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FANS FICS (archive)

L'Otram, le monde ancestral

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Posté par Molock le 01-04-2007 à 23:44
Avatar de MolockSuper ! ^^ Vivement qu'on y soit !
Posté par Kikart le 07-04-2007 à 17:18
Avatar de KikartEt hop ! On y est.
Pour les fiches des persos, j'essaie de garder un max de suspens, mais j'en mettrai toujours un par chapitre (sauf s'il n'y a plus de stock). Donc tant pis si vous ne les connaissez pas encore (au moins de cette façon, j'en oublierai aucun ^^).


{Fiche perso}: NEKELAS : roi de Brintals, la cité impériale. Il tente de rassembler tous les vivants, lors de la destruction du monde, dans sa cité pour former un seul bloc compact, qui luttera contre les démons. Il propose aux Mystik de le rejoindre, mais ceux-ci nient la demande. C’est alors que les défenseurs de l’Otram vont s’entre-tuer…


Chapitre 25 : la fin de l’Otram (4/4)

L’équilibre entre le bien et le mal était respecté depuis si longtemps…depuis trop longtemps. Cela faisait quelques jours que Wildfar avait lancé sur le monde son armée luciférienne. Et pourtant, il voyait son souhait se réaliser au fur et à mesure que les heures s’écoulaient. Patience était le mot que le seigneur noir ne cessait de se répéter. Mais combien de temps faudrait-il attendre avant que Myggdrar, le dieu maléfique, ne puisse donner une partie de ses techniques secrètes au séraphin ?




Pendant ce temps, le Destructeur résistait péniblement. La barricade qu’il venait de construire s’effritait, le bois craquelait.
« Takajy me laisse une heure pour aller le rejoindre, alors qu’il me faudrait une journée en temps normal ! Jugea-t-il. Il me faut un moyen de transport, utile et rapide. Mais quoi ? »
Un tremblement lui fit soudain reprendre ses esprits. La secousse avait eu lieue à l’opposé du palais, ce qui voulait dire que…
Encerclé. La demeure était encerclée, tant par les airs que par la terre. La fuite n’était plus envisageable…sauf si…
Jungix se précipita à une fenêtre au premier étage. Il observa ce qu’il se trouvait au sol : des Infernaux martelaient la pierre, d’autres se catapultaient sur les murailles plus élevées. Les Eredars enchaînaient sort sur sort, les Wyrms montaient la garde au cas où la cible détalerait.
Les meubles s’effritaient de plus en plus. Le gros guerrier n’avait plus une seconde à perdre. Il entrouvrit une porte et grimpa jusqu’au quatrième étage. Là, il fit le tour du château, épia les troupes maléfiques par une plus petite fenêtre. L’escouade était nombreuse, très nombreuse, peuplée de diables et d’orcs, avec deux ou trois Infernaux. Un sourire s’afficha sur le visage du héros. Bien sûr ! Cette petite armée avait une faille, et celle-ci le sauverait.

« Un Léviathan ! S’exclama-t-il. Si j’arrive à le contrôler, j’aurais une chance d’arriver à temps à Haromeld. Mais avant, je vais devoir recharger ma magie pour pouvoir diriger la bête. »

Conscient des risques qu’il prenait, il s’installa au bout d’un long et étroit couloir. Il attirerait les morts-vivants à cet endroit précis et là…

Des crépitements pétillèrent, les parois tremblaient, la tension montait : le moment était arrivé ! Des craquements retentirent, puis ce fut au tour des bruits de pas. Les démons pénétraient le château.
Jungix descendit au second palier et siffla fortement. L’agitation ne cessait pas chez l’adversaire, mais elle ne s’accentuait pas non plus. Avaient-ils entendu le son émit ? Le guerrier, jouant contre le temps, saisit un tableau pendu au mur et se risqua jusqu’à l’ouverture. Même de là où il se situait, il voyait les démons s’agiter en tout sens. Il lança l’ornement au loin…qui percuta les cornes d’un Eredar au rez-de-chaussée. Tous les regards se tournèrent dans la même direction. Le vacarme redoubla d’intensité ; le Destructeur rebroussa chemin.
Sachant qu’il était poursuivi par toute la troupe maléfique et qu’il n’avait plus le droit à l’erreur, il fit volte-face au point stratégique. Il empoigna sa double lame et attendit, mais pas longtemps. Une poignée de secondes après, des Eredars s’engageaient dans le corridor…et Jungix regretta de s’être mis si loin.

D’abord, des boules de feu se dirigeaient  sur lui. Il les para facilement avec son épée et sauta au plafond pour éviter les fines épines de glace qui se faufilaient avec vélocité sur le sol. Il resta suspendu au lustre le temps que les Eredars terminent leurs incantations. Des rafales de vent, des typhons aquatiques et des boules de mana corrompues par le mal prirent pour cible l’Otramien au plafond. Au dernier moment, le Destructeur lâcha prise, fit une roulade sur le sol, se redressa en mettant un genou à terre et trancha horizontalement d’un geste ample. Il se leva et toisa les petits orcs qui assuraient les secondes lignes. Tous, quelqu’ils soient, tombaient, lacérés à plusieurs endroit. Ils n’arrivaient pas à suivre le rythme si rapide des mouvements de leur seul opposant, plus déchaîné que jamais. A chaque fois qu’un Infernal, plus grand que les autres démons, percevait un coup frontal, l’être devant lui se décomposait, chacun de ses membres broyés. Personne n’y comprenait rien, pas même Jungix, qui ne se préoccupait que de porter des frappes rapides pour recouvrer un maximum de mana.
150…160…170…179…Le héros faiblissait. Le double tranchant de son épée n’était plus aussi véloce, il effectuait à présent des parades, se servant de ses deux lames. Il tournait sur lui-même, décrivait de larges cercles dans l’air avant d’écraser son arme dans un crâne. Un arcane terrestre, comme un tremblement de terre, serait efficace dans ces circonstances et causerait beaucoup de pertes, mais cela le ralentirait de quelques secondes, cruciales. Et étant donné son état, ces quelques secondes seraient les dernières qu’il passerait sur ce monde, encore libre.


200 PM ! Victoire !
A bout de souffle, il scruta le fond du couloir. Un Eredar entamait la préparation d’un sort que Jungix connaissait bien. Ce n’est pas parce qu’il éprouvait encore des difficultés, si légères soient-elles, qu’il ne connaissait pas les forces et les faiblesses de cet arcane.
Le jeteur de sorts leva son bâton d’une main, et projeta une déferlante de flammes de l’autre. Le guerrier regardait les feux et les tiges embrasées s’approcher dangereusement. S’il se concentre sur un point fixe, il pourra aisément parer le coup, voire même plus. Au contraire, s’il réagit comme 99% des victimes en regardant les cinq branches incandescentes filer, il serait perdu. Ce sort sera le dernier. Quitte ou double.
Le Destructeur planta son regard dans les flammèches vertes –qui servaient d’yeux aux Eredars- et comme s’il s’agissait d’un jeu de novice, il tourna si rapidement ses lames autour de lui qu’il créa une sorte de ventilateur.
Le corridor devint un véritable brasier. Les tiges ardentes se frottèrent à l’acier des épées du résistant et ne purent lutter face à une telle défense. Impuissantes, elles corrigèrent leur direction en faisant demi-tour et calcina violement les démons sur leur passage. Elles explosèrent hors du couloir et incinérèrent certains coins du premier étage, laissant le hall indemne.

Jungix ne se fit pas attendre. Il fila, grimpa encore deux étages, brisa le carreau d’une baie vitrée et s’accrocha au balcon, maintenu par l’un de ses bras et raccroché par ses pieds. Le Léviathan n’était plus présent. L’ancien meneur se laissa pendre dans le vide et, grâce à sa force spectaculaire, s’élança jusque sur le toit, à quelques mètres de la corniche. Il scruta les environs : le chaos n’était plus aussi répandu que précédemment. La Grande Guerre s’achevait, Wildfar devait se réjouir, Kuraï devait patrouiller dans la nature et cueillir des fleurs. Les troupes lucifériennes demeuraient en surnombre partout où les conflits avaient lieu. Aucune cité n’était endommagée, la seule cible de cette invasion était les Otramiens.
Un hurlement avertit le Destructeur. Il fit volte-face et éluda de justesse un jet de glace en roulant sur le côté. Le Wyrm, vingt fois plus gros que le combattant, s’apprêta à décharger un nouveau souffle. Cette fois-ci, il recouvrit le toit entier, ne laissant pas même un grain de poussière sur son passage.


Jungix, après avoir sauté en l’air, retomba sur le cou…le haut de l’échine du monstre. Celui-ci n’eut pas l’occasion de se débattre : le gros guerrier fit raisonner, au niveau des oreilles squelettiques, des ondes de choc de niveau supérieur. Ces décharges soniques étaient si puissantes qu’elles pouvaient sonner n’importe quelle créature à condition d’y mettre la dose de mana. En dépit de ce critère, la volonté du dresseur surpassait celle du dragon, et de ce fait, il espérait pouvoir devenir le maître du Léviathan le temps de parcourir la terre de ce monde jusqu’à Haromeld.

Les ondes, si puissantes, ébranlèrent le crâne de la créature. La détermination placée dans cet arcane battit le Wyrm à plat de couture, et celui-ci chuta de tout son poids. Sur le coup, Jungix réprima un frisson. Le sol se rapprochait trop rapidement, et à cette vitesse, il ne s’en sortirait pas. Heureusement, au dernier moment, le dragon reprit ses esprits et se redressa avant de frôler le sol. A présent, le monstre était sous l’emprise de son dresseur.
Face à l’entrée du palais, le monstre stagna et maintint sa position tandis que le Destructeur cherchait le moyen d’ordonner à son dragon de cracher un souffle de glace. Ainsi, il condamnerait tous les démons qui se trouvent à l’intérieur.

« Je l’ai tellement amoché qu’il ne peut plus attaquer tout seul. Se dit-il. Comment faire pour qu’il lâche son attaque glaciale ?……… Bon, réfléchissons……. Que ferait Kuraï dans mon cas ? Bonne question… Connaissant sa délicatesse, il le foudroierait un bon coup, mais ce n’est peut être pas la bonne solution. »
« Alors mon cochon, tu te débrouilles ? Demanda le samouraï par un contact mental. Les défenseurs résistent plutôt bien, tu disposes d’un peu plus de temps.
-Je ne devrais pas tarder à arriver. S’exprima Jungix. J’ai réussi à dompter un Wyrm des glaces, qui est énorme par rapport aux autres de sa race, donc je présume qu’il ne vole pas trop lentement. D’ailleurs, saurais-tu comment leur ordonner de répandre leur jet de glace ?
-Je ne m’y connais pas beaucoup en anatomie des dragons. Il n’y aurait pas un bouton sur le côté pour l’activer ? Tu as lu le mode d’emploi avant ?
-Laisse tomber, j’arrive. »

Exaspéré par les réflexions de son acolyte, le guerrier rompit le lien mental. Si encore Takajy disait cela juste pour rire, Jungix l’aurait compris, mais en étant aussi sérieux, le Destructeur se demandait où est ce qu’il cherchait de telles choses. Sans se rendre compte, il tapota le crâne du Wyrm. Celui-ci pencha sa lourde tête en avant et vomit un brouillard glacé dans le hall du château. Il reprit aussitôt son envol et lorsqu’il se trouva suffisamment haut, il fila aussi vite que l’éclair. Le héros ne comprit rien à ce qui venait de se produire, mais au moins, il avait eu ce qu’il voulait.




Les trois anges, Pracad et ses doubles, veillaient à la sécurité des défenseurs. Pourtant, ils éprouvaient de réelles difficultés à repousser l’ennemi. Tous pensaient mourir chaque seconde, à chaque nouvel arcane provenant des troupes de Myggdrar, mais tant qu’un ange se casait à proximité, tous recouvraient l’espoir. Hélas, depuis que les Trois avaient fait leur apparition, les rois durent se concentrer sur eux, et par conséquent, ils laissaient les troupes de résistants livrés à eux-mêmes.
Cela paraissait incroyable. La force de ces guerriers titanesques semblait s’accroître au fur et à mesure qu’ils causaient des dégâts. L’un des séraphins périt, cisaillé par la faux. En disparaissant, il projeta pleins de rayons lumineux en direction de la cape de pierre du géant, et se volatilisa ensuite. Ayant reçu l’attaque de plein fouet, le monstre rejeta sa cape de pierre en arrière, sans prêter la moindre attention au trou béant qui venait d’être causé à son vêtement.

Pracad –en chair et en os, debout sur ses rochers- avait vu son double trépasser. Il n’avait pas remporté ce duel, et son ennemi n’avait rien, hormis cet impact dans sa veste rocheuse. Si l’homme le plus puissant ne pouvait rien contre un Trois, alors ils devraient tous succomber…d’ici peu de temps.
Une ombre gigantesque attira la vigilance du roi. Il étudia le phénomène aérien et ferma les yeux.
« A présent, tout est bel et bien terminé. »
Les pattes en avant comme si la nouvelle créature allait se poser, elle prit le monarque par une épaule avant qu’une épée colossale pulvérise les rochers sur lesquels Pracad se trouvait. Les griffes s’enfoncèrent dans son omoplate, le Wyrm allait en finir avec lui. Prisonnier, le souverain jeta un vif coup d’œil plus bas avant que le pire n’arrive : la lance de l’ennemi de pierre transperça le corps du dernier double. Puis, une cavité se forma entre les côtes de la statue, résultat de la mort de l’ange.

Le roi maugréa. Ils avaient perdu, malgré leur résistance héroïque. Qu’allait faire de lui le Wyrm ? Le lâcher au milieu de la masse d’orcs –trop occupés à soigner les leurs-, le dévorer ou lui arracher le poitrail de l’autre patte ? Quoiqu’il puisse arriver, il ne devait pas faire transparaître sa peur.
« Ca va en bas ? Demanda le dresseur de la créature. Pas trop de dommages ?
-Non, merci, ça ira. »
Deux secondes après avoir dit cela, il écarquilla les yeux.
« Mais, qui es-tu ?
-Ton ange gardien. Reprit le dresseur, en se penchant pour que Pracad aperçoive le visage de son sauveur. Du moins pour le moment.
-Ju…Jungix ?
-Accroche-toi je vais faire un passage en raz motte suivit d’un looping et d’un second passage. »

Le Léviathan vira sur l’aile gauche, et fut entouré d’une aura rougeoyante. Malgré les apparences, les orcs maîtrisant la magie blanche augmentèrent la force du dragon, croyant que celui-ci était dans leur camp.
Le Destructeur bénéficia de l’erreur commise par ces créatures à la peau verdâtre et revint au ras du sol. De sa seule patte restante, le volatile sema le chaos parmi les orcs, croquant au passage celui qui avait usé de son sort, et déversa une couche de glace plus importante que celle qui avait étouffé le palais de Terofinol. Le voile glacial fit de même avec les créatures terrestres, qui périrent toutes. Le Wyrm redressa sa trajectoire et décrivit un cercle dans les airs, montrant à Pracad ce qu’étaient les loopings des dragons.

« Je te redépose où ensuite ? Interrogea Jungix.
-Là où il y a le plus de résistants. La mort nous tend les bras, à nous de lui montrer que nous ne la craignons pas ! »

Le Léviathan, à présent stable, desserra son étreinte et laissa le roi avec la trentaine de défenseurs. La dernière couche glaciale avait pour cible les Trois, seuls guerriers qui restaient. L’effet d’accroissement de puissance fonctionnait toujours, le Destructeur s’en servit pour répandre une nouvelle couche de glace, tout aussi terrifiante que la première. Ses deux pattes libres, il attrapa deux des trois statues et remonta dans les airs verticalement, en angle droit. Il fit s’entrechoquer plusieurs fois les golems avant de les laisser dégringoler deux cent mètres plus bas. Sans voir l’état dans lequel ils étaient, Jungix fila de nouveau jusqu’à Haromeld, avec l’espoir d’avoir la chance de semer la pagaille parmi des troupes gigantesques.

« Ce Wyrm, dirigé par un ami, nous a particulièrement bien aidé ! Cria Pracad. Maintenant, causons le plus de dégâts possible à ces Trois !! Profitons de cet avantage ! EN AVANT !!!! »

Mais que représentait cette petite escouade face aux monstres de pierre ? Pas grand-chose, d’autant plus que, malgré leur chute, celui qui possédait l’épée colossale et l’autre qui tenait fermement sa lance n’avait presque rien, sauf quelques effritements aux bras…




Agacé, Takajy n’arrivait pas à connecter son téléporteur à la Terre. La salle était sombre, on n’y voyait presque rien. Il avait réussit à rattacher de vieux câbles à une ampoule qui lui procurait une lumière suffisante pour travailler. Le télétransporteur ressemblait à un bocal cylindrique de la taille d’un Otramien. Trois boutons, rouge, bleu et vert, se situaient sur le petit promontoire, et sur tous étaient symbolisés de petites marques pour y passer des fils.
Depuis un quart d’heure déjà, le samouraï faisait des essais. Les câbles s’enfilaient de tout côtés ; certains, scotchés à l’extérieur de la cabine de verre, se reliaient directement à l’ampoule, d’autres au plafond, et les derniers se faisaient oublier au sol. Quinze câbles pour trois boutons, les possibilités n’étaient pas infinies, mais nombreuses toutefois.
Pour la première fois depuis le début de l’aventure, Takajy avait retiré son casque, découvrant ses cheveux d’argent qui reposaient sur ses épaules.

« Le fil vert sur le bouton bleu, le jaune sur le rouge et le marron sur le bleu. Mais où est le fil marron ? »
Il attrapa la lampe qui l’assistait dans son travail et qui l’aidait à retrouver ce dont il avait besoin au bon moment malgré le bazar qui régnait dans la salle, et s’en servit pour éclairer chaque coin et recoin du cagibi. Pourquoi fallait-il des cordages si longs ? Mon dieu ! Quelle horreur ! Ils s’entortillaient en tout sens, traversaient la pièce concise. Autant chercher une boule de feu dans une tempête ancestrale !

Un bruit attira son attention. Sans fenêtre, il ne pouvait pas voir de quoi il s’agissait, mais dans son esprit, il comprit qu’il n’avait plus le temps de réfléchir, il fallait agir jusqu’à ce que…



Les Infernaux et les diables volants n’étaient plus qu’une masse compacte, enfermée dans un bloc de glace. Les milliers de résistants, heureux d’être enfin sorti de ce pétrin, applaudirent les figures stylistiques de Jungix et de son Wyrm. Les démons étaient arrachés du sol dizaines par dizaines, d’autres étaient congelés par l’immensité des souffles de glace. Les diables, volatiles, se lançaient à la poursuite de la créature, précédés de deux autres Léviathans. Le Destructeur chercha une position stable et fit freiner sa monture sèchement. Les deux dragons, qui ne s’étaient pas attendu à cela, prirent les devants et se retrouvèrent piégés. Le Wyrm noua sa longue queue autour de celle, deux fois plus mince, de l’un de ses adversaires et bondit, crocs et griffes aiguisés, à la gorge….en os du second. Il les lui arracha par plusieurs coups de gueule, griffa les ailes déjà abîmées, et laissa la créature ennemie chuter. Puis il fit tourner sa queue, décrivant de larges cercles comme une hélice qui fonctionne au ralenti, et il desserra son étreinte au dernier moment, projetant le Béhémoth vers le sol. Les deux dragons s’entrechoquèrent dans un fracas et des cris horrifiants.
Parmi les magiciens résistants, seuls les plus puissants firent déferler des tempêtes de flammes ou d’électricité pour achever les souffrances des géants.

En l’air, Jungix fit virer sa monture pour la retourner contre les diables. Certains, déjà sur elle, goûtèrent à la lame du guerrier et à l’effet « toupie » du Léviathan. Impuissants, ils chutèrent, avec leurs compagnons qui étaient plus arriérés. Avant même de toucher le sol, un nuage glacé les enveloppa, mettant fin aux jours de la plupart d’entre eux.
Puis, le dresseur vint se poser à terre. Il semblait troublé. Une si grande réussite avait permis aux vivants une victoire écrasante sur plusieurs troupes, mais combien de temps encore le Béhémoth resterait dans cet état, c'est-à-dire sonné par les ondes de choc ? A la vue de sa taille, le plus préférable restait…
A contrecœur, Jungix leva bien haut sa double lame, et d’un geste vif mais puissant, enfonça son tranchant dans le crâne du magistral Wyrm des Glaces, à l’endroit où se trouvait son point faible. Rapidement, il sauta et mit pied à terre, regardant le dragon disparaître dans une rivière de flammèches vertes. Sans tenir compte des réflexions des défenseurs, il courut au palais. Si le Wyrm s’était rebellé, la fin des vivants d’Haromeld serait arrivée plus vite, beaucoup plus vite…

Dans la ville, une vision d’horreur le terrifia : les morts-vivants s’emparaient de la cité, et des centaines d’Infernaux martelaient la dure pierre du château. Le Destructeur alerta les mortels, montrant l’assaut titanesque des forces ennemies. Au moment où il s’engouffra violement dans la bâtisse, l’un des derniers combats démarrait.

Il retrouva le Saboteur assez facilement d’après les étincelles et les explosions qu’il entendait depuis le hall. Un cri de joie lui indiqua le chemin à suivre, et il se trouva nez à nez à l’angle d’un couloir avec son compère.
« Belle bataille, hein ! Complimenta celui-ci. Tes ondes de choc sont de plus en plus puissantes, félicitation !
-Je n’ai pas provoqué d’onde de choc…
-Mais alors, ces tremblements ? Le château entier tremblait pendant ton combat.
-Et maintenant encore ! Des centaines d’Infernaux tentent de faire s’effondrer le palais, car ils savent que tu es à l’intérieur !
-Mais comment ?
-Tes explosions. Certaines se voient de l’extérieur, banane… Trêve de bavardages. Si l’on ne se dépêche pas, Kuraï sera seul à se révolter sur ce monde. Où est le téléporteur ?
-Suis-moi. »

Ils se pressèrent jusqu’au cagibi, là où demeurait la machine, entouré des câbles.
« Et ça, c’est pour quoi faire ? Demandant Jungix en désignant de la tête les bandages qui enveloppaient la cabine. Il était impossible de rentrer dedans tellement il y avait de scotch.
-C’est pour faire tenir les câbles. Rentre dedans, et tu seras automatiquement téléporté !
-Oui, mais, ce que je voulais dire par-là, c’est pourquoi tu en as mis autant ? L’entrée est barricadée maintenant…par du……scotch !?! »
Dépassé par le travail du samouraï, il trancha les bandages et mit un pied à l’intérieur du téléporteur. Takajy enjamba la marche derrière lui et, se serrant l’un contre l’autre, ils disparurent dans un flash blanc tandis que tout prit feu dans la salle…




« Oui Namqueck ? Demanda le seigneur noir.
-Maître ! Dit respectueusement le jeteur de sort. Ne crois-tu pas qu’il faudrait augmenter la production de cadavres ?
-Elle est déjà arrêtée. Répondit calmement l’ange. Cela ne sert plus à rien. Les vivants se sont tous regroupés au même endroit, à Haromeld. Toute la Horde se déplace dans la cité, la dernière bataille commence, et nous connaissons déjà le résultat.
-Où sont les trois hommes dangereux ?
-Jungix et Takajy ont pénétré le château. Les Infernaux viennent de le détruire, et il n’y a aucun signe de ces deux là. Kuraï reste introuvable. Une partie de la Légion patrouille pour le dénicher, il n’a aucune chance de survivre, et peu importe avec qui il se trouve… »




Encore merci à Molock pour ses rares corrections ! La suite le samedi 21, après les vacances :p

@Molock: petites maques ? je ne sais même plus ce que j'ai voulu dire ^^'
Posté par Molock le 07-04-2007 à 13:14
Avatar de MolockKuraï devait patrouiller dans la nature et cueillir des fleurs. : Mdr.

Super le moment où Jungix reprend le contrôle du Wyrm. J'adore aussi sa réflexion sur Kuraï ainsi que la remarque du samouraï. ^^

petites maques : marques tu veux dire ?

'Autant chercher une boule de feu dans une tempête ancestrale !' : géniale la dérivation d'un certain proverbe.

Combat super dans les airs !!

Pratiquement pas de fautes. ^^ Un vrai plaisir à lire et quel suspens !!
Posté par HackPrincess le 18-04-2007 à 20:36
J'ai passé deux ou trois mois sans lire les nouveaux chapitres,et je le regrette !Il sont tout plus magnifiques les uns que les autres !C'est encore plus superbe qu'au debut !Les combats sont bien decrits,les monstres horribles mais puissants,certaines remarques m'on fait sourire...Que demander de plus ?Tu est presque a la limite de la perfection,et même si personne ne peut prétendre faire une fic parfaite,la tienne y resemble !

Je n'ai pas fait un message trés long,mais que veut tu que je dise,Molock a deja dit l'essentiel (normal pour un pro).

Continu comme ça,mais ne te presse pas,j'aime savourer quelque chose d'excellent aprés avoir patienté longtemps pour l'avoir ^^!
Posté par Kikart le 12-05-2007 à 19:32
Avatar de KikartHeureux de te revoir HP ^^

L'histoire doit être modifiée pour mars 2009 (2010 peut-être) en comptant la relecture générale. Je vais re-ralentir le rythme de parution, il va dorénavant passer à 1 chap/2 semaines. Peut-être qu'une fois cette partie finie, j'attaquerai la partie 1 puis la 3 (car c'est la deux, cherchez pas à comprendre).


{Fiche perso}: AÏLA : guerrière qui ne se sépare jamais de son épée. Elle rencontre les Mystik dans Zakamir et s’allie avec eux, malgré leur désaccord. Elle partira seule en mission avec Kuraï qui veut s’entretenir personnellement avec le roi Nékélas. Pourtant, Aïla à l’air hésitante ; elle craint les actes du bretteur.

C'est la dernière fiche perso pour le moment.




Chapitre 26 : Zakamir, tanière de la survie

« Il est encore en train de dormir. Pensez-vous qu’il faut le réveiller ? Demanda l’individu aux cheveux en pétards.
-Ne sois pas si pressé, Otaka. Rétorqua l’élémentaliste aquatique. Nous avons le temps. Cette région me paraît sereine, du moins dans cette zone ci.
-Ca, c’est ce que tu crois. Et si des troupes démoniaques surgissaient, que ferions-nous ?
-Nous sommes les six Mystik, nous pouvons nous défendre.
-Sans Kuraï nous ne sommes plus que cinq, et nous sommes plus faibles ! Et si les créatures qui avaient attaqué Kuraï nous retrouvaient ? Tu crois pouvoir les combattre ?
-Il leur a bien tenu tête quelques minutes tout seul…
-…Mais si nous n’étions pas intervenu, il mourait ! Il est beaucoup plus fort que nous, et les Trois sont…trois statues de pierre. Tu as vu la puissance qu’il a invoquée avant que nous arrivions. On percevait l’intensité de ses attaques à des kilomètres à la ronde, et ces golems avaient l’air intacts… ou presque.
-Ne t’énerve pas, Otaka. Dit Fred, avec son calme habituel. Nous avions eu la chance par notre passé de conclure des pactes avec les divinités. Elles nous accompagnent et feront tout pour nous sauver des situations…délicates. Que pourrait faire un Trois face à Terran ? Pas grand chose… Et puis c’est bizarre de t’entendre dire que tu es faible et nous aussi, toi qui es prêt à exterminer tout ce qui bouge quelqu’il soit. Conclut-il en souriant.
-Ne les sous-estime pas. Répliqua Birbon. Il est fort possible qu’ils se soient dirigés vers Krackor, la ville la plus proche de la forêt où ils étaient. »


Des craquements se firent entendre. Le guerrier du feu tira son arme de quelques centimètres par un simple mouvement du pouce, tandis que Fred affichait un sourire interrogateur. Une silhouette plus imposante qu’un Otramien se dégagea des lianes qui accrochaient ses petites mais puissantes écailles. Otaka rengaina son sabre lorsqu’il reconnut la tête de dragon.
« Du nouveau Drago ? Demanda-t-il.
-Pas grand chose. J’ai l’impression que nous sommes en plein milieu de la forêt de Zakamir.
-Zakamir ? Mais… c’est impossible ! Nous sommes à des milliers de kilomètres de Krackor !
-Je n’en suis pas sûr, ce n’est qu’une supposition. Mais le climat et l’atmosphère qui y règnent font penser à cet immense bois. Attendons que l’éclaireur revienne, alors nous serons sûr de savoir quoi faire. »


Une émanation bizarre s’était répandue sur le campement. L’air semblait pollué, et seule une voix rauque permettait de savoir que la zone était peuplée. L’élémentaliste ouvrit les yeux. Sécoué par un mal de tête, il huma cette odeur. L’air pollué…ce n’est que de la fumée.
« De la fumée ? »
Immédiatement, Kuraï se précipita sur le petit feu qu’Otaka avait allumé et l’éteignit avec ses pieds.
« Mais vous êtes complètement malades ! S’énerva-t-il. On se retrouve en plein milieu d’une forêt, des hordes démoniaques patrouillent pour nous trouver et nous tuer, et vous faites du feu ?! Vous avez perdu la tête !
-Monsieur va mieux. Ironisa Fred. Tu sais Kuraï, Otaka s’est réveillé en premier et nous avons passé la nuit à te surveiller, pour qu’il ne t’arrive rien de néfaste. La fraîcheur nous a enveloppés, donc nous avons cherché le moyen de nous réchauffer. Tu m’écoutes ou je te gène ? »

Sans prêter attention à ses dires, l’Invocateur ramassa les feuillages qui lui avaient servi d’oreiller et les utilisa pour étouffer la fumée.
« Si nous ne nous faisons pas repérer, nous aurons de la chance… »

Des cris retentirent. Des cris… ni  humain… ni animal. Des cris provenant de la Légion.
Le bretteur, à présent réveillé, scruta autour de lui. Les arbres, assez variés, s’élevaient à plus de trente mètres pour les plus grands. La luminosité passait difficilement, mais on y voyait clair. Mis à part, Zakamir était une forêt normale, mais gigantesque.
Des fougères qui se situaient derrière Birbon furent soudain réduites en cendres, et trois orcs, dont un magicien, sortirent de leur cachette. Une lance ardente manqua de peu la tête du leader aquatique, qui répliqua aussitôt par deux typhons qui émergèrent du sol. A présent protégé par les piliers aqueux, Drago les transforma en glace et fit pousser des épines géantes tout autour qui s’étiraient sur plusieurs mètres. Le jeteur de sort et le premier combattant furent perforés en plusieurs endroits avant d’être balayés au loin par une onde de vent en forme de cône. Elle enveloppa le dernier guerrier qui restait figé, le fit se fracasser contre un arbre et l’envoya valser au loin.
« Trois points pour moi. Sourit Pract, en descendant de sa petite tornade qui lui servait à se mouvoir dans les airs.
-Tricheur ! C’est moi qui en ai tué deux ! S'irrita Birbon.
-C’est grâce à tes piliers, mais c’est moi qui les ai transpercés par mes épines !
-Oui, mais c’est moi qui suis à l’origine de leurs décès.
-Pract, qu’as-tu constaté la-haut ? Demanda finalement Kuraï.

-Rien d’important, c’est à dire des étendues d’arbres à perte de vue. Nous sommes dans la forêt de Zakamir. En revanche, j’ai remarqué une cité encore intacte à quelques lieues d’ici.
-La cité impériale…
-Nous devrions nous y rendre, c’est à quelques jours de marche.
-Ne perdons pas un instant, d’autres ennemis pourraient paraître n’importe quand. On lève le camp ! »

Lever le camp, plus facile à dire qu’à faire…


Déjà deux heures qu’ils parcouraient le bois dans la direction de la grande cité, et personne ne voyait le bout du voyage, pas même un endroit où ils pourraient se délasser. Ensuite, il fallait penser aux ressources. L’eau serait produite par le Mystik, mais où trouver de la nourriture ?
Le vent soufflait fort par moment, de telle sorte que les ombres de la forêt s’estompaient avant de ré-apparaître. Ces bourrasques alertaient Pract qui sentait une présence hostile dans les environs. Sans demander l’avis de ses frères d’armes, tous continuèrent sans le moindre soupçon.

A chaque nouveau coup de vent, le mage céleste observait les alentours prudemment. Quel genre d’ennemi, s’il ne se trompait pas, rôdait à quelques pas du petit groupe ? Un démon de la Légion ? Sûrement pas. Ils sont tellement simplistes qu’ils fonceraient, tête baissée, dans la mêlée quelque soit le danger. L’Infernal aurait déjà chuté du ciel, manquant d’écraser un Mystik ; l’Eredar aurait tout carbonisé. Qui les espionnait ?
Le jeteur de sort croisa le regard dur d’Otaka. Lui aussi savait. Kuraï, peut-être, était au courant qu’ils étaient suivi depuis plus d’une heure, mais pourquoi ne laissait-il rien transparaître ?

« Vous deux. Dit-il en interpellant ses compagnons qui s’échangeaient des informations du regard. Qu’attendez-vous pour les révélez ? Je commence à fatiguer.
-Comment cela ?
-Laisse. Interrompit l’élémentaliste du feu. J’ai compris, on s’en occupe. Pract, à toi ! »

Le sorcier planta son bâton dans le sol, qui se craquela instantanément. Une ondée lumineuse de couleur verte naquit de l’orbe –incrustée dans l’arme- et partit en direction circulaire. Sur son passage, la flore se coucha, comme si une tornade pointait à l’horizon. D’une intensité terrifiante, l’onde dévoila absolument tout. Pris par surprise, les trois silhouettes tenaient difficilement au sol, bien que leurs pieds fussent maintenus par un sortilège d’envoûtement exécuté à la dernière minute. Tous les regards se dirigèrent vers les intrus. Les deux hommes maintenaient le trio d’espion, s’accommodant à les assassiner, leurs armes pointées en direction du cou. Les trois élémentalistes, qui n’avaient rien fait jusqu’à présent, relâchèrent leur garde et s’étonnèrent ensuite de sentir le tranchant d’une lame sous leur gorge. Pract se retourna et constata qu’eux aussi s’étaient fait avoir, une épée léchant la leur. Ils baissèrent donc les bras et lâchèrent leurs armes. Les espions s’étaient séparés en deux groupes et, pendant que tout le monde concentrait son attention sur la première escouade, la seconde avait saisi l’occasion.
Maintenant, la troupe de Kuraï allait payer cher…


Les trois arrivants avaient réussi à piéger le groupe. Ils devaient être puissants, très puissants pour ainsi masquer leur présence face à six guerriers d’un rang si important. Le trio qui était à découvert avait joué un rôle d’appât, et par ce biais, ils permettaient à leurs alliés de tromper les six Mystik. Otramiens vêtus d’une tunique bleue, d’une capuche azur et d’un maque en toile noir qui recouvrait la moitié inférieure de leur visage, ils avancèrent doucement, leurs fusils pointés vers leurs ennemis.
« Laissez nos collègues tranquilles ! Ordonna l’un des vétérans. Retournez-vous, mains en l’air, et il ne vous sera fait aucun mal !
-Où est Kuraï ? Demanda discrètement Fred à Otaka, qui venait de remarquer son absence.
-Il fatiguait. Répondit-il. Je crois savoir pourquoi, et tu vas le découvrir dans peu de temps…

-La récréation est terminée ! Baissez vos armes ! »
Le premier groupe semblait terrorisé. L’élémentaliste du feu affichait un sourire narquois, car il savait ce qui se produisait dans son dos.
Un homme avait placé une longue lame sous les cous des hommes d’appâts. Au moindre geste suspect, ils seraient tous décapités. Les armes à feu se pointèrent vers la tête de l’individu.
« Ku…Kuraï ? » Risqua un attaquant.
La réponse émana de derrière lui.
« Et maintenant, vous feriez mieux de m’obéir. Ce serait dommage d’avoir à vous tuer sachant que la Horde arpente nos terres. »

Pris à son propre piège, le fusil du meneur s’abattit par terre. Il avait trop sous-estimé l’adversaire. Déstabilisés, les autres tireurs l’imitèrent. Bien que le second clone ne fut pas armé, il constituait une grande menace pour les espions.
Si Kuraï fatiguait, c’était parce qu’il, grâce à sa vélocité exceptionnelle, avait créé deux illusions de lui-même. L’une marchait avec ses frères d’armes tandis que l’autre suivait discrètement ses assaillants, jusqu’à devenir invisible parmi les futaies. Au moment de la capture des Mystik, il s’était dissimulé derrière le deuxième groupe. En quelque sorte, il encerclait ses antagonistes.
En un clin d’œil, les deux doubles s’évanouirent, et l’élémentaliste réapparut au centre de l’attroupement.
« A la moindre inadvertance, je vous élimine tous. Menaça-t-il, le regard sévère. Maintenant, passons à des choses plus…laborieuses. Qui êtes-vous, d’où venez-vous et que voulez-vous ?


-Je crois que nous nous sommes fait avoir, et en beauté... Réalisa le vétéran. Bien, nous n’avons pas d’autre choix que de collaborer. Nous sommes la garde supérieure du roi Nékélas, de Brintals. Nos éclaireurs vous ont aperçus il y a peu. Vous veniez de loin, très loin même, avant de chuter dans cette forêt. Notre tout-puissant monarque sentait une présence vivante dans Zakamir et a su qu’il n’y avait qu’une personne capable de résister aux assauts démoniaques. Il nous a envoyé vous chercher, Kuraï.
-C’est trop d’honneur. Ironisa celui-ci. Et pourquoi ?
-Maître Nékélas veut fonder la capitale de la résistance. Le rassemblement aura lieu dans la cité impériale. Nous ne formerons qu’une seule masse de défenseurs et nous détruirons les démons. Le roi Nékélas veut savoir si vous vous prendrez à la fête. Il attend une réponse rapidement, avant douze heures.
-Hu ! Vous êtes sûr que Nékélas est roi ? Se moqua le bretteur de la fonction du monarque.
-Ne parlez pas de Maître Nékélas de cette façon ! Vous pourriez le regretter !
-Mais en ce moment, il vous serait préférable de mesurer vos paroles, car vous n’êtes pas en position de supériorité. Se moqua l’élémentaliste. Nous ne nous joindrons pas à son petit plaisir. Notre réponse est négative.
-Bien. Nous repartons en lieu sûr fournir votre décision à notre monarque. Dit un second homme masqué qui, visiblement, venait de couper son équipier. Mais avant, veuillez de nouveau réfléchir à sa demande. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. Vous avez… douze heures ! »

Aussitôt, les six gardes repartirent par la voie des cieux et se confondirent parmi les feuillages pour devenir invisibles.


Bouche bée, les Mystik n’avaient pas osé dire un mot à propos de cette conversation. Ils étaient choqués de la réponse de Kuraï, mais en plus, ils s’étaient fait bernés en beauté. Le guet-apens était parfait, mais un élémentaliste de ce rang trouve toujours une faille dans les techniques adverses. Pourtant, les deux combattants avaient commis une erreur de débutant, et ils s’en voulaient, surtout Otaka qui rêve de puissance…

Après avoir découvert un étroit sentier, Birbon, dorénavant en tête du groupe, s’arrêta.
« Explique-moi ta réponse, Kuraï. Exigea-t-il. Je ne comprends pas pourquoi tu as refusé l’invitation à un futur bal qui mêlerait démons et Otramiens.
-Raisonne. Tu ne comprends pas que, si tous les survivants sont réunis en un même point, Wildfar aura atteint son but. Il est vrai qu’en petit groupe, nous ne valons pas grand chose, et la Légion doit se dispatcher de façon équitable pour nous éliminer. Mais si toutes les forces sont jointes au même endroit, Wildfar n’aura qu’à concentrer toutes ses forces à ce point, et il sera sûr de remporter la victoire.
-Autrement dit ?
-Lorsque l’assaut sera lancé, ils seront perdu, et tous les espoirs de ce monde avec… si nous nous trouvons avec eux. C’est pour cela que j’ai décliné l’offre. Il faut bien qu’il y ait six survivants en plus de Jungix et de Takajy. »


Rien à redire. Ses arguments tenaient la route et, bien qu’il s’opposât contre le destin de son monde, il le faisait pour son bien.
La petite troupe continua d’avancer le long du chemin. Le paysage était toujours le même : des arbres gigantesques qui masquaient la plupart de la lumière, la flore environnante se constituait uniquement de fougères, de feuilles mortes. Rien de très gai…
Après avoir marché plusieurs heures, le meneur terrestre s’assit.
« Fiu ! Je suis complètement K.O. Avoua-t-il. Faisons une pause.
-Bonne idée. Admit Birbon. Nous ne nous sommes pas réellement détendus depuis…plusieurs semaines…Au fait, où allons-nous ? Notre destination étant la cité impériale, je pense qu’il vaut mieux abandonner cet objectif.
-Une seule personne peut nous indiquer la route à suivre pour lutter contre cette armée luciférienne. Dit Kuraï. Cependant, je ne sais pas comment faire appel à lui. Je me souviens que Pracad avait prononcé des mots dans une langue bizarre. Ca commençait par… euh…kälae dahkha grimhãr, je crois. Mais après…Confia-t-il en haussant les épaules.
-Après c’est le bide total. Plaisanta Fred.
-Il manque une partie considérable de l’invocation. Mieux vaut abandonner et se creuser la cervelle. »

Il alla s’asseoir sur une souche d’arbre et réfléchit, la tête entre les mains. « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous ». Les gardes pouvaient revenir n’importe quand, et là, ce serait la tuerie.
Un rayon de lumière illumina le layon. La nuit tomberait d’ici quelques heures et il se pourrait que l’aube soit rouge. Une journée passée à marcher…inutilement.
Les éclairages se reflétaient sur le sol. Quelle heure était-il ? Les rayons lumineux devinrent très vite insupportables. A force, ils pourraient se faire localiser aisément.
Un cliquetis et des bruits de pas résonnèrent. Une ombre apparue, et une forme Otramienne se dessina progressivement. Pract devint ahuri devant la nouvelle silhouette.

« Je n’ai pas beaucoup de temps. Si Myggdrar apprend que je suis venu vous soutenir, il débarquera sur l’Otram et ce sera l’apocalypse. Heureusement, il est très occupé en ce moment, et je me dois de vous renseigner prestement. »
Le bâton de puissance, une toge blanche, une longue barbe, cette personne ne pouvait être que…
« Deossa ? Réalisa l’épéiste. Mais comment… ?
-Je vous observe dès votre atterrissage en ce lieu, et j’ai ouï le début de l’invocation. Vous êtes les espoirs de ce monde. Sans vous, il est perdu, et les anges noirs vaincront. Il faut faire au plus vite. Quelque part dans cette forêt se trouve la grotte suprême. Comme son nom l’indique, à l’intérieur se trouve un équipement surpuissant qui vous conviendra. Cherchez et dénichez les armes ultimes. Ainsi, vous deviendrez beaucoup plus fort et vous sauverez les Otramiens, enfermés dans la disquette de Wildfar.
-Pardonnez-moi de vous interrompre, grand Maître. Intervint Otaka. Ne dit-on pas de cette grotte qu’elle avala les aventuriers impromptus ? C’est ce que l’on en déduit, depuis que nous savons que personne n’en est jamais revenu.
-Pourquoi vous mentirais-je ? Déclara la Divinité. Faites vos choix. Allez quêter ces armes ou joignez-vous à Nékélas. Faites le choix qui vous semblera le plus approprié…… Je suis déjà resté trop longtemps parmi vous, ma présence peut être décelée à tout moment par le dieu des enfers. Puissiez-vous accomplir ce que nous avons toujours prié : détruire le mal qui ronge ce monde. »

Aussi rapidement qu’il était venu, Deossa recula de quelques pas, se transforma en globe lumineux et fuit vers les cieux.
L’élémentaliste de l’air n’en croyait pas ses yeux. Le dieu tout-puissant arrive sans prévenir, reste une minute et repart tout aussi vite.
« Bah ça alors ! Dit-il. Il est gonflé !
-Que faisons-nous Kuraï ? Questionna Otaka. Deossa ne peut nous induire en erreur, mais, personne n’est jamais revenu de ce lieu.
-Sais-tu seulement pourquoi ? Attesta celui-ci. Ces armes sont difficiles à trouver, très difficiles, et elles sont réservées aux… élus dirons-nous. Tous ceux qui ont touché un jour les équipements sont morts. Et lorsqu’ils ont réintégré l’Otram lors de leur résurrection, ils n’avaient plus souvenir d’avoir fait une quelconque expédition. Deossa nous a garanti que ces armes nous étaient réservées, et en plus, il nous déblaye le chemin. Nous ne croiserons aucun obstacle, sauf les gardes impériaux peut-être. Je n’ai qu’une seule chose à dire : allons-y ! »


Après cette rencontre inopinée, les Mystik avaient désormais un but : la grotte suprême. Les armes ultimes, tant convoitées, allaient bientôt leurs appartenir. Cependant, le problème des gardes impériaux demeurait là. Au lieu de tous s’unir contre la Horde, ils devraient s’entretuer, donc affaiblir l’Otram. Quelle folie a frappé Nékélas ?!!

Encore des heures de marche monotone sans croiser le moindre ennemi. Devant un environnement toujours similaire, ils avaient l’impression de tourner en rond, bien que ce ne soit pas le cas. Deossa avait dit vrai -normal pour un Dieu : la route se faisait sans encombre.
A présent, il ne restait plus qu’à attendre les espions impériaux, et ensuite, il faudrait piétiner le sol de cette forêt plusieurs jours. La divinité les avait beaucoup aidé. Mais pourquoi courir le risque de provoquer l’apocalypse pour si peu d’informations à transmettre ?
« Nous sommes les seuls espoirs. Songea Kuraï. Et ce que les anges noirs entreprennent depuis des siècles est en train de se réaliser. »
La dieu a ajouté aussi que Myggdrar était très occupé. Sur quoi travaillait-il ? Quel projet démoniaque voulait-il mettre en application ?

Cela ne servait à rien de se poser tant de questions, vu que les réponses paraîtraient probablement sous peu.


Le feuillage des arbres se mit à remuer. Les voilà. Ou plutôt… le voilà. L’espion le plus âgé tomba du ciel, exécuta une roulade et se réceptionna sur un genou. Dans sa chute si véloce, des feuilles se détachèrent des longues branches et glissèrent lentement, trop lentement vers le sol.
« Cela fait douze heures que vous réfléchissez. Annonça-t-il. Veuillez me faire parvenir votre réponse. Rejoignez-nous et vainquons l’ennemi ensemble, ou rebellez-vous et mourez ici et  maintenant !
-Je valide mes dires. Rétorqua le bretteur. Vous périrez seuls face à ces démons.
-Je suis désolé, mais nous sommes obligés d’en finir. Prenez garde, car nous pouvons attaquer n’importe quand… » Alarma-t-il avant de repartir par où il était venu. Les feuilles avaient parcouru la moitié de leur trajectoire avant d’atteindre le plancher des vaches.

« Ils ne nous assaillent pas maintenant ? S’interrogea Fred. Ils veulent nous troubler ?
-Je ne pense pas. Par contre : faites attention, protégez-vous, et laissez-les moi. Ordonna l’élémentaliste. Ils vont apprendre à nous connaître.
-Mais pourquoi les éliminer, alors qu’eux-mêmes pourraient tuer d’autres monstres ? Interrogea Pract.
-Parce qu’entre eux et nous, c’est notre groupe qui a la capacité de tuer un maximum de ces ordures. Bref, protégez-vous. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Des ondes soniques aériennes naquirent autour de l’interlocuteur du héros, qui brouillaient sa silhouette. Le guerrier terrestre s’enveloppa d’une robe de pierre ; Drago s’emprisonna avec les combattants du feu et de l’eau dans un cube de cristal. Les feuilles accélèrent soudain leur descente pour atteindre une vitesse horrifiante. Les contours acérés comme des lames de rasoir, elles avaient pour cible le seul homme qui ne s’était pas préparé à se défendre. Elles transpercèrent Kuraï de toute part, le lacérant le plus profondément possible. Pourtant, la menace passée, le corps de l’élémentaliste trépassa et s’effondra sur lui-même. La tête effleurant le sol, elle fit exploser chaque membre, et projeta dans toutes les directions de petites sphères électriques qui absorbèrent tout ce qu’elles touchaient. Trois ninjas tombèrent dans les fourrés, une dizaine d’autres se rendirent sur la place, aux côtés des Mystik immobiles en position défensive.


« Mais c’est impossible ! S’exclama un jeune guerrier. Où est-il ? »
Un sabre pointé vers le sol, l’épéiste fondit à travers les arbres pour assaillir ses opposants depuis le ciel. Il déclencha trois éclairs phénoménaux d’une main qui foudroyèrent un homme, sans qu’il ne puisse réagir, et retomba, un genou à terre -pour se moquer de l’effet ringard du vétéran-, l’arme plantée dans le plancher. Un cercle se dessina tout autour de lui jusqu’à ce qu’il englobe la totalité des attaquants.
« Technique foudroyante : le puits d’éternité ! »

Un arcane de type mi-électrique mi-ombre. Le côté obscur du passé de Kuraï commençait à se révéler. Cette portion de forêt s’évanouit et laissa place au vide infernal. Toute la zone marquée par le cercle de puissance disparut, aspirant les gardes impériaux qui ne purent rien faire. Les cinq Mystik, flottant, observaient cette technique avec effroi : en l’utilisant, il était très facile de tuer. Cependant, elle n’avait qu’un défaut : le temps de l’incantation durait au moins cinq secondes…
La terre reprit son aspect normal, les cinq guerriers firent s’évanouir leur défense. Ils accoururent auprès du héros.
« Je ne savais pas que tu connaissais un tel arcane ! S’émerveilla Birbon.
-Moi non plus. Je pense que je viens de l’apprendre, mais je ne peux pas te dire de quelle façon.
-Et où sont-ils passés ? »

D’un revers du bras, la tête baissée, Kuraï désigna derrière lui un couloir inter-temporel violet, qui ressemblait à un typhon d’espace-temps. De là émergèrent une douzaine de cadavres, le corps inerte du dernier ayant échappé à cette torture. Les visages étaient défigurés, des membres jonchaient le sol, les yeux leurs avaient été retirés avant leur décès. D’autres perforations maquillaient les morts à chaque partie de leur corps. Personne n’osait s’imaginer la souffrance qu’ils avaient endurée…

« Mon dieu ! C’est horrible ! » S’exclamèrent en cœur les cinq combattants.

L’Invocateur restait pensif, mais perturbé.
« Mais comment Deossa a-t-il fait pour m’enseigner une technique si puissante sans que je ne le sache ? Songea l’Invocateur, haletant, des gouttes de sueur perlant sur son visage. C’est impossible ?!! Mon passé serait-il en train de ressurgir ? »

.
..






Mauvaise nouvelle: le fichier sur lequel était le chap suivant a disparu, donc faut que je refasse tout. Bref, manque de motiv, d'idée précise, toussa toussa, donc va falloir patienter un moment :/
Posté par Molock le 04-05-2007 à 20:22
Avatar de MolockLa question des points disputés par les Mystics est assez marrante.

La manoeuvre de Kuraï pour fourvoyer ses ennemis a été un passage qui m'a fait sourire : on n'avait pas revu sa ruse depuis un moment. ^^ Sa réponse aux envoyés du roi est déconcertante mais on voit là encore qu'il a une grande cervelle malgré son côté impulsif.

Je valide mes dires --> J'ai bien aimé cette phrase très PC.LOL

Le puit d'éternité : on découvre que les origines noires de Kuraï ressurgissent. ^^ La question de l'enseignement de Deossa laisse aussi pas mal de suspens. Bref, chapitre toujours aussi réussi. ^^
Posté par Kikart le 19-06-2007 à 12:01
Avatar de KikartAprès une longue absence, j'ai eu le courage de corriger le chap suivant que je publie maintenant. Il est ptêt un peu long, mais j'ai bien aimé ce que j'avais écris en le relisant :p



Chapitre 27 : rebelle et séditieuse

Comme si la Légion ne suffisait pas, les vivants se rebellaient contre les Mystik. Les derniers espoirs de ce monde arpentaient alors les sentiers ardus de la forêt de Zakamir. Jamais ils n’avaient croisé quelqu’un, sauf les quelques gardes impériaux qui avaient perdus la vie lors de l’exécution de la technique « le puits d’éternité ». Cet arcane, bien qu’existant pour chaque élément, inquiétait l’élémentaliste. Sous forme aquatique, il se réalise d’une certaine manière ; sous forme glaciale d’une autre façon et ainsi de suite pour chaque puissance différente. Cela consomme beaucoup de mana, requiert un long temps d’incantation, et en prime, il inflige des dégâts internes au corps du lanceur.

Kuraï avait comme été forcé d’invoquer cette technique, malgré sa volonté d’utiliser la foudre céleste. C’était son souhait, mais pourquoi n’a-t-il pas pu le réaliser ?

Il devait trouver une réponse à sa question, et vite. Mais le pire n’a pas été dévoilé…

Sa « technique foudroyante » n’avait pas même fonctionnée. Le résultat n’aurait rien changé, mais ce n’était pas le problème. L’arcane devait être de type électrique. Or, il était de type mi-électrique, mi-ombre. En combinant ces deux éléments –l’ombre étant seulement maniée par les anges noirs, on découvre… la foudre chaotique !
Kuraï avait été élevé chez les séraphins maléfiques avec Wildfar. Mais ce fut lors de sa première existence, lorsqu’il arborait la terre de ce monde pour la première fois. Comment un passé si lointain pouvait-il le rattraper de cette manière ? Il agissait contre sa volonté…
Mais en y réfléchissant bien, une seule personne pouvait jouer avec son âme de la sorte : la divinité de la foudre, Volt. Mais dans ce cas, pourquoi agissait-il ainsi ? Etait-il corrompu par une source maléfique ? Sûrement. C’était la seule réponse crédible…mais dans ce cas, par qui ?


Kuraï maugréa. Le moment était mal choisit pour songer à de telles choses, surtout qu’au fur et à mesure de leur avancée, ils approchaient de la cité impériale. Le danger pouvait donc survenir plus souvent, n’importe quand. Et justement…
« Nous sommes suivis. » Intervint Fred.
L’Invocateur émergea de ses songes. Il n’avait pas fait attention à ce qu’il se passait autour de lui, mais pourtant il ne percevait aucune menace.
« Je ne ressens rien. » Contredit-il.

Un buisson remua. Les ronces l’enrobant s’agitaient avec le vent qui se levait. Elles semblaient comme possédées par un esprit. Soudain, elles filèrent en direction de Pract. Protégé par un mur d’air, les tiges épineuses se frottèrent à la protection du mage et furent automatiquement renvoyées à leur expéditeur. En parallèle, l’élémentaliste terrestre croisait ses mains tapait le sol de son pied. De forme triangulaire, un long sillonne s’échappa et percuta un arbre, qui s’écrasa près de l’ennemi.
« J’avais bien raison. Dit-il. Quelqu’un nous précédait…
-Pourtant, aucune énergie maléfique n’émane de cette zone. Analysa Kuraï. Notre attaquant n’est ni un démon, ni un espion du roi Nékélas. Allons voir qui est ce nouvel arrivant. »  


Sûr de lui, il fit quelque pas en direction de l’individu. Le maître de la terre et celui de l’air le suivirent, non sans méfiance. Les autres restaient en retrait, au cas où le pire arriverait. Le bretteur écarta deux fougères sur son passage, passa derrière un arbre et se retrouva face à…
« Une bogue ? »
Etonné, l’épéiste s’approcha de cette enveloppe épineuse. Des pics mesurant la longueur d’un bras étaient sortis de toute part, conférant à la capsule une défense absolue. D’un teint entre terre et sable, le matériau qui la composait semblait inconnu.
« Qu’est ce qui a bien pu former une telle protection ? Murmura Fred. Ce n’est pas l’œuvre de la terre, et les manieurs du terrifiant pouvoir qu’est le sable sont très rares.
-Tout cela ne me dit rien qui vaille… » Admit l’élémentaliste aérien, qui armait une lame de vent.

Toujours sans crainte, l’Invocateur tourna autour de la boule, cherchant un endroit plus faible qu’un autre pour l’assaillir. Mais rien. Pas la moindre brèche.
« Que faisons-nous alors ? S’impatienta Pract. Je la découpe ?
-Inutile. La personne qui est à l’intérieur a visiblement eu peur. Elle doit être une magicienne très puissante, très respectée pour maîtriser un tel élément. L’eau, le feu, la terre et l’air sont les plus répandus. Non loin d’eux se trouvent la foudre, la glace, et la lumière, bien qu’un peu plus arriérée. L’ombre est le résultat de la maîtrise des techniques maléfiques des anges noirs, ils sont seuls à pouvoir manier cette puissance. Et enfin viennent le temps et le psychique, que seuls les dieux utilisent. Pourtant, il existe des éléments naturels, et rares sont ceux qui se battent avec. Le sable en fait parti ; et je crois bien que celui qui nous a lâchement attaqués possède la nature. C’est un druide, en quelque sorte.

-Les druides… Répéta Fred, soucieux. Avoir pour ennemi un druide dans une forêt n’est jamais bon. Il faut s’en débarrasser au plus vite !
-Mais avant, il faut connaître ses intentions. Birbon, rafraîchit-nous un peu tout ça, veux-tu ? »

Le guerrier aux cheveux bruns précéda le duo restant. A hauteur de Kuraï, il écarta les jambes et mit ses mains en position de prière. Lorsqu’il prononça les mots de puissance, le sol prit une couleur plus foncée. Très rapidement, ce marron ténébreux fut englouti sous une fine ligne d’eau. Elle s’épaissit et finit par enrober le pied de la bogue, prise au piège. Des bulles revinrent à la surface, comme si le liquide chauffait. Puis, les flots devinrent plus dangereux, et quand Birbon éloigna ses bras l’un de l’autre, tel un geyser, une colonne aqueuse s’éleva de la terre pour atteindre la cime des conifères.

Le maître de l’eau reprit une position normale ; Kuraï matérialisa une longue lame électrique et élança sa main vers l’enveloppe. En procurant des efforts moyens, il voyait l’épée s’enfoncer dans cette matière ignorée des Mystik. Le manche seul restait à l’air pur. Le tranchant avait pénétré la sphère, et le causeur de cette action ordonna à l’un des siens d’aller voir à l’opposé.
« Oui, elle ressort. »
La pointe de la lame émergeait à l’autre bout, la bogue était scindée en deux.
Le bretteur effectua un quart de tour à son poigné, et une intense décharge électrique se répandit autour du tranchant, libérant une aura surpuissante. La coque ne résista pas longtemps face à cet impact.
« A présent, ce n’est qu’une question de temps. »

Seul Kuraï restait confiant. L’épéiste terrestre armait des ondes ce choc, Drago s’apprêtait à faire déferler une pluie de coutelas de glace, le guerrier du feu préparait une incantation qui allait tout détruire –même la forêt, ce qui faisait peur aux autres- , celui du vent voulait démarrer un cyclone, ce qui emprisonnerait sa cible, alors que Birbon voulait foncer au corps à corps.
Quelque soit la suite, et selon l’attitude du prisonnier, il n’aurait aucune possibilité de s’échapper. Malgré son air désinvolte, en y regardant bien, on pouvait discerner une image brouillée de l’Invocateur. Il s’était dédoublé et avait distillé quelques uns de ses clones dans la forêt pour ne laisser aucune chance à la cible.

Soudain, la boule craqua. Toute l’attention était dirigée vers cette mystérieuse coque. Que se passerait-il lorsqu’elle serait totalement ouverte ?
Les morceaux s’écroulaient. Même minces, on distinguait une silhouette à l’intérieur. Fred retint une exclamation. De la sève ! Ce magicien puise la sève des arbres pour se former une protection dure comme de la pierre et qui se pénètre difficilement.
La moitié de la bogue était tombée. Kuraï se mit au premier plan. Autant que ce soit lui qui reçoive les attaques, s’il y en a, car ce serait moins grave.


Le soleil tapait dans cette direction. L’élémentaliste était le seul à voir la silhouette, dans les détails. Une jeune fille d’environ dix-sept ans s’était blottie dans la boule, par réflexe défensif. De taille moyenne, elle avait de courts cheveux roses, des yeux d’un vert qui reflétait l’image de la nature. Elle portait un vêtement sans manches, rouge aux motifs blancs –qui évoquaient eux aussi la nature- et un pantalon bleu, couleur de l’océan. Elle n’avait pas de bottes, comme les Mystik, seulement de bonnes sandales. Toute mince, elle ramena sa fine main devant elle. Tendant son bras, une auréole verte naquit dans sa paume et l’entoura, comme si elle cherchait à éloigner l’épéiste. Mais cela ne servait à rien, car avec sa délicatesse hors du commun, Kuraï lui empoigna le bras, la tira brusquement vers lui et la plaqua à genoux, sa main derrière le dos. La lueur avait disparue. Pourquoi ?

Otaka, qui se préparait à combattre un ennemi de son niveau, restait bouche bée devant une fille aussi mignonne.
L’Invocateur, qui maîtrisait l’adolescente, s’apprêtait à lui poser quelques questions, quand son compagnon, déçu par cette découverte, lui demanda :
« Qu’en penses-tu ?
-Elle n’a pas de sein. Ca fait moche.
-Je crois qu’elle a eu sa dose d’émotion pour la journée, pas la peine d’en rajouter. Participa Fred.
-Ca doit être caché sous son vêtement. Bref, qui es-tu et pourquoi nous as-tu attaqué ?
-Je viens de Brintals, la cité impériale. Coopéra-t-elle. Le roi Nékélas veut pister tous les survivants de la guerre pour livrer l’ultime combat…à Brintals. J’ai désapprouvée son idée, donc je me suis enfuie. Mais si je ne suis pas avec lui, je suis contre lui. Ses hommes me pourchassent pour m’éliminer. » Conclut-elle. Elle parlait très rapidement et semblait apeurée.

« J’ai l’impression avoir déjà vu cette scène. Ironisa Fred.
-Il veut former la capitale de la rébellion. Comprit Drago, de sa voix rauque. Il faut l’en empêcher, mais ce doit être trop tard.
-Tu nous as attaqués car tu croyais que nous étions ses espions ? Voulu comprendre l’épéiste.
-Je préfère prendre les devants. Avoua la jeune femme. Je ne suis pas de taille à lutter contre plusieurs petits groupes organisés, je m’épuiserai vite, donc mon mana s’écoulerait très vite. Et sans magie, je ne suis plus rien.
-Vous autres druides devez avoir beaucoup de mana. Mais comment faites-vous appel à la nature ?
-En confiant une certaine quantité de magie à la flore, elle m’obéit, se nourrissant de ces ressources. Mais sans cela, je ne suis plus rien. Je me bats au corps à corps avec une longue dague, mais je ne trouve pas mon centre d’intérêt là-dedans.


-Kuraï, elle fait équipe avec nous ? Demanda Pract, qui avait sans doute remarqué le regard du guerrier envers l’adolescente.
-Quel est ton nom ? Interrogea le bretteur, sous le charme du druide.
-Aïla. Et je serai ravie de faire équipe avec vous. Dit-elle en fixant l’élémentaliste, ses joues devenant de plus en plus rouge. Mais quel est votre but et pourquoi n’avez-vous pas rejoint les troupes de mon…de Nékélas ?
-Nous pensons qu’il commet une grave erreur en réunissant tous les Otramiens au même endroit pour livrer l’ultime bataille. Il les entraînera tous à leur perte. Nous avons été contacté par……un ami qui a apprit où se trouvait la grotte suprême, avec les armes ultimes. Après l’affrontement final, nous serons six survivants –dorénavant sept- à errer sur ce monde emplit de démons. Cet ami a donc jugé bon de nous révéler où logeaient les armes ultimes. Une fois en notre possession, Wildfar éprouvera encore plus de difficultés à nous vaincre.


-Etant donné que je ne possède pas vraiment d’arme, je vais vous aider dans votre quête. Après tout, je n’ai pas d’autre choix et rester seul dans ces contrées serait suicidaire. Je vous accompagne ! »


Les Mystik souriaient, sauf Kuraï, qui exprimait –intérieurement- beaucoup de joie à cette nouvelle. Les six combattants légendaires ne seraient plus seuls ; car un druide les suivait, ce qui représentait un atout non négligeable. Ils reprirent leur parcours monotone, les maîtres de l’eau et du feu en première ligne, ceux de l’air et de la terre refermant la marche. Drago, quant à lui, volait de ses petites mais puissantes ailes. Le héros, au milieu en compagnie de l’adolescente qu’il trouvait tout particulièrement sympathique, discutait avec elle, apprenait à connaître son passé, mais surtout ses techniques de combat et ses techniques magiques. Jamais son attention n’avait été aussi relâchée jusqu’à présent. Le fait de parler avec Aïla lui redonnait toute son énergie et il se croyait transporté dans un autre monde, monde qu’il avait déjà connu antérieurement avec Miya. D’ailleurs, qu’était-elle devenue ? Peut-être était-elle morte, comme tous les habitants de Krackor. Mais l’épéiste ne pensa pas longtemps à elle. Son esprit se consacrait à autre chose, à un travail plus intéressant…


La nuit tomba très vite, plus vite qu’ils ne le pensaient. Encore une journée de passée à marcher, marcher et encore marcher, sans croiser le moindre ennemi. La végétation évoluait depuis quelques minutes. Les arbres perdaient en taille et avaient moins de feuilles. Leur teinte habituelle noircissait à vue d’œil, comme s’ils mourraient, leurs forces aspirées par la Légion.
Leur cime atteignait seulement dix mètres à présent. L’élémentaliste, après avoir bavardé plusieurs heures avec Aïla, observait le paysage. Les formes devenaient plus terrifiantes. Une sorte de poudre cristallisée les recouvrait par endroits, et plus les Mystik avançaient, plus le liquide poudreux maquillait les arbres. Une bise fraîche soufflait en permanence. La lumière s’estompait. Les rares feuilles tombaient, comme si on les avait décrochées.


« Je ne pensais pas qu’ils continueraient à me poursuivre en votre compagnie. Dit le druide plein de remords, les yeux baissés.
-Ne t’en fais pas. La consola Kuraï. Ils en ont après nous aussi. »

Les feuilles accélérèrent leur chute et filèrent comme des couteaux acérés.
« Il faudrait qu’ils renouvellent leurs techniques. » Soupira l’Invocateur.
A l’instant où les munitions allèrent trancher les aventuriers, un voile de protection vert les repoussa. L’herbe poussa subitement et devint si haute qu’elle dissimula aisément les Mystik et la magicienne.
« J’aime bien cet arcane. Admit Fred. Et si tu étais seule, que ferais-tu ? »

En guise de réponse, Aïla fit émerger des racines et prononça une incantation. Suite aux mots formulés, les arbres, même morts, s’asticotèrent et se servirent de leurs deux branches principales comme des bras. A leurs extrémités sphériques naquirent des doigts longs et solides.
Les espions commençaient à se révéler, tombant du ciel comme la première fois.
« Je pourrais m’en débarrasser, mais j’aimerais bien que vous m’aidiez à les faire disparaître…à jamais. Réclama le druide.
-A jamais ? Comment veux-tu réaliser une chose pareille ? C’est impossible ! Répliqua Pract.
-A moins que l’on possède les bonnes techniques. Comprit Kuraï.
-Tu as dis toi-même que tu ne savais pas comment tu avais invoqué cet arcane ! Nous voyons bien que tu étais fébrile après, tellement tu avais eu peur de cette…chose.
-Et bien je vais recommencer. Mais si mes appréhensions sont exactes, les cadavres ne réapparaîtront pas, ils demeureront dans un vide infernal. »


A porté de leurs bras, les arbres donnèrent de violents coups, lents mais efficaces, envoyant valser les assassins au loin. Certains en attrapèrent et jouaient avec, passant les corps de branche en branche, malmenant les ninjas comme jamais. Un épineux projeta toutes ses épines dans le cœur d’un espion, qui s’effondra et chuta dans les hautes herbes. Mais ils continuaient à affluer, toujours par les airs.
« Mais combien sont-ils ? Dit Drago, impressionné. Nékélas serait devenu fou au point de sacrifier la vie de tous les survivants pour nous tuer !?
-Ou alors c’est une technique de décuplement. Décela Otaka. C’est tout à fait possible de créer des centaines, voire des milliers d’hommes, à partir de quelques ninjas très entraînés. Ils seront forcés de se montrer à un moment donné. Mais ils sont condamnés. Soit ils se découvrent, et meurent prestement comme les clones, soit ils attendent, effectuant toujours le même arcane, et n’auront plus de magie.
-Sauf si leur réservoir est plus profond que tu ne le penses. Répondit Pract, maître du mana. Ils ont sûrement plus de ressources que nous tous, et puis…nous ne connaissons pas leur nombre…
-Avec la défense que nous avons, il ne nous arrivera rien. Reprit Otaka.
-Mais Aïla faiblie… » Réalisa Kuraï, qui matérialisait un sabre.


Le druide épuisait ses dernières ressources magiques. Les arbres étaient moins puissants, moins réactifs, et laissaient échapper beaucoup plus d’ennemis. Mais heureusement, les racines, telles des tentacules visqueuses, agrippaient les assassins au niveau des jambes et les faisaient tournoyer avant de les fracasser contre de l’écorce dure. Les plus voraces leur injectaient du poison, ou aspiraient leurs fluides magiques. Et pourtant, le spectacle ne s’amplifiait pas. Les herbes culminaient à trois mètres de hauteur, protégées par une dizaine de racines qui mesuraient le double. Les quelques arbres fatiguaient ; Aïla perdait son contrôle.
« Arrête ! Lui ordonna l’Invovateur. Tu deviens trop faible. Je vais m’en occuper. »

Le druide, épuisé, avec une quantité de magie presque nulle, s’assit parmi la haute végétation, qui se tassait petit à petit.
Erreur fatale de la part des attaquants : peut-être que leur mana leur manquait aussi, mais bien qu’en surnombre, la pluie d’espion s’arrêta. Les vrais se confondaient avec les dizaines de doubles, et tous s’apprêtaient à porter le coup de grâce.  
Plus rapide qu’eux, une silhouette avait bondie dans les airs, remontant le courant de clones. Ne faisant pas attention, ceux-ci ignorèrent l’ombre, croyant que c’était le fruit de leur imagination et poursuivirent leur descente. Mais lorsqu’ils atterrirent, ils rencontrèrent six personnes enveloppées d’un manteau de pierre.


Lorsqu’un Mystik s’enrobe d’une couche de pierre, celle-ci est presque impénétrable. Mais pourquoi se défendre, alors qu’ils auraient pu contrer leurs assaillants sans difficulté majeure ?
Les doubles ne savaient pas parler, seuls les originaux le pouvaient, comme tout Otramien -et Terrien par la même occasion. Si l’un d’entre eux s’exprimait, il serait immédiatement repéré, tué, et tous les clones de cet individu disparaîtraient alors.
N’ayant pas la capacité de penser, les fausses images regardaient autour d’eux, cherchant un quelconque ennemi, tandis que les vrais espions réfléchissaient tout en les imitant, pour ne pas être découverts. Toutes les précautions étaient prises, mais à quoi cela sert s’il faut les garder indéfiniment ?


Un tourbillon d’air surgit, emportant les feuilles mortes jusqu’au firmament. Les assassins se protégeaient les yeux et tentaient d’apercevoir l’épéiste, mais il n’y avait personne.
C’est alors que, usant la même technique d’assaut, Kuraï fondit sur les espions. Il retomba en piqué, sa lame dans le sol, en plein milieu du tas d’antagonistes.

Un cercle avec un diamètre plus grand que celui de la fois précédente se dessina, englobant tous les adversaires. Des cris stridents à glacer le sang retentirent ; des goules fantomatiques apparurent, déguisés d’une longue cape sombre. Dissimulant leur faciès, lévitant à une poignée de centimètres, ils plongèrent sur les assassins, s’attachant à leurs jambes. Ceux-ci tentèrent de se débattre, et en parallèle, virent leur visage. On pouvait deviner qu’ils portaient un masque de bois, sur lequel étaient dessinés deux horribles ronds noirs qui servaient d’yeux. La moitié inférieure du visage celée sous des bandages, leur bouche restait invisible. Pourtant, malgré les apparences, le matériau qui les composait n’était pas du bois…mais de la chair humaine, ternie au fil des années !

Lorsque les regards du chasseur et de la proie se croisèrent, le goule repoussa un cri. Les membres des ninjas ne leurs obéissaient plus. Comme tétanisé par la peur, l’immobilité les clouait au sol. Leur cerveau avait du être endommagé, et c’est pour cela qu’ils ne se mouvaient plus.

Des hiéroglyphes maculèrent la terre à l’intérieur du cercle de pouvoir. Une étrange aura dorée émanait du centre, là où se trouvait l’Invocateur. Il combattait ses doutes, ses craintes d’échouer. Si la technique ne lui obéissait pas, il se retrouverait un instant sans défense, et il est possible que Fred ne soit pas assez rapide pour dégager les Mystik de leur enveloppe rocheuse. Mais si l’arcane réussissait, alors Kuraï n’aurait plus de doute à avoir : son passé en tant qu’ange noir resurgirait…
« Je ne dois pas échouer ! Je ne dois pas échouer ! Pour l’Otram…… pour tout ces innocents morts au combat… contre Wildfar ! Je dois y arriver ! »

Il fit le vide dans son esprit, et l’aspect de la forêt devint plus terrifiant encore. La lumière disparut, les formes s’estompèrent. Le noir emplissait la vision de chacun. Seuls les personnages au cœur du cercle étaient éclairés, avec les hiéroglyphes qui rayonnaient d’une lumière blanche et pure.
Un halo en forme de bague se décalqua de l’arcane circulaire et se transforma pour ne devenir qu’un petit globe au centre de l’action. Il se posa au-dessus du crâne de l’élémentaliste, toujours très concentré, inhala les fluides magiques du héros, et s’envola de nouveau, plus puissant. Il atteignit les cinq mètres et stagna. Des courants électriques très lumineux s’évaporèrent du cercle terrestre et tissèrent des fils de courant pour former un cône.

La technique ressemblait à celle de l’indignation. La seule différence était que l’une affaiblissait l’adversaire, l’autre l’envoyait dans le néant à tout jamais.
L’air se dissipait ; seul assez d’oxygène restait pour les vivants. La chaleur corporelle quittait les corps. Plus personne –y comprit Kuraï- ne ressentait le chaud ou le froid. L’atmosphère entière semblait se métamorphoser. Et enfin arriva le moment…
« Technique obscure : le puits d’éternité ! »
Le sol se déroba, aspirant tous les espions, et gardant en lévitation les guerriers enrobés de leur voile rocheux et l’Invocateur. Tous les assassins s’engouffrèrent contre leur gré dans l’effroyable tunnel de l’oubli, dans un hurlement commun. Plus jamais on ne les reverrait, jamais on ne retrouverait leur dépouille…


Le plancher se raccommoda, la lumière se filtra au travers des arbres. Les Mystik, à présent libéré de leur impénétrable protection, recouvrèrent leurs sensations. Le vent soufflait de plus belle. Tout était redevenu normal.
Personne n’osa prononcer un mot sur ce qui venait de se produire. Le bretteur était exténué après cette expérience, Aïla n’avait plus de mana, et par conséquent son état rejoignait celui du héros ; les autres élémentalistes étaient déboussolés.

Ils reprirent leur marche, silencieusement. La tête des Mystik tournait légèrement, et ils ne marchaient plus très droit tant l’intensité de l’attaque était élevée.
Ils parvinrent rapidement à quitter la forêt pour dénicher un pan de montagne terreux.
Le soleil n’allait plus tarder à se coucher, la fraîcheur se réhabilitait à l’entourage. Culminant à plusieurs dizaines de mètres de la seconde partie du bois, les sept survivants observaient le paysage, sans dire mot. Au loin se trouvaient les montagnes, de hauts pics enneigés en permanence, et plus bas naissait la forêt dont les arbres poussaient et mouraient sans cesse. Un vrai étalage de végétation… si les arbres avaient eus des feuilles. Leur aspect reflétait l’image de la mort.
« Wildfar a dû passer par-là… » Médita Birbon pour lui-même.          

Perchés sur leur colline, les Mystik contemplaient le paysage, tandis que Drago créait un passage de glace pour entamer une descente calme et rapide. Ils s’engagèrent sur le toboggan  et le dévalèrent sur les fesses jusqu’au pied de la montagne.


Parvenus en bas, Fred repéra une cavité dans le creux de la colline.
« La nuit va tomber, on ferait mieux de monter un camp ici, non ? L’odeur de la pierre me paraît pure, et nous serons à l’abri.
-Bonne idée. Approuva Pract. L’air est aussi pur que la pierre, nous serons en sécurité. Il serait bien que nous élaborions un plan pour demain. Je vais chercher du bois, nous avons de l’eau et du feu, et nous en discuterons. »

Le mage s’enfonça dans la forêt, encore verte sur ce terrain, et collecta de quoi se chauffer.
Le recoin dans lequel ils dormiraient était sombre, petit –suffisant pour une dizaine de personnes collées les unes aux autres- mais très ouvert. Le plafond dominait la pièce de plus plusieurs mètres de hauteur, aucun problème de ce côté. Il se refermait comme une bouche, pour ne laisser qu’une petite ouverture de la taille d’un individu. Suffisant pour se délasser cette nuit, ils seraient à l’abri des soldats de Nékélas –qui avaient le droit de prendre du repos eux aussi- et des créatures de la Légion.

Kuraï partit à la recherche de quelques longues feuilles pour allonger Aïla, qui ne retrouvait toujours pas ses forces. Il devait en prendre soin s’il voulait réaliser son objectif.

Pract revint un quart d’heure plus tard, les bras chargés de bois. Le reste flottait grâce à son pouvoir. Il déposa le tout au sol et demanda à Otaka d’allumer un feu.
« Mauvaise idée que de le faire immédiatement… et dehors. La fraîcheur tombe, mais la fumée monte. Nous serions repérés trop vite. Dépose les brindilles dans la cavité, nous ferons un feu dedans. Fred, toi qui commandes aux roches et à la terre, peux-tu créer une cheminée au plafond pour que la fumée s’y engouffre ?
-Je m’en occupe. On placera aussi plusieurs grandes feuilles pour barricader la sortie. Ca fera une forteresse !
-Tais-toi et creuse. Ironisa le maître du feu. Je vais rattraper Kuraï pour l’aider à prendre plus de munitions. Au boulot ! »


Au retour de l’épéiste, tout était préparé. Les Mystik patientaient dans la grotte jusqu’au déchargement des derniers préparatifs. Le bois, dressé en un monticule, ne demandait qu’à se faire carboniser pour réchauffer de ses douces flammes les valeureux combattants. Drago, attendant le retour du meilleur guerrier de Krackor, tuait le temps en jouant avec une boule de glace dans sa paume. Fred constatait avec satisfaction le trou qu’il avait créé, suffisamment pour que la fumée n’y engouffre, suffisamment haut pour ne pas qu’elle étouffe les dormeurs en retombant. Mais elle n’avait qu’une entrée, la seule sortie possible étant le sommet de la montagne, lieu ou le gaz serait facilement repérable. Pract avait déposé une petite cargaison de bois dans le fond de la grotte qui servirait à alimenter le feu lorsque celui-ci faiblirait. Quant à lui, Birbon était allongé sur la pierre et comptait les minutes écoulées depuis le départ de l’Invocateur.

Kuraï déposa une partie de sa collecte de feuilles de platag près des bâtons bientôt enflammés et abandonna les autres avec celles d’Otaka, devant la sortie. Il s’empressa de les dresser pour former une barrière qui ne laissait passer que l’air frais de la nuit. Le leader du feu s’approcha du bois placé n’importe comment, les rassembla en un tas bien compact et les fit flamber, produisant ainsi une ondée de chaleur bien désirée.
Les très longues feuilles de platag –arbre rare mais qui produit de gigantesques pousses- les masquaient du dehors, il n’y avait plus rien à craindre. L’une à l’endroit, l’autre à l’envers pour dissimuler chaque petit coin, le campement était établi.


Un peu plus tard, tous autour du feu, ils discutèrent de leur stratégie du lendemain. Birbon les alimentait en eau, la nourriture n’étant pas un problème pour eux.
« En me promenant, j’ai étudié vaguement le terrain. Dit Pract. J’ai envoyé un spectre pour explorer la région et j’ai recueilli les informations qu’il avait perçu à son retour. A quelques heures de marches se trouve un arc de fleur assez long, mitoyen à d’autres arcs. Ils marquent la limite de la forêt telle qu’on la connaît. Après, les arbres sont morts et prennent des positions terrifiantes. Des fantômes, ou des ombres, volent de végétal en végétal et ne semblent pas pouvoir sortir au-delà de la voûte fleurie. Les arbres portent presque tous une sorte de poudre cristallisée. Les ombres démoniaques paraissent sortir de là.
-Serait-ce l’œuvre de Wildfar ? Déduit Drago.
-D’après mon esprit, ça ne vient pas de lui. Ces forces surnaturelles habitent la forêt depuis longtemps, mais ne sortent que depuis le passage de Wildfar, nuance.

-Deossa n’était pas censé nous ouvrir le chemin ? Tenta de comprendre Fred.
-Peut-être n’a-t-il pas voulu détruire le travail de Myggdrar, de peur de provoquer une apocalypse. Fit comprendre Otaka. Il aurait été averti aussitôt. Mais cela ne change rien à notre objectif. Mes flammes blanches les carboniseront, spectres ou non, individu matériel ou transparent. Et puis avec Kuraï, nous serons sauvés.
-J’ai autre chose à faire, plus important. Je partirai demain avec Aïla, nous vous rejoindrons quelques jours plus tard. Vous nous attendrez devant la grotte si nous sommes trop lent. »

La discussion prit fin quelques minutes après cette révélation et tous allèrent se coucher.


La nuit se passa sans encombre, puisqu’au lever, tous étaient vivants. Aucun guetteur n’avait été requis pour protéger les autres. Si quelqu’un réussissait à découvrir la cachette, il n’aurait pas eu le temps d’assassiner un combattant que sa tête roulerait sur le plancher.
Pract écarta les énormes feuilles et constata avec allégresse que le soleil venait d’apparaître à l’horizon. Les rayons s’engageaient dans la grotte, sans gêner les dormeurs. Seul en pleine forêt, il mit ses mains sur ses hanches et huma la délicatesse de l’air du matin. Dernière journée de marche avant d’attaquer un dur passage, le pire de cette excursion. La mort les guetterait sans cesse. Ses soldats surgiraient au moment où leurs victimes relâcheraient leur garde pour les envoyer rejoindre le tas de défunts. Une fois pénétrés dans la partie angoissante, les défenseurs de l’Otram n’auraient plus droit au repos, il faudrait tracer jusqu’au bout.


L’élémentaliste le rejoignit.
« Il fait bon.
-Oui, pour l’instant. L’air ne sera plus sain pour très longtemps…
-Il vous reste encore une journée de route, tranquille. Vous devrez arriver au plus vite pour vous reposer un maximum avant d’affronter la mort en face. Ce sont des spectres, qui habitent l’autre partie du bois, n’est-ce pas ?
-Je n’en sais rien. Je me doute seulement qu’ils puisent leurs ressources dans cette poudre, collée aux arbres. Il faudrait tous les détruire pour en venir à bout, mais il y en a tellement que ça nous coûterait trop d’efforts, et trop de temps. Nous ne connaissons pas la puissance de ces êtres. Mais avec Otaka, nous serons en sécurité. Ses flammes blanches peuvent annihiler les esprits les plus immatériels…
-…Et cela consomme beaucoup trop de magie. Il devra être prudent avec cette technique.
-Tu parcoures un bout de chemin avec nous ?
-Non. Réprima l’épéiste, tandis que les autres Mystik, sortis des bras de Morphée, se regroupaient autour du mage aérien. Je fais route vers l’est. Je vous rattraperai quand j’aurai fini mes petites affaires.
-Bien. Et que vas-tu faire ? Tu pourrais nous renseigner.
-Oui, je pourrais. J’exprimerai ma façon de penser à un fou, pour essayer de sauver quelques résistants avant le moment crucial.
-Fais comme tu voudras, mais que je te retrouve sain et sauf ! Nous partons sans plus tarder, alors… bonne chance !
-Inquiétez-vous pour votre groupe. Bon courage, et tâchez de m’attendre devant la grotte suprême. »

Aussitôt dit, aussitôt fait, Pract prit la tête de l’escouade et ils partirent vers la forêt.
Kuraï retourna au chevet d’Aïla, qui dormait paisiblement. Il s’accroupit auprès d’elle et toucha son front. Sa trop forte consommation de mana l’avait épuisée.
Il se releva et se posta à l’entrée de la cavité. Ses compagnons s’éloignaient, on ne les voyait presque plus. L’adolescente devrait reprendre des forces car le héros devrait économiser les siennes pour plus tard.

« Où sont les autres ? » Demanda une petite voix.
Kuraï se retourna et vit son amie, encore allongée, qui étirait ses bras et baillait par la même occasion.
« Ils continuent leur route jusqu’à son apogée : la grotte suprême. Et désolé pour le petit déjeuner, il n’y a rien à manger et Birbon est parti avant de nous restaurer. Peut-être trouverons-nous des victuailles ou un fleuve sur notre chemin, qui sait ?
-Et quel est notre but ?
-Toi aussi, tu es traquée par ses espions. Tu devrais reconnaître le coin lorsque nous y arriverons. Il a envoyé des hommes à la mort, dans l’espoir de me tuer. Je vais lui montrer que lorsque l’on tue un combattant quelconque, il faut avoir une raison valable.
-Alors ? Semblait angoisser Aïla.
-Direction Brintals… »
Posté par Molock le 27-06-2007 à 11:56
Avatar de MolockLé découverte de la jeune fille est assez déconcertante. Super l'évocation de la 'délicatesse' de Kuraï.

Changement radical du héros... On est assez étonné que la froideur du bretteur soit si vite plaquée devant Aïla (un peu trop rapidement d'ailleurs car il est plutôt du genre méfiant et prudent à l'habitude...). Mais on découvre une nouvelle facette de sa personne. ^^

L'éxecution du puits d'éternité est toujours un moment terrifiant. Belle scène !

L'objectif de Kuraï : suspens... jusqu'à ce que le nom de la fin fasse sourire. Mais l'utilité de la druidesse reste obscure... (°_^).

Sinon, chouette chapitre avec pas mal de descriptions sur l'état du groupe et les lieux. On s'y croirait. ^^ Vivement l'épisode suivant !
Posté par Kikart le 06-10-2007 à 17:11
Avatar de KikartChapitre 28 : la fin d’un Puissant

Les majestueux remparts décorés d’ornements dorés se dressaient devant lui. A l’extérieur de la forêt était édifiée la grande cité impériale, là où résidait le roi le plus résistant et le plus puissant que ce monde ait connu : Nékélas.

Une gigantesque rue emplissait la vue du soldat. Empierrée, cette avenue aux motifs géométriques –des losanges- conduisait à la demeure du souverain. Les maisons, de part et d’autre du passage, étaient bâties en briques blanches. De un ou plusieurs étages, il paraissait que seuls les riches vivaient ici. Rares étaient les cheminées, montées sur un toit en tuiles écarlates, qui fumaient à cette époque de la saison. La ville, encore intacte, accueillait les survivants qui avaient le même but que le roi.

Les rues, qu’elles soient étroites ou très larges, regorgeaient de guerriers. L’Otram tout entier n’avait pas subi les assauts effrénés de la Horde. Certains chefs de cités avaient fait évacuer les occupants pour les regrouper au sein d’une même ville ; erreur selon Kuraï.

La grosse panthère à la teinte violette s’engagea dans l’allée. Le gardien juché sur l’animal ne se préoccupait pas des gens qui arpentaient la rue, eux aussi sur leur monture… pour la plupart. Pas de trottoir ni de voiture, que des personnes à pieds ou sur un fauve –comme dans la majorité des cités. Une entrée comme un arc symbolisait la porte du palais. Après avoir grimpé l’escalier, le garde gara sa panthère contre un des pylônes de la voûte et avança au pas de course dans la première cour. Devant lui s’érigeait le château au centre de cette place. L’architecture ressemblait à un manoir de Russie, sur la Terre.
Nékélas sortit de sa demeure et dévala les marches devant la porte d’un pas décidé. Petit et obèse, il portait un manteau de couleur rouge qui chutait sur ses jambes pour s’arrêter à ses pieds. Sa courte mais épaisse barbe blanche reflétait les éclats du soleil et sa couronne était fixé sur sa tête par la force de son aura. Fier, il arborait le charisme d’un grand et puissant roi.

« Alors ? Quel est le résultat ? Rugit-il.
-Négatif, Monseigneur. Kuraï était le seul à se défendre, et il a utilisé une technique qui a avalé d’un coup tous les corps de mes coéquipiers.
-Et toi, pourquoi n’es-tu pas allé au combat ? Tu n’es pas blessé.
-J’y suis allé avec tous mes comparses et nos clones. Mais j’ai été éjecté par une personne qui a rejoint le groupe des six Mystik. Tous les autres se sont fait massacrés, et j’en ai profité pour fuir. Devant une technique si terrifiante, j’étais paralysé de peur.
-Quel est le nom de cette technique ?
-D’après ce que j’ai entendu dire, il maîtrise deux faces : la face électrique, je présume, et là, il a prononcé les mots « Technique obscure : le puits d’éternité ». »

Une minute de silence s’instaura. Le soldat restait droit face à son supérieur, qui plongeait ses yeux dans ceux du guerrier. Les pupilles grises du roi tremblaient, et il semblait questionner l’espion sur l’authenticité de la technique. L’autre répondit par un hochement de tête, validant les inquiétudes du Puissant.

« Mais il maîtrise la partie obscure de cet arcane ! S’il apprend à la manier avec soin, il deviendra plus terrifiant que Wildfar… … Comment un être comme lui peut-il maîtriser une… chose si puissante !?
-J’ai pu remarquer qu’il ne laissait aucune chance à ses attaquants. Le sol se dérobait sous leurs pieds, comme un puits. Je n’ai pas pu voir leurs dépouilles, et j’en déduis que les corps restent dans une autre dimension… pour l’éterni…
-Non ! S’emporta le roi, un air de folie défilant dans ses yeux. Ne prononce plus jamais ce mot devant moi ! Avec une technique aussi puissante en sa possession, Kuraï détient toutes les cartes pour faire échouer le plan qui représente ma vie, mon but : détruire à jamais les anges noirs ! Si tu me parles encore de cet arcane, je t’étrangle…
-Pardonnez-moi, Maître, mais vous n’êtes pas au bout de vos surprises… Redoutait Carot.
-Et qui était la septième personne ? Demanda Nékélas, qui s’apprêtait à être encore plus atterré.
-Justement… pardonnez-moi. C’était le druide, Aïla.
-Oh ! Seigneur ! »



Comme deux frères et sœurs, l’adolescente et l’Invocateur bondissaient de branche en branche à une allure faramineuse. Alors qu’ils longeaient la frontière qui séparait les deux visages de la forêt, ils ne perdaient pas leur temps à observer l’environnement dans lequel ils évoluaient –des arbres mi-vivants, mi-morts– et donc avançaient, toujours plus vite. La nourriture ne posait aucun souci, car ils se restaureraient une fois arrivés à destination. Mais aucun ruissellement n’avait été entendu. Un cours d’eau, si infime soit-il, aurait désaltéré le druide… et Kuraï si besoin est.
« Ca va Aïla ? Tu sembles soucieuse. Risqua le bretteur.
-Je suis un peu fatiguée mais je vais bien, ne te préoccupe pas de moi. J’ai… J’ai… juste soif. » Chercha-t-elle une excuse.

Ils progressèrent pendant deux heures encore. Au cours de ce délai, les arbres retrouvaient leurs couleurs, renaissaient. Finalement, la mort ne régnait qu’au centre du gigantesque bois.

Et puis, sans se décourager, les partenaires parvinrent enfin à hauteur des remparts…



Nékélas effectuait les cent pas sur le tapis circulaire du hall de sa demeure. Cela le prenait chaque fois que quelque chose n’allait pas, que quelque chose ne se passait pas comme prévu, que quelque chose l’inquiétait, le dérangeait. Le rouge terne de la broderie s’estompait et prenait une teinte foncée tellement les semelles l’avaient esquinté.
Un escalier en pierre blanche apparente, coupé par une rampe en son centre, se positionnait face à l’entrée. Un gigantesque lustre pendu au plafond éclairait l’immense hall, les petits coins étant illuminés par de simples chandeliers accrochés ci et là sur les murs au premier palier.
Deux portes opposées au rez-de-chaussée, de même à l’étage avec en prime une troisième en haut de l’escalier. Palais étrange qui dévoilait une grosse partie de la richesse de l’acquéreur.

« Je ne sais quoi faire en ces temps si… » Grognait Nékélas.

Assis sur les chaises de part et d’autre de l’escalier, ses conseillers tentaient de faire leur devoir en aidant le souverain, mais ce n’était pas chose facile. Sur les cinq magistrats, deux exigeaient l’envoi de troupes plus conséquentes pour anéantir les Mystik, deux autres préféraient attendre l’assaut imminent des démons en conservant chaque combattant dans sa meilleure forme. Le dernier ne trouvait pas d’argument pour faire basculer la majorité ; il restait neutre.

« Seigneur ! Envoyez la moitié des soldats présents dans la cité pour nous débarrasser de ces Mystik ! Si jamais ils rejoignent ces monstres, nous serons leurs esclaves pour l’éternité.
-Non ! Envoyez seulement les meilleurs magiciens dans l’art de la reproduction et les guerriers les plus puissants. La bataille menace d’éclater n’importe quand !
-Folie ! Que de folie dans vos paroles ! Laissons vagabonder ces personnes, nous savons tous que Kuraï ne s’allierait jamais à ces créatures !
-Il le ferait… pour mieux les détruire. S’interposa le magistrat qui ne prenait aucun parti.
-Mais en revanche, si tel est le cas, il devra prouver sa fidélité envers Wildfar ! Et il nous tuera pour ça !!
-Pourquoi ? Il trouverait une autre méthode pour trahir habilement le seigneur du mal.
-Vous connaissez son passé aussi bien que moi, et il pourrait ressurgir à tout moment, ne l’oubliez pas !
-Fu…Sourit Nékélas. C’est déjà fait. C’est pour cela que je ne sais quelle décision prendre. Si nous ne faisons rien, il nous laissera tranquille, mais qu'opérera-t-il avec la Horde ?

-Monseigneur ! Accourut un officier, essoufflé et comme apeuré. C’est terrible !
-Que se passe-t-il Carot ? S’inquiéta le souverain.
-Aïla ! Elle est ici, au milieu de l’allée principale !
-Que dis-tu ? Aïla ?! C’est magnifique ! S’applaudit le roi. Je vais aller lui toucher deux mots. Mais pourquoi ce visage ?
-Elle n’est pas seule. Elle marche avec un homme, que je ne connais pas très bien. Il est grand, jeune, une chevelure foncée…mais blonde. Il ne porte pas d’arme.
-Il est trop tard pour se poser des questions. Se retourna Nékélas vers ses ministres. Il est arrivé… »



Kuraï venait dans la cité en tant qu’ennemi, mais ça ne le dérangeait pas. Comme un simple touriste, il observait l’agitation autour de lui, sans se préoccuper des autres. Les gens se retournaient et posaient un regard dur sur la fugitive lorsqu’ils croisaient les aventuriers. Trois gardes munis de lances fermèrent la marche du bretteur et du druide, puis d’autres les rejoignirent.
« Ils sont marrants ici. » Pensa l’élémentaliste.

A présent, ils étaient devant l’escalier de la cour. L’Invocateur le grimpa en premier, et fit signe à sa sœur d’armes de venir le rejoindre. Ensemble, ils traversèrent la place dallée, proche l’un de l’autre, trop proche.

« Les voilà ! » S’apprêtait Nékélas, protégé derrière sa porte.

Le duo, à mi-chemin entre le château et l’entrée de la cour, s’arrêta, une vingtaine de gardes les encerclant. Aïla, qui avait pris discrètement la main du héros, la lâcha soudainement et s’éloigna de lui d’un mètre.
« Aïla ! S’exclama le souverain, marchant d’un pas décidé, les poings refermés, vers le duo. Revient vers moi, tout de suite ! Ne traîne pas avec ce genre de personne !
-Je ne suis plus à tes ordres, alors laisse-moi ! Je choisis moi-même mon destin, et j’ai décidé de me battre aux côtés du possesseur de Volt ! »

Le regard ahuri du roi croisa celui de l’épéiste. Les yeux écarquillés, ils ne comprenaient visiblement pas ce qu’il venait de se produire et personne n’était au courant de la nouvelle.
La mâchoire pendante, les deux hommes reprenaient leurs esprits.

« Que viens-tu de dire, ma fille ? Demanda le monarque, les yeux exorbités.
-Après ce que tu m’as fait, tu oses m’appeler encore ta fille !?! Tu m’as rejeté, tu m’as trahi !
-Je t’ai trahi ? Non… ce serait plutôt à moi de dire ça. Répliqua-t-il sur un ton calme qui dissimulait une souffrance interne. Tu ne veux pas contempler la réalité en face. De cette façon, tu t’amèneras à ta propre destruction ! Et au lieu de devenir raisonnable, tu fugues !
-Je me suis enfui parce que je n’adhérais pas à tes idéaux. Ne peux-tu pas ouvrir les yeux ? Le monde n’est plus que ténèbres et sang, et tu ordonnes le rassemblement de tous les survivants pour parfaire ces dégâts ! Vois jusqu’où la folie t’a amené… tout cela pour tuer de tes mains Wildfar et anéantir son ère de malfaisance !!

-Voyons ma fille, tu divagues ! Reprends tes esprits !
-Il serait temps que tu recouvres les tiens ! Mais puisque tu n’en as pas l’air décidé, je vais devoir t’arrêter. Je n’ai plus envie d’appartenir à ce sang qui me révolte. Abattre le roi, même s’il est mon père, je pourrai le faire si c’était pour la sauvegarde du royaume !
-Mais enfin, Aïla, ressaisis-toi ! Il n’est pas trop tard ! Tu veux fuir avec cet homme alors qu’il ne t’apportera que malheur et tristesse dans ta vie ! Regarde l’influence que tu subis chaque jour à cause de lui, et en ce moment même ! D’ailleurs, je ne veux plus te voir supporter ce mal qui te ronge… Gardes ! Emparez-vous de Kuraï et tuez-le ! Faites-le souffrir jusqu’à la fin, qu’il endure lui-même ce qu’il a fait à ma fille !

Le regard du souverain se transforma. Il devint plus dur, plus exigeant, plus mortel. D’un geste, le héros expulsa les sentinelles si fortement sur les murs entourant l’arène que l’on entendit leurs os se fracasser à son contact.
« Son maniement du pouvoir de l’ombre semble se développer. Remarqua le monarque. Ce n’est pas bon signe. »

« Bien. Puisque c’est ainsi, je vais m’occuper personnellement de toi. » Dit haut et fort Nékélas.

Kuraï se positionna face à son ennemi, jambes écartées, prêt à bondir d’un côté ou de l’autre du lieu de combat. Il matérialisa un sabre à deux lames -le classique- tandis qu’un assistant du monarque trottait, portant dans les mains un grand coussin rouge aux bordures d’or dans lequel se trouvait une longue et fine épée.
Le physique de Nékélas était avantageux lors des combats. Sa musculature devait lui procurer une solide défense et une excellente attaque, tandis que son statut de roi complétait ces caractéristiques en lui fournissant une bonne dextérité et vitesse. Il fallait rechercher le point faible qui accorderait la victoire au héros, car dans un combat de ce niveau, tout le monde savait qui en sortirait vivant…

Les deux antagonistes patientaient, chacun de leur côté. Pendant ce laps de temps, d’autres gardes se regroupèrent autour d’Aïla et l’entraînèrent devant l’entrée de la cour, pour boucler l’arène.
Nékélas tendait un piège à Kuraï, c’était évident. Mais il ne savait pas comment réagir. Le roi ne céderait pas ; il fallait donc l’attaquer à distance. Deux dragons naquirent du sabre et, tandis qu’ils plongeaient sur leur ennemi, le héros armait une incantation.
« Je suis trop à l’écart pour invoquer le puits d’éternité. Songeait-il, alors que ses dragons furent anéantis en un instant par l’aura du monarque. Quoi que soit le type de cette technique, elle est trop dangereuse pour mon esprit, et si je décide d’y recourir, je ne devrai pas avoir le droit à l’erreur. Et plus la zone qui sera englobée sera vaste, plus je m’affaiblirai psychiquement. Je dois tout faire pour l’éviter. Bref, si je laisse de côté toutes ces suppositions et si ce qui lui tombe dessus le laisse intact, je n’aurai plus qu’une solution. »


Il allongea son bras face à lui, ouvrit sa main et susurra :
« Tempête… ancestrale… concentrée ! »

Le ciel pétilla et en un clin d’œil le rideau d’énergie engloutit le souverain. Sans vouloir laisser la moindre chance de survie, Kuraï courut et pénétra la tempête sans difficulté. De très faibles bruits d’épées résonnèrent, masqués par le tumulte de l’explosion électrique. Aucun signe de vie de la part des deux combattants.
L’orage passé, la fumée dissipée, les adversaires luttaient dans un duel de force. Malgré la force extraordinaire de l’élémentaliste, il se sentit rapidement dominé : sa garde brisée, il fut expulsé au loin. Nékélas porta son index et son majeur devant son visage et disparut dans la seconde qui suivit. Il atterrit derrière le bretteur et conditionna sa pui