corps de branche en branche, malmenant les ninjas comme jamais. Un épineux projeta toutes ses épines dans le cœur d’un espion, qui s’effondra et chuta dans les hautes herbes. Mais ils continuaient à affluer, toujours par les airs.
« Mais combien sont-ils ? Dit Drago, impressionné. Nékélas serait devenu fou au point de sacrifier la vie de tous les survivants pour nous tuer !?
-Ou alors c’est une technique de décuplement. Décela Otaka. C’est tout à fait possible de créer des centaines, voire des milliers d’hommes, à partir de quelques ninjas très entraînés. Ils seront forcés de se montrer à un moment donné. Mais ils sont condamnés. Soit ils se découvrent, et meurent prestement comme les clones, soit ils attendent, effectuant toujours le même arcane, et n’auront plus de magie.
-Sauf si leur réservoir est plus profond que tu ne le penses. Répondit Pract, maître du mana. Ils ont sûrement plus de ressources que nous tous, et puis…nous ne connaissons pas leur nombre…
-Avec la défense que nous avons, il ne nous arrivera rien. Reprit Otaka.
-Mais Aïla faiblie… » Réalisa Kuraï, qui matérialisait un sabre.
Le druide épuisait ses dernières ressources magiques. Les arbres étaient moins puissants, moins réactifs, et laissaient échapper beaucoup plus d’ennemis. Mais heureusement, les racines, telles des tentacules visqueuses, agrippaient les assassins au niveau des jambes et les faisaient tournoyer avant de les fracasser contre de l’écorce dure. Les plus voraces leur injectaient du poison, ou aspiraient leurs fluides magiques. Et pourtant, le spectacle ne s’amplifiait pas. Les herbes culminaient à trois mètres de hauteur, protégées par une dizaine de racines qui mesuraient le double. Les quelques arbres fatiguaient ; Aïla perdait son contrôle.
« Arrête ! Lui ordonna l’Invovateur. Tu deviens trop faible. Je vais m’en occuper. »
Le druide, épuisé, avec une quantité de magie presque nulle, s’assit parmi la haute végétation, qui se tassait petit à petit.
Erreur fatale de la part des attaquants : peut-être que leur mana leur manquait aussi, mais bien qu’en surnombre, la pluie d’espion s’arrêta. Les vrais se confondaient avec les dizaines de doubles, et tous s’apprêtaient à porter le coup de grâce.
Plus rapide qu’eux, une silhouette avait bondie dans les airs, remontant le courant de clones. Ne faisant pas attention, ceux-ci ignorèrent l’ombre, croyant que c’était le fruit de leur imagination et poursuivirent leur descente. Mais lorsqu’ils atterrirent, ils rencontrèrent six personnes enveloppées d’un manteau de pierre.
Lorsqu’un Mystik s’enrobe d’une couche de pierre, celle-ci est presque impénétrable. Mais pourquoi se défendre, alors qu’ils auraient pu contrer leurs assaillants sans difficulté majeure ?
Les doubles ne savaient pas parler, seuls les originaux le pouvaient, comme tout Otramien -et Terrien par la même occasion. Si l’un d’entre eux s’exprimait, il serait immédiatement repéré, tué, et tous les clones de cet individu disparaîtraient alors.
N’ayant pas la capacité de penser, les fausses images regardaient autour d’eux, cherchant un quelconque ennemi, tandis que les vrais espions réfléchissaient tout en les imitant, pour ne pas être découverts. Toutes les précautions étaient prises, mais à quoi cela sert s’il faut les garder indéfiniment ?
Un tourbillon d’air surgit, emportant les feuilles mortes jusqu’au firmament. Les assassins se protégeaient les yeux et tentaient d’apercevoir l’épéiste, mais il n’y avait personne.
C’est alors que, usant la même technique d’assaut, Kuraï fondit sur les espions. Il retomba en piqué, sa lame dans le sol, en plein milieu du tas d’antagonistes.
Un cercle avec un diamètre plus grand que celui de la fois précédente se dessina, englobant tous les adversaires. Des cris stridents à glacer le sang retentirent ; des goules fantomatiques apparurent, déguisés d’une longue cape sombre. Dissimulant leur faciès, lévitant à une poignée de centimètres, ils plongèrent sur les assassins, s’attachant à leurs jambes. Ceux-ci tentèrent de se débattre, et en parallèle, virent leur visage. On pouvait deviner qu’ils portaient un masque de bois, sur lequel étaient dessinés deux horribles ronds noirs qui servaient d’yeux. La moitié inférieure du visage celée sous des bandages, leur bouche restait invisible. Pourtant, malgré les apparences, le matériau qui les composait n’était pas du bois…mais de la chair humaine, ternie au fil des années !
Lorsque les regards du chasseur et de la proie se croisèrent, le goule repoussa un cri. Les membres des ninjas ne leurs obéissaient plus. Comme tétanisé par la peur, l’immobilité les clouait au sol. Leur cerveau avait du être endommagé, et c’est pour cela qu’ils ne se mouvaient plus.
Des hiéroglyphes maculèrent la terre à l’intérieur du cercle de pouvoir. Une étrange aura dorée émanait du centre, là où se trouvait l’Invocateur. Il combattait ses doutes, ses craintes d’échouer. Si la technique ne lui obéissait pas, il se retrouverait un instant sans défense, et il est possible que Fred ne soit pas assez rapide pour dégager les Mystik de leur enveloppe rocheuse. Mais si l’arcane réussissait, alors Kuraï n’aurait plus de doute à avoir : son passé en tant qu’ange noir resurgirait…
« Je ne dois pas échouer ! Je ne dois pas échouer ! Pour l’Otram…… pour tout ces innocents morts au combat… contre Wildfar ! Je dois y arriver ! »
Il fit le vide dans son esprit, et l’aspect de la forêt devint plus terrifiant encore. La lumière disparut, les formes s’estompèrent. Le noir emplissait la vision de chacun. Seuls les personnages au cœur du cercle étaient éclairés, avec les hiéroglyphes qui rayonnaient d’une lumière blanche et pure.
Un halo en forme de bague se décalqua de l’arcane circulaire et se transforma pour ne devenir qu’un petit globe au centre de l’action. Il se posa au-dessus du crâne de l’élémentaliste, toujours très concentré, inhala les fluides magiques du héros, et s’envola de nouveau, plus puissant. Il atteignit les cinq mètres et stagna. Des courants électriques très lumineux s’évaporèrent du cercle terrestre et tissèrent des fils de courant pour former un cône.
La technique ressemblait à celle de l’indignation. La seule différence était que l’une affaiblissait l’adversaire, l’autre l’envoyait dans le néant à tout jamais.
L’air se dissipait ; seul assez d’oxygène restait pour les vivants. La chaleur corporelle quittait les corps. Plus personne –y comprit Kuraï- ne ressentait le chaud ou le froid. L’atmosphère entière semblait se métamorphoser. Et enfin arriva le moment…
« Technique obscure : le puits d’éternité ! »
Le sol se déroba, aspirant tous les espions, et gardant en lévitation les guerriers enrobés de leur voile rocheux et l’Invocateur. Tous les assassins s’engouffrèrent contre leur gré dans l’effroyable tunnel de l’oubli, dans un hurlement commun. Plus jamais on ne les reverrait, jamais on ne retrouverait leur dépouille…
Le plancher se raccommoda, la lumière se filtra au travers des arbres. Les Mystik, à présent libéré de leur impénétrable protection, recouvrèrent leurs sensations. Le vent soufflait de plus belle. Tout était redevenu normal.
Personne n’osa prononcer un mot sur ce qui venait de se produire. Le bretteur était exténué après cette expérience, Aïla n’avait plus de mana, et par conséquent son état rejoignait celui du héros ; les autres élémentalistes étaient déboussolés.
Ils reprirent leur marche, silencieusement. La tête des Mystik tournait légèrement, et ils ne marchaient plus très droit tant l’intensité de l’attaque était élevée.
Ils parvinrent rapidement à quitter la forêt pour dénicher un pan de montagne terreux.
Le soleil n’allait plus tarder à se coucher, la fraîcheur se réhabilitait à l’entourage. Culminant à plusieurs dizaines de mètres de la seconde partie du bois, les sept survivants observaient le paysage, sans dire mot. Au loin se trouvaient les montagnes, de hauts pics enneigés en permanence, et plus bas naissait la forêt dont les arbres poussaient et mouraient sans cesse. Un vrai étalage de végétation… si les arbres avaient eus des feuilles. Leur aspect reflétait l’image de la mort.
« Wildfar a dû passer par-là… » Médita Birbon pour lui-même.
Perchés sur leur colline, les Mystik contemplaient le paysage, tandis que Drago créait un passage de glace pour entamer une descente calme et rapide. Ils s’engagèrent sur le toboggan et le dévalèrent sur les fesses jusqu’au pied de la montagne.
Parvenus en bas, Fred repéra une cavité dans le creux de la colline.
« La nuit va tomber, on ferait mieux de monter un camp ici, non ? L’odeur de la pierre me paraît pure, et nous serons à l’abri.
-Bonne idée. Approuva Pract. L’air est aussi pur que la pierre, nous serons en sécurité. Il serait bien que nous élaborions un plan pour demain. Je vais chercher du bois, nous avons de l’eau et du feu, et nous en discuterons. »
Le mage s’enfonça dans la forêt, encore verte sur ce terrain, et collecta de quoi se chauffer.
Le recoin dans lequel ils dormiraient était sombre, petit –suffisant pour une dizaine de personnes collées les unes aux autres- mais très ouvert. Le plafond dominait la pièce de plus plusieurs mètres de hauteur, aucun problème de ce côté. Il se refermait comme une bouche, pour ne laisser qu’une petite ouverture de la taille d’un individu. Suffisant pour se délasser cette nuit, ils seraient à l’abri des soldats de Nékélas –qui avaient le droit de prendre du repos eux aussi- et des créatures de la Légion.
Kuraï partit à la recherche de quelques longues feuilles pour allonger Aïla, qui ne retrouvait toujours pas ses forces. Il devait en prendre soin s’il voulait réaliser son objectif.
Pract revint un quart d’heure plus tard, les bras chargés de bois. Le reste flottait grâce à son pouvoir. Il déposa le tout au sol et demanda à Otaka d’allumer un feu.
« Mauvaise idée que de le faire immédiatement… et dehors. La fraîcheur tombe, mais la fumée monte. Nous serions repérés trop vite. Dépose les brindilles dans la cavité, nous ferons un feu dedans. Fred, toi qui commandes aux roches et à la terre, peux-tu créer une cheminée au plafond pour que la fumée s’y engouffre ?
-Je m’en occupe. On placera aussi plusieurs grandes feuilles pour barricader la sortie. Ca fera une forteresse !
-Tais-toi et creuse. Ironisa le maître du feu. Je vais rattraper Kuraï pour l’aider à prendre plus de munitions. Au boulot ! »
Au retour de l’épéiste, tout était préparé. Les Mystik patientaient dans la grotte jusqu’au déchargement des derniers préparatifs. Le bois, dressé en un monticule, ne demandait qu’à se faire carboniser pour réchauffer de ses douces flammes les valeureux combattants. Drago, attendant le retour du meilleur guerrier de Krackor, tuait le temps en jouant avec une boule de glace dans sa paume. Fred constatait avec satisfaction le trou qu’il avait créé, suffisamment pour que la fumée n’y engouffre, suffisamment haut pour ne pas qu’elle étouffe les dormeurs en retombant. Mais elle n’avait qu’une entrée, la seule sortie possible étant le sommet de la montagne, lieu ou le gaz serait facilement repérable. Pract avait déposé une petite cargaison de bois dans le fond de la grotte qui servirait à alimenter le feu lorsque celui-ci faiblirait. Quant à lui, Birbon était allongé sur la pierre et comptait les minutes écoulées depuis le départ de l’Invocateur.
Kuraï déposa une partie de sa collecte de feuilles de platag près des bâtons bientôt enflammés et abandonna les autres avec celles d’Otaka, devant la sortie. Il s’empressa de les dresser pour former une barrière qui ne laissait passer que l’air frais de la nuit. Le leader du feu s’approcha du bois placé n’importe comment, les rassembla en un tas bien compact et les fit flamber, produisant ainsi une ondée de chaleur bien désirée.
Les très longues feuilles de platag –arbre rare mais qui produit de gigantesques pousses- les masquaient du dehors, il n’y avait plus rien à craindre. L’une à l’endroit, l’autre à l’envers pour dissimuler chaque petit coin, le campement était établi.
Un peu plus tard, tous autour du feu, ils discutèrent de leur stratégie du lendemain. Birbon les alimentait en eau, la nourriture n’étant pas un problème pour eux.
« En me promenant, j’ai étudié vaguement le terrain. Dit Pract. J’ai envoyé un spectre pour explorer la région et j’ai recueilli les informations qu’il avait perçu à son retour. A quelques heures de marches se trouve un arc de fleur assez long, mitoyen à d’autres arcs. Ils marquent la limite de la forêt telle qu’on la connaît. Après, les arbres sont morts et prennent des positions terrifiantes. Des fantômes, ou des ombres, volent de végétal en végétal et ne semblent pas pouvoir sortir au-delà de la voûte fleurie. Les arbres portent presque tous une sorte de poudre cristallisée. Les ombres démoniaques paraissent sortir de là.
-Serait-ce l’œuvre de Wildfar ? Déduit Drago.
-D’après mon esprit, ça ne vient pas de lui. Ces forces surnaturelles habitent la forêt depuis longtemps, mais ne sortent que depuis le passage de Wildfar, nuance.
-Deossa n’était pas censé nous ouvrir le chemin ? Tenta de comprendre Fred.
-Peut-être n’a-t-il pas voulu détruire le travail de Myggdrar, de peur de provoquer une apocalypse. Fit comprendre Otaka. Il aurait été averti aussitôt. Mais cela ne change rien à notre objectif. Mes flammes blanches les carboniseront, spectres ou non, individu matériel ou transparent. Et puis avec Kuraï, nous serons sauvés.
-J’ai autre chose à faire, plus important. Je partirai demain avec Aïla, nous vous rejoindrons quelques jours plus tard. Vous nous attendrez devant la grotte si nous sommes trop lent. »
La discussion prit fin quelques minutes après cette révélation et tous allèrent se coucher.
La nuit se passa sans encombre, puisqu’au lever, tous étaient vivants. Aucun guetteur n’avait été requis pour protéger les autres. Si quelqu’un réussissait à découvrir la cachette, il n’aurait pas eu le temps d’assassiner un combattant que sa tête roulerait sur le plancher.
Pract écarta les énormes feuilles et constata avec allégresse que le soleil venait d’apparaître à l’horizon. Les rayons s’engageaient dans la grotte, sans gêner les dormeurs. Seul en pleine forêt, il mit ses mains sur ses hanches et huma la délicatesse de l’air du matin. Dernière journée de marche avant d’attaquer un dur passage, le pire de cette excursion. La mort les guetterait sans cesse. Ses soldats surgiraient au moment où leurs victimes relâcheraient leur garde pour les envoyer rejoindre le tas de défunts. Une fois pénétrés dans la partie angoissante, les défenseurs de l’Otram n’auraient plus droit au repos, il faudrait tracer jusqu’au bout.
L’élémentaliste le rejoignit.
« Il fait bon.
-Oui, pour l’instant. L’air ne sera plus sain pour très longtemps…
-Il vous reste encore une journée de route, tranquille. Vous devrez arriver au plus vite pour vous reposer un maximum avant d’affronter la mort en face. Ce sont des spectres, qui habitent l’autre partie du bois, n’est-ce pas ?
-Je n’en sais rien. Je me doute seulement qu’ils puisent leurs ressources dans cette poudre, collée aux arbres. Il faudrait tous les détruire pour en venir à bout, mais il y en a tellement que ça nous coûterait trop d’efforts, et trop de temps. Nous ne connaissons pas la puissance de ces êtres. Mais avec Otaka, nous serons en sécurité. Ses flammes blanches peuvent annihiler les esprits les plus immatériels…
-…Et cela consomme beaucoup trop de magie. Il devra être prudent avec cette technique.
-Tu parcoures un bout de chemin avec nous ?
-Non. Réprima l’épéiste, tandis que les autres Mystik, sortis des bras de Morphée, se regroupaient autour du mage aérien. Je fais route vers l’est. Je vous rattraperai quand j’aurai fini mes petites affaires.
-Bien. Et que vas-tu faire ? Tu pourrais nous renseigner.
-Oui, je pourrais. J’exprimerai ma façon de penser à un fou, pour essayer de sauver quelques résistants avant le moment crucial.
-Fais comme tu voudras, mais que je te retrouve sain et sauf ! Nous partons sans plus tarder, alors… bonne chance !
-Inquiétez-vous pour votre groupe. Bon courage, et tâchez de m’attendre devant la grotte suprême. »
Aussitôt dit, aussitôt fait, Pract prit la tête de l’escouade et ils partirent vers la forêt.
Kuraï retourna au chevet d’Aïla, qui dormait paisiblement. Il s’accroupit auprès d’elle et toucha son front. Sa trop forte consommation de mana l’avait épuisée.
Il se releva et se posta à l’entrée de la cavité. Ses compagnons s’éloignaient, on ne les voyait presque plus. L’adolescente devrait reprendre des forces car le héros devrait économiser les siennes pour plus tard.
« Où sont les autres ? » Demanda une petite voix.
Kuraï se retourna et vit son amie, encore allongée, qui étirait ses bras et baillait par la même occasion.
« Ils continuent leur route jusqu’à son apogée : la grotte suprême. Et désolé pour le petit déjeuner, il n’y a rien à manger et Birbon est parti avant de nous restaurer. Peut-être trouverons-nous des victuailles ou un fleuve sur notre chemin, qui sait ?
-Et quel est notre but ?
-Toi aussi, tu es traquée par ses espions. Tu devrais reconnaître le coin lorsque nous y arriverons. Il a envoyé des hommes à la mort, dans l’espoir de me tuer. Je vais lui montrer que lorsque l’on tue un combattant quelconque, il faut avoir une raison valable.
-Alors ? Semblait angoisser Aïla.
-Direction Brintals… »